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Déploiement de la fibre : la catastrophe évitée, une facture "à répartir"

Selon une étude d'Infranum publiée le 15 juin, le pire a été évité pour les déploiements de la fibre. La fédération des industriels des télécoms évalue l'impact de la crise à un million de raccordements en moins en 2020. Elle relève des "surcoûts" dans les déploiements et appelle au "partage du fardeau de la crise".

"La machine ne s'est pas arrêtée, la reprise a commencé dès début avril mais on est cependant encore loin du retour à la normale", a résumé le président d'Infranum, Etienne Dugas, à l'occasion de la présentation d'une étude sur l'impact du covid-19 sur la filière télécoms. Cosignée Tactis et EY, cette enquête auprès d'une cinquantaine d'acteurs et d'une centaine d'entreprises évalue en effet à 1 million le nombre de raccordements "définitivement" perdus du fait du confinement et des suites de la crise sanitaire. "Lorsque la crise est apparue, la machine tournait à plein régime avec 19.000 lignes déployées chaque jour. Le tendanciel montrait qu'il était possible d'atteindre 5,3 millions de raccordements FTTH en 2020. La crise devrait ramener ce chiffre à 4,3 millions, selon nos estimations", a expliqué Etienne Costes d'EY. 

Un impact durable du Covid-19

Les dégâts sont donc nettement moins importants que ce qu'avait craint Infranum en début de confinement (voir notre article). De fait, après une activité tombée à 30% de la normale fin mars, celle-ci est remontée à 75% en mai. Elle devrait atteindre 90% à la fin de l'année. Pourquoi pas 100% ? "Parce que les contraintes sanitaires sont parties pour durer", explique l'expert télécoms. Au plus fort de la crise, en période de confinement, il s'agissait d'arrêts maladie, de limitations de déplacements ou encore de difficultés à obtenir des autorisations administratives. Avec la fin du confinement, une partie des contraintes subsistent comme les protocoles de distanciation physique ou encore les défaillances de fournisseurs et sous-traitants dans un secteur qui compte de nombreuses TPE/PME. 

Un renchérissement des déploiements

Pour les entreprises, l'impact économique de la crise devrait avoir pour conséquence des pertes de revenus et des surcoûts. Globalement, le chiffre d'affaires pourrait dégringoler de 36% et 11% des acteurs sont susceptibles de licencier. Les surcoûts, et leur potentiel maintien dans la durée du fait de la présence voire de la résurgence du virus, inquiètent plus particulièrement la filière. Selon les estimations d'Infranum, ceux-ci ont atteint une fourchette de +17 à 23% pendant le confinement, sont aujourd'hui de +11 à 17% mais pourraient se maintenir à +4 à 8% dans les mois qui viennent. Ils impactent dans leur grande majorité les déploiements (80%) mais aussi le coût des matériels et des études, avec "des variations locales importantes". Qui doit assumer ces surcoûts qui pèsent sur les entreprises mais aussi sur les équilibres financiers des contrats de déploiement des réseaux d'initiative publique ?

Suspendre les pénalités de retard

"Chacun doit prendre sa part, le fardeau doit être juste et équitable", a assuré Stéphane Lelux, président du cabinet Tactis, en présentant diverses mesures qu'il conviendrait de prendre pour sécuriser "la reprise d'activité", à distinguer du "plan de relance" promis par le gouvernement. Le consultant estime que "dans tous les cas, cela ne remettra pas en cause les contrats de DSP, ceux-ci prévoyant les cas de force majeure", et intégrant donc des marges de négociations. Néanmoins, on notera que les industriels recommandent de "geler les pénalités de retards", la question du respect des calendriers contractuels ayant été opportunément écartée de l'étude. Ils souhaitent aussi que contrairement aux pratiques habituelles, les chantiers comme les décisions administratives ne s'arrêtent pas cet été. Dans les immeubles, ils suggèrent de permettre au conseil syndical de se passer de l'avis de l'assemblée générale pour déployer la fibre. Ils proposent aussi d'alléger les contraintes de déploiement de la fibre en aérien. Ils en appellent surtout au gouvernement pour accélérer le déblocage des subventions du FSN afin de répondre aux besoins de trésorerie des nombreuses TPE du secteur. "Selon nos informations, 200 millions d'euros pourraient être débloqués rapidement", a avancé Stéphane Lelux. Des éléments qui devraient être débattus le 25 juin prochain, date à laquelle seront présentés les chiffres 2020 de l'observatoire du THD, en présence du ministre Julien Denormandie, des présidents de l'Arcep et de l'Avicca.

Infranum

© Infranum

 

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