Emilie Zapalski pour Localtis

Industrie : attention au ralentissement !

Emploi

Développement économique

L'embellie industrielle amorcée en 2016 vient de connaître un ralentissement : si le solde de créations-fermetures d'usines reste positif en 2018 (avec 17 créations nettes), depuis le mois de novembre les fermetures l'emportent. Tendance durable ou accident de parcours ? Dans son étude rendue publique le 5 février 2019, le cabinet Trendeo reste prudent pour l'année à venir et explique que cette dégradation est surtout due au contexte international, alors que les 124 Territoires d'industrie se mettent en place.

L'embellie industrielle observée depuis trois ans aura-t-elle été de courte durée ? En tout cas, les trois derniers mois montrent un ralentissement. Dans une étude rendue publique le 5 février 2019, le cabinet Trendeo montre que le nombre d'ouvertures d'usines reste supérieur aux fermetures en 2018 (+7%), avec un solde positif de 17 créations. Mais sur les trois derniers mois enregistrés, la tendance s'inverse (-2% pour novembre, -3% pour décembre et -8% pour janvier). "Cela faisait trois ans que l'industrie allait mieux d'une année sur l'autre, indique ainsi David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo, on ne voit pas de raison pour une inversion complète de tendance, cela devrait rester positif en 2019 mais cela risque d'être mou." Au total, l'emploi net dans le secteur industriel est passé de 80.433 suppressions d'emplois en 2009 à 17.013 créations d'emplois en 2018. Explications de la tendance au ralenti constatée ces derniers mois : les tensions internationales, les ventes de voitures à la baisse, et le ralentissement industriel européen général. Des raisons plus liées à une tendance internationale qu'à un contexte interne.
Le gouvernement ne lésine pourtant pas sur les efforts pour mettre en valeur l'industrie, avec le dispositif 124 Territoires d'industrie qui a été lancé en novembre 2018 (en partenariat avec Régions de France et l'AdCF), visant à accompagner de manière renforcée ces zones, ou le "French Fab Tour" organisé depuis le 15 janvier 2019 par Bpifrance pour accélérer l'attractivité des filières industrielles françaises.

Les entreprises du CAC 40 participent très faiblement aux ouvertures d'usines

Dans son étude, Trendeo souligne aussi le comportement particulier des entreprises du CAC 40. Entre 2009 et 2018, ces entreprises ont vu leurs effectifs croître moins nettement que pour l'ensemble des entreprises françaises. Et elles n'ont toujours pas compensé les pertes de la très mauvaise année 2009. Mais "on a plutôt l'impression que les entreprises du CAC 40 doivent leur mauvais résultat à une timidité dans la création d'emplois qu'à une plus forte tendance à supprimer des postes", détaille l'étude. En effet, elles ne représentent que 2,6% des fermetures d'usines sur la période, mais 14% des suppressions de postes. En gros, lorsqu'ils sont en difficulté, plutôt que de fermer définitivement un site - ce qui leur coûte de l'argent mais aussi ternit leur image - les grands groupes préfèrent réduire leurs effectifs ou avoir recours au chômage partiel, en attendant la reprise. Ils n'ont d'ailleurs que faiblement participé aux ouvertures de nouvelles usines en France depuis 2009 (avec 3,7% des inaugurations), privilégiant l'expansion à l'international. Au total, en 2018, 65 investissements industriels français à l'étranger ont été enregistrés, dont 85% proviennent de ces grandes entreprises. Air Liquide a ainsi investi sur sept sites, Engie sur six, PSA sur 5 et Total et Sanofi sur deux sites.

Des territoires anciennement industriels qui s'en sortent en se diversifiant

Côté répartition géographique, ce sont encore les territoires anciennement industriels qui peinent à s'en sortir, depuis le Centre jusqu'au Nord, en passant par l'Ile-de-France, "sauf ceux qui, comme les Hauts-de-France, ont réussi à se repositionner, sur les services ou l'automobile". Mais même dans les Hauts-de-France, la reconversion du territoire ne s'est pas faite toute seule. "Ce territoire n'était pas uniquement industriel, explique David Cousquer, il accueillait déjà les quartiers généraux de la grande distribution, avec Carrefour, La Redoute, Décathlon... Il a su se reconvertir avec des projets comme la recherche et développement de Décathlon, ou la logistique, mais cela existait déjà avant, il s'est surtout diversifié."
Dans une autre étude publiée le 1er janvier 2019, Trendeo a également analysé le choix gouvernemental des 124 Territoires d'industrie, dont les premiers contrats sont attendus début mars 2019. Pour le cabinet, le choix est globalement cohérent, "ces territoires ayant une spécificité industrielle forte puisque, en moyenne, 31,8% de leurs créations d’emplois de 2009 à 2018 étaient dues à des emplois industriels, alors que les zones n’appartenant pas aux 124 Territoires d’industrie n’ont qu’un taux moyen de créations d’emplois industriels de 16,5%", détaille l'étude.

Dispositif 124 Territoires d'industrie : des zones oubliées ?

Mais certains autres territoires auraient toutefois pu être intégrés. C'est le cas d'après Trendeo, des zones d'emploi comme Lille, où la création d'emplois industriels a été importante, mais faible par rapport au total des emplois créés, et des zones considérées comme "oubliées", à l'image de Besançon, dont les emplois industriels représentent 47% des créations d'emplois entre 2009 et 2018.
Le cabinet estime toutefois que les moyens mis en œuvre pour les territoires choisis sont pour le moment assez modestes et ne vont pas forcément créer d'écart avec ceux qui n'ont pas été retenus. Mais "c'est une démarche positive pour l'industrie, précise le responsable de Trendeo, et pour le moment, le contenu du dispositif n'est pas totalement connu ; souvent on définit un zonage puis il y a des couches supplémentaires. A terme, il y aura sûrement d'autres moyens qui vont s'ajouter. Mais si déjà il y a le haut débit partout dans ces territoires, ce sera déjà très positif, le dispositif agissant comme une accélération des politiques publiques".

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