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Haut-commissariat au plan : François Bayrou veut renouer avec l'aménagement du territoire

Après avoir reçu sa lettre de mission du président de la République, mardi 22 septembre, le nouveau haut-commissaire au plan François Bayrou s'est rendu au Cese pour présenter son plan de travail. Il met 25 grandes questions sur la table réparties en trois grandes têtes de chapitre : la "vitalité de la France" (climat, démographie, francophonie, recherche et innovation, outre-mer, identité), "l'indépendance" (relocalisations, productions vitales, souveraineté agricole, dette publique) et la "justice" (inégalités, éducation, santé, aménagement du territoire, aide au développement...). Pour "l'élu de province", l'aménagement du territoire doit répondre à deux cahiers des charges : l'enracinement local de la décision publique et l'accès de tous aux services.

"La planification, ce n’est pas la prise de contrôle de la société par le pouvoir politique. C’est la volonté que nous nous mettions d’accord sur les grands enjeux, les grands risques, les grandes chances, sur ce que nous pouvons discerner pour l’avenir…" En s’inscrivant dans les pas de Jean Monnet nommé à la tête du commissariat au plan en 1946, Jean-François Bayrou a présenté en primeur devant le Cese (Conseil économique, social et environnemental) son plan de travail, après avoir reçu sa lettre de mission le matin même du président de la République. L’éphémère garde des Sceaux du début du quinquennat entend s’attaquer aux "menaces brûlantes" qui se posent pour les "10, 20, 30 années" et rompre avec la "dictature de l’immédiat".

Deux événements sous-tendent le retour de cet "Etat stratège" : la crise des gilets jaunes qui a mis en lumière les profondes inégalités sociales et territoriales du pays et la pandémie de Covid ayant révélé, elle, les manques cruels en matière de chaînes d’approvisionnement. Pour le nouveau haut-commissaire au plan, les études foisonnent dans le pays, "mais elles s’entassent dans les tiroirs ou sur les rayons et bibliothèques des assemblées". "J’ai un peu l’impression de gâchis", a-t-il dit, prenant l’exemple du Minitel : "Un pays pionnier qui n’a pas su préserver les développements que son génie avait rendu possibles."

Pour accomplir sa mission, le haut-commissaire devra s’appuyer sur "le monde intellectuel et académique ainsi que l'ensemble des associations, organisations professionnelles, syndicats et partis politiques", insiste la lettre du président, dévoilée par l’AFP. François Bayrou a insisté à cet égard sur l’implication des universitaires qui selon lui sont mis à l’écart du monde politique.

25 questions stratégiques

Après une introduction sur le thème de l’indépendance et de la souveraineté, mais aussi de la perte de légitimité de la parole publique, il a mis sur la table "25 questions stratégiques pour notre pays et l’Union européenne" qui sont autant d’ "entrées dans la mêlée". Ces questions seront réparties en trois grands chapitres : la "vitalité de la France", "l’indépendance" et la "justice". Dans ce dernier volet, le haut-commissaire entend défendre un "idéal de justice" et s’attaquer aux inégalités sociales ou territoriales, ainsi que le lui demande la lettre de mission. Se présentant comme "élu local, provincial, de la province métropolitaine la plus éloignée de Paris", le maire de Pau nouvellement réélu, a placé "l’aménagement du territoire" au premier rang de ses priorités. Raillant l’éloignement de "la représentation médiatique de ce qu’est la vie réelle du pays", soit un vivier de 100.000 personnes sur les 67 millions de Français, il entend proposer deux cahiers des charges : l’un sur le "ré-enracinement" des réflexions et des décisions en province et l'autre sur "l’accès aux services publics, sociaux et privés". Il a dénoncé un "abandon psychologique et moral de la province". C’est "inacceptable", a-t-il martelé.  L’ancien ministre de l’Education inclut aussi dans ce chapitre les questions d’éducation, de santé, d’aide au développement...

Des "peuples qui perdent l'envie de vivre"

Mais François Bayrou s’est appesanti en premier lieu sur la question de la "vitalité du pays", évoquant les "peuples qui perdent l’envie de vivre". Il y inscrit sept grands enjeux : l’équilibre climatique, les questions démographiques, l’économie, la recherche et l’innovation, l’accès à l’emploi, la francophonie, l’outre-mer et l’identité, thème qui avait agité le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Alors que le sujet avait fait irruption dans la campagne de 2007, l’ancien candidat s’y était vivement opposé, parlant même d’ "obsession nationaliste" de ses concurrents, de "névrose". Le voilà qu'il l'enfourche à présent car le "chœur des névroses collectives devient bouillonnant et explosif".  "Il est des peuples en dépression, en découragement et d’autres au contraire en mouvement, liés par un ciment de convictions communes", a-t-il dit, craignant que le "malaise des peuples" face au "rouleau compresseur de la mondialisation" prenne "un tour extrême". François Bayrou estime qu’"une grande inquiétude plane sur les démocraties", à l’intérieur et à l’extérieur, alors qu’elles "découvrent qu’elles sont en concurrence avec un modèle autoritaire peu soucieux des libertés personnelles, adossé à un hyper-contrôle technologique poussé par d’immenses puissances économiques innovatrices".

Alors, autre grand thème de réflexion : l’indépendance. François Bayrou désigne quatre enjeux : les relocalisations, les productions vitales (pharmaceutiques, technologiques…), la souveraineté agricole et la dette publique "avec laquelle il va falloir apprendre à vivre". Il a également jugé "proprement scandaleux" d'avoir laissé délocaliser les médicaments de base en Asie.

S’inscrivant dans le "temps long", le haut-commissaire n’en souhaite pas moins aller vite. Dès le mois d’octobre, un site plan.fr sera ouvert pour permettre de recevoir des contributions, des demandes…

 

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