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Démocratie de proximité et crise sanitaire : l’action municipale approuvée par une majorité de Français

Les mesures de lutte contre le Covid-19 portées par les maires depuis le début de la crise sont jugées "justes" par 60% des Français interrogés dans le cadre de l’Observatoire de la démocratie de proximité de l’Association des maires de France et du Cevipof. Publiés ce 23 juillet 2021, les résultats de cette enquête confirment le lien de confiance entre une majorité de Français et leur maire, mais aussi l’adhésion à l’action publique locale décentralisée – même si le principe de décentralisation reste flou pour beaucoup. 

"Le maire reste de loin l’acteur politique auquel les Français accordent le plus de confiance." C’est ce qui ressort de la dernière enquête de l’Observatoire de la démocratie de proximité de l’Association des maires de France (AMF) et du Cevipof (Sciences Po), enquête administrée auprès de 10.105 Français entre le 7 et le 11 juillet 2021. Dans la cinquième édition de cet observatoire publiée ce 23 juillet 2021, le maire se voit gratifier d’un niveau de confiance de 74%, soit quatre points de plus qu’en 2019.
C’est sans surprise dans les communes de moins de 2.000 habitants que le niveau de confiance envers le maire est le plus élevé, à 79% des Français interrogés contre 61% parmi les résidents de communes de plus de 200.000 habitants. Interrogés sur les critères permettant de faire confiance à un maire, les personnes sondées ont mis nettement en avant l’honnêteté (64%), mais aussi le respect des promesses (48%), avant la connaissance des dossiers (34%) et la proximité (31%), et loin devant le côté "entreprenant" (14%) et la sensibilité politique (8%).
Les autres figures locales voient également leur cote de confiance s’améliorer, de deux points pour le conseiller départemental (57% des personnes sondées lui font confiance en 2021) et de cinq points pour le conseiller régional (54% de confiance). Quant aux acteurs politiques nationaux, dont le président de la République, ils se situent tous aux alentours de 40% de confiance parmi les personnes sondées.

Gestion de la crise : une appréciation globale sévère, mais des mesures municipales majoritairement approuvées

Cette différence d’appréciation entre l’action locale et la politique nationale se vérifie également à propos des mesures sanitaires. "La crise de la Covid-19 est étroitement liée aux élections municipales de 2020", les premières mesures de confinement ayant été adoptées la veille et le lendemain du 15 mars 2020, premier tour des élections, rappelle Martial Foucault, directeur du Cevipof, dans son analyse des résultats de l’enquête. Depuis le départ, des maires ont pris des initiatives, notamment via des arrêtés municipaux (pour limiter les déplacements, fermer des sections d’école, imposer le port du masque en extérieur…), même si ces décisions ont été souvent invalidées par la juridiction administrative, et en matière de logistique (constitution de stocks de masques, ouverture de bâtiments pour la vaccination, etc.) Un volontarisme dont témoigne bien le documentaire "Covid-19 – Les maires face à la crise" diffusé depuis le mois de mai 2021 par Public Sénat.
Ainsi les mesures de lutte contre le coronavirus portées par le maire sont jugées "justes, c’est-à-dire ni insuffisantes, ni exagérées" par 60% des Français interrogés dans cette enquête, contre seulement 43% en ce qui concerne les mesures portées par le président de la République. Concernant plus globalement "le rôle des acteurs publics face à la crise sanitaire", le jugement est bien plus sévère, les trois qualitatifs placés en tête étant le manque de transparence (37%), l’impréparation (34%) et l’incompétence (32%). Martial Foucault estime que ces résultats "confirment le degré de centralisation dans la décision publique et l’exposition médiatique" du chef de l’État et de son gouvernement.

La décentralisation, mal connue mais plébiscitée

La "culture politique de la décentralisation en panne" est d’ailleurs un autre thème mis en évidence à l’occasion de cette enquête. 48% des personnes sondées disent connaître et comprendre ce qu’est le processus de décentralisation, 35% en ont entendu parler mais ne savent pas de quoi il s’agit et 17% ne le connaissent pas du tout. Toutefois, "quel que soit le niveau de connaissances, une large majorité se dégage pour privilégier un modèle d’organisation politique où les décisions seraient prises au nom d’un principe d’efficacité justifiant une adaptation dans chaque territoire (75%) contre un principe d’égalité territoriale (25%)", souligne le directeur du Cevipof. Une nouvelle étape de décentralisation est jugée nécessaire par 81% des sondés, dont 53% estimant qu’il faut aller "un peu plus loin sur certaines compétences locales" et 28% souhaitant même aller "beaucoup plus loin". Pour justifier cette adhésion à davantage de décentralisation, les personnes interrogées se disent d’abord motivés par une prise en compte des réalités différenciées du territoire (35%), par une proximité renforcée entre les décisionnaires et les citoyens (33%) et par une rapidité accrue dans la prise de décisions (33%). Parmi les motifs d’opposition à plus de décentralisation, c’est le risque d’inégalités territoriales qui arrive en tête (40%), avant celui d’un manque de moyens des collectivités pour assumer leurs compétences (30%) et celui d’une hausse des dépenses publiques (29%).
Interrogés sur l’avenir de leur commune de résidence, les Français interrogés ont d’abord préféré le statut quo (que la commune garde ses compétences actuelles, 44%), certains plaidant pour une commune qui retrouve plus de compétences par rapport à l’intercommunalité (24%), d’autres pour davantage d’intégration au niveau intercommunal (19%) et une minorité pour la fusion avec une ou des communes voisines (13% au global, 15% pour les habitants de communes de moins de 2.000 habitants).

La démocratie participative approuvée par une majorité

Souvent invoquée, la proximité des maires avec leurs administrés est-elle effective ? Elle le serait pour seulement 24% des personnes interrogées, qui estiment avoir souvent ou très souvent des contacts avec leurs élus municipaux. 35% déclarent n’avoir jamais eu de contact avec les membres du conseil municipal, et 41% "rarement". Quant à l’appétence pour l’engagement local, elle semble en légère baisse puisque 24% des sondés, contre 26% en 2019, se disent intéressés et prêts à consacrer du temps à des activités locales, 18% se déclarent déjà engagés (soit deux points de plus, tout de même, par rapport à 2019), 33% affirment être intéressés mais sans avoir de temps à y consacrer (contre 38% en 2019) et 25% répondent que cela ne les intéresse pas du tout (contre 20% en 2019).
L’attrait pour la démocratie participative est enfin confirmé – et amplifié par rapport à 2019 -, 82% des personnes sondées se disant favorables aux référendums locaux et à la mise en place d’un droit d’interpellation de l’équipe municipale par les citoyens, 74% plébiscitant le budget participatif au niveau municipal et 73% se déclarant favorables à des référendums d’initiative partagée au niveau national.