Pierre-Marie Langlois / EVS

L'Arcep lance une plateforme de signalement des anomalies des réseaux numériques

Collectivités, entreprises, particuliers : à partir d'aujourd'hui, tous pourront utiliser le portail J'alerte l'Arcep pour faire remonter les anomalies de fonctionnement des services d'internet fixe et mobile, de téléphone ou encore de distribution de colis. C'est l'une des étapes du plan de "régulation par la data" que Sébastien Soriano, président de l'autorité, souhaite déployer. Ou comment recourir à la multitude, y compris celle des territoires. Pour les collectivités, le portail constitue une occasion de plus pour rendre visible l'insuffisance de connectivité des territoires. La région Pays de la Loire, qui avait il y a un an lancé sa propre initiative de "crowdsourcing" de la couverture mobile, a donc fait figure de précurseur.

Pour l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep), la tendance au "crowdsourcing" constitue une occasion de changer les rapports de force entre les consommateurs, les opérateurs et le régulateur. La "régulation par la data", chère à Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, vient de franchir une nouvelle étape ce 17 octobre : le lancement d'un portail web, J'alerte l'Arcep, destiné à permettre à tout un chacun (y compris les élus et collectivités) de faire remonter des anomalies rencontrées dans l'usage de services internet, téléphoniques ou encore postaux. Pour l'Arcep, il s'agit de "faire alliance avec la multitude" en faisant peser l'expérience utilisateur, face aux simples mesures techniques qui, parfois, permettent aux opérateurs d'afficher des qualités de service bien meilleures que celles ressenties sur le terrain. L'outil a été également pensé pour les collectivités locales, qui disposent d'options ad hoc sur le portail, avec la possibilité de faire remonter une alerte concernant "un problème sur votre territoire". Le lancement du portail J'Alerte l'Arcep fait suite à la généralisation dans toute la Métropole, à la rentrée 2017, de l'outil monreseaumobile.fr permettant de consulter des simulations de couverture à une échelle territoriale fine, avec plus de précisions qu'auparavant. L'Arcep a d'ailleurs confirmé le succès populaire de cet outil, après un mois de service. L'objectif général de l'autorité : multiplier les nouveaux outils, pour faire suivre à la régulation le train rapide de l'innovation numérique.

J'alerte l'Arcep, après France Mobile

L'outil proposé par l'Arcep constitue un complément à "France Mobile", un portail que l'Etat avait lancé à la fin 2016 avec l'ambition de permettre aux élus locaux de faire remonter très précisément les soucis de couverture mobile de leur territoire. Un dispositif qui n'a jamais vraiment su convaincre, et que l'Avicca a pointé du doigt au début de ce mois d'octobre. En cause, le faible nombre de cas remontés qui font l'objet de propositions de solution de la part de l'Etat et des opérateurs. Pour exemple, à la fin septembre, 11% seulement des cas signalés avaient été déclarés éligibles à l'implantation d'un nouveau site d'émission financé pour partie par l'État. En réalité, aux côtés de l'interface numérique souple permettant le signalement d'anomalies, France Mobile constitue surtout une porte d'entrée vers les commissions régionales de stratégie numérique (CRSN, ex-Ccrant) qui, elles, restent des instances administratives soumises aux retards de procédure de chacun des partenaires. Cet effet déceptif pourrait également se faire sentir dans le cas du portail J'alerte l'Arcep. En effet, il s'agit avant tout d'un outil de remontée d'informations, utile pour améliorer la connectivité à long terme, mais qui ne débouchera pas dans l'immédiat sur des améliorations concrètes. Jacques Stern, membre du collège de l'Arcep, a d'ailleurs précisé que les signalements remontés par la plateforme ne constitueraient pas des saisines de l'Arcep en tant que telles.

En région Pays de la Loire, le "crowdsourcing" permet de repérer 14 zones blanches

Le 9 octobre, quelques jours avant le lancement du portail de l'Arcep, la région Pays de la Loire, en la personne de son président Bruno Retailleau, avait présenté les résultats de sa campagne de mesure collaborative de la qualité de couverture mobile. Chaque habitant de la région pouvait y contribuer via l'appli Gigalis, conçue par le spécialiste des mesures radio-électriques QoSi. Les 70 .00 mesures répertoriées ont permis d'identité 14 zones en "grande difficulté de couverture" représentant 500 communes ; loin des statistiques officielles, qui attribuent à la région seulement 48 communes en zone blanche. Parmi les territoires peu couverts par l'internet mobile, on compte des villes importantes de la région, comme Saumur ou encore La Roche-sur-Yon. Les élus ligériens tancent, eux aussi, le dispositif France Mobile, qui n'a pour l'heure examiné qu'un quart des signalements remontés par les élus du territoire. Nul doute que les préfectures de région, censées piloter au niveau local le traitement des dossiers, ont dû être prises de court par l'attente des collectivités face à l'outil France Mobile.

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