Provence-Alpes-Côte d'Azur

Michel Tendil

Avignon : les grandes surfaces, Scot ou encore ?

Aménagement et foncier

Développement économique

Les élus du bassin de vie d'Avignon ont signé une charte d'urbanisme commercial le 1er février. L'objectif de ce document élaboré par le syndicat mixte du Scot et l'Agence d'urbanisme Rhône-Avignon-Vaucluse : rompre avec le laisser-faire de ces dernières décennies qui a engendré l'une des plus fortes concentrations de zones commerciales en France.

Avec ses zones commerciales qui s'étendent à perte de vue, la périphérie d'Avignon symbolise à l'excès le modèle consumériste hérité des Trente Glorieuses. Les super et les hyper ont poussé comme des champignons sur les anciennes terres agricoles : plus de 500.000 m² se partagent un territoire qui s'étend d'Orange à Cavaillon, pour 300.000 habitants, soit un rapport largement supérieur aux agglomérations de Grenoble, Toulouse, Nîmes ou Lyon déjà bien pourvues. "Avec 120.000 m² de surfaces de vente autorisées entre 2009 et 2016 (source CDAC), ce territoire a connu un développement des zones commerciales périphériques dont le dimensionnement est déconnecté des besoins locaux et de la consommation des ménages", déplore le Syndicat mixte pour le Scot (schéma de cohérence territoriale) du bassin de vie d'Avignon qui a entrepris une démarche originale : fédérer les 34 communes et 4 intercommunalités concernées pour dire stop à la création de nouvelles zones commerciales. Les élus locaux se sont ainsi engagés dans une charte d'urbanisme commercial le 1er février 2018. Ce document acté en novembre par le comité syndical a été élaboré avec l'appui de l'Agence d'urbanisme Rhône-Avignon-Vaucluse (Aurav). Il repose sur cinq engagements : ne plus autoriser de création de nouvelles zones commerciales ; ne plus permettre d'extension des zones commerciales existantes ; promouvoir la diversification et la densification des zones commerciales actuelles ; prioriser les nouvelles installations dans les centres-ville ; exiger une plus grande qualité urbaine, architecturale et paysagère. Le diagnostic qui a précédé l'élaboration de cette charte est sans appel. C'est celui d'un "suréquipement" en zones commerciales, alors que la consommation ne suit pas le rythme des nouvelles autorisations et que nombre de centres-ville sont en difficulté avec des taux de vacance commerciale (proportion de commerces fermés) élevés (15% à Orange). "Les grandes zones se font avant tout concurrence entre elles avant de se positionner par rapport au centre-ville", souligne la charte qui anticipe l'abandon de commerces et l'apparition de friches. Certes, le commerce est le premier employeur du secteur (23% des emplois salariés privés) mais il enregistre aujourd'hui un net ralentissement. Le "chantage à l'emploi" souvent pratiqué par les grands groupes s'avère un leurre. "On constate des vases communicants : quand on crée de l'emploi dans une zone comme Morières, on en détruit ailleurs, dans l'hyper Auchan", observe Yann Gérard, responsable du pôle Développement territorial et Habitat à l'Aurav . Sans parler de l'impact sur le commerce de proximité. "Il est très difficile de montrer ces difficultés, on dispose de peu de bases de données fiables et sur le long terme", explique l"urbaniste.

"On arrête le laisser-faire"

Face à un tel constat, Cécile Helle, maire d'Avignon, s'était fait élire en 2014 sur un programme ambitieux en matière d'urbanisme commercial. Elle avait brandi l'arme d'un "moratoire" sur les grandes surfaces défendu aujourd'hui par plusieurs associations, dont Centre-ville en mouvement. Son idée était déjà d'étendre la réflexion à l'échelle du Scot. Seulement "un moratoire est très difficile à tenir juridiquement face à la liberté d'installation", commente Yann Gérard. "L'idée a au moins eu le mérite de faire réfléchir." "Avec cette charte, on n'est pas dans cette logique de moratoire, car on n'interdit pas, mais on veut tout à la fois redynamiser les centres-ville et requalifier les zones périphériques. En tout cas on arrête le laisser-faire qui a prévalu toutes ces années", poursuit-il. C'est donc une voie plus tempérée qui a été prise. Sachant que la charte n'est pas un document opposable et qu'il sera toujours possible de construire mais en densifiant l'existant ou en construisant en centre-ville. La charte autorise ainsi pour l'ensemble des zones commerciales la construction de 20.000 m² de surfaces sur six ans. Un bilan sera réalisé dans trois, il sera alors possible de réévaluer le plafond si nécessaire. "On divise par trois le rythme d'autorisations qu'on a connu jusqu'ici et on fixe des conditions précises aux nouveaux projets", insiste Ingrid Hautefeuille, responsable du pôle Aménagement et Stratégie des territoires à l'Aurav.

Vers une conférence permanente de l'urbanisme commercial

L'objectif est de constituer une majorité au sein de la Cdac (commission départementale d'aménagement commercial) pour bloquer les projets d'extension ou de nouvelles zones, alors qu'ici comme ailleurs la commission a la réputation d'avoir le "oui" facile. Il n'est qu'à consulter les résultats de la dernière réunion du 18 décembre 2017 de cette commission pour s'apercevoir que sur 9 projets présentés un seul a reçu un avis défavorable. Il s'agissait en l'occurrence d'un projet d'extension de 5.790 m² d'une galerie marchande du groupe Immochan, à Avignon Nord, portant l'ensemble de l'espace commercial à 38.000 m². Effet de la charte : les élus du Scot ont demandé à Immochan de revoir sa copie en faisant prévaloir la localisation de commerces en centre-ville. "Le but est de coconstruire avec eux, pas de préempter", souligne Yann Gérard.
Le syndicat du Scot souhaite aujourd'hui convaincre tous les acteurs du commerce d'aller dans le même sens. L'idée est de créer une "conférence permanente de l'urbanisme commercial" qui regroupera bientôt l'ensemble des parties prenantes : les collectivités, les chambres consulaires, les porteurs de projets privés, les commerçants, la société civile, les associations... C'est l'Aurav qui en assurera l'animation. "On souhaite l'appropriation la plus large possible", insiste Ingrid Hautefeuille.

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