Caroline Megglé pour Localtis

Le fonds d'expérimentation pour la jeunesse a fêté ses 10 ans

Jeunesse, éducation et formation

Social

À l'occasion du dixième anniversaire du fonds d'expérimentation pour la jeunesse, l'Injep s'est prêté le 6 décembre à l'exercice bilan et perspectives, en présence notamment du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse et du délégué interministériel à la prévention et la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Avec le programme d'investissement d'avenir et le fonds d'investissement social porté dans le cadre du plan Pauvreté, des moyens seront dégagés pour poursuivre ce travail d'expérimentation et d'évaluation. Parmi les mots d'ordre pour la suite : éviter la dissémination des moyens et travailler davantage sur la diffusion des résultats et l'essaimage.

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Le fonds d'expérimentation pour la jeunesse (FEJ) a 10 ans, tout comme la généralisation d'une autre expérimentation, celle du revenu de solidarité active (RSA). Sous l'impulsion de Martin Hirsch, alors haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, la loi du 1er décembre 2008 actant le remplacement du RMI par le RSA avait en effet créé un "fonds d'appui aux expérimentations en faveur des jeunes". Doté de moyens publics et privés, ce fonds était destiné à "améliorer l'insertion sociale et professionnelle des jeunes de seize à vingt-cinq ans" (1).
Piloté depuis trois ans par l'Injep - le fonds en lui-même étant géré par la Caisse des Dépôts -, le FEJ a donné lieu en dix ans à 27 appels à projets sur l'éducation et la formation, l'accès à l'autonomie, l'insertion sociale et professionnelle, l'engagement et la citoyenneté.

Près de 1.000 dispositifs d'expérimentation-évaluation soutenus

Avec 260 millions d'euros engagés - dont des crédits issus du programme d'investissement d'avenir (PIA) et les contributions de partenaires privés tels que Total -, 959 expérimentations assorties d'un protocole d'évaluation ont été soutenus.
"Nous avons inventé un FEJ qui a permis d'innover de bien des façons", a salué Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, en préambule d'une rencontre organisée ce jeudi 6 décembre sur le dispositif. À l'actif du fonds selon le ministre : un foisonnement d'idées et de projets suscité par les appels à projets, le développement d'une "culture du risque" et de l'évaluation, "levier de réussite". Sans "écraser les politiques publiques", le "coût de l'évaluation" doit dès le départ et systématiquement être intégré, a jugé le ministre. Avant de citer la "mallette des parents", qui toucherait actuellement "plus de 1.300 établissements en France", comme l'un des succès du FEJ.
Autres expérimentations mises en avant par le FEJ : le programme "Parler bambin" - développement des interactions langagières, conduit actuellement dans 96 crèches -, l'alternance "prévention des ruptures dans l'apprentissage" en Corrèze, le "pass'accompagnement" au logement porté par le conseil départemental du Bas-Rhin, ou encore le "Road" du conseil départemental du Val-de-Marne pour prévenir les ruptures de parcours des jeunes accompagnés.
Les évaluations mises en œuvre dans le cadre du FEJ ont majoritairement porté sur les effets et les conditions de mise en œuvre (77%), mais aussi sur de la mesure d'impact via des méthodes de randomisation (19%) et du "testing" (4%).

100 millions d'euros pour le fonds d'investissement social du plan Pauvreté, dont environ 40 millions issus du PIA 3 

"Nous allons évidemment encourager la possibilité de fêter un vingtième anniversaire", a poursuivi Jean-Michel Blanquer. Un appel à projets du FEJ est actuellement en cours sur la prévention et la lutte contre les discriminations. En 2019, deux autres appels à projets seront ciblés sur les jeunes vivant en milieu rural et les jeunes d'outre-mer.
Côté financements, une partie du PIA 3 dédiée à l'innovation pédagogique devrait ainsi être fléchée sur des expérimentations centrées sur la réussite éducative et l'accompagnement des jeunes vers l'autonomie, a par la suite complété Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes.
Cela représenterait 40 millions d'euros des 100 millions d'euros du fonds d'investissement social piloté dans le cadre de la stratégie Pauvreté du gouvernement. Pour les quatre ans à venir, ce fonds servirait à financer des projets autour de quatre axes : petite enfance, insertion des jeunes, accompagnement en dehors du temps scolaire et "dimension territoriale" - dont tout ce qui a trait au recours au droit.

Favoriser de grands programmes pour "créer des vrais consensus entre acteurs"

Pour Olivier Noblecourt, il importe de tirer les leçons de la première période d'expérimentation caractérisée par une certaine "dissémination" des moyens, du fait notamment d'un "besoin de financement du secteur associatif". Il préconise de rester à l'avenir "très concentré sur quelques thématiques, quelques programmes au long cours".
"On a besoin d'aller plus loin sur la capacité à créer des vrais consensus entre acteurs sur des sujets de politiques publiques qui restent très polémiques", a justifié le délégué interministériel. Il a évoqué en particulier les "désaccords théoriques, politiques, idéologiques (…) considérables" dans le champ de la petite enfance, notamment autour de la stimulation langagière précoce mise en œuvre dans le cadre de l'expérimentation "Parler bambin". Les cultures professionnelles - social, médicosocial, sanitaire… - pèsent selon lui également "extrêmement lourd". Cette nécessité de s'accorder "sur ce qui marche" justifierait selon Olivier Noblecourt la mise en œuvre de ces grands programmes d'évaluation disposant d'une "masse critique" suffisante.
Avec le fonds d'investissement social, Olivier Noblecourt entend aussi soutenir le développement de "l'évaluation in itinere d'impact" des politiques publiques, mais aussi l'essaimage et le déploiement d'expérimentations réussies. Dernier enjeu enfin pour le délégué interministériel : la gouvernance territoriale. Il s'agit en particulier de "créer des modes collaboratifs entre acteurs autour des besoins des personnes", à partir d'expériences internationales ou d'expérimentations du FEJ en cours ou à venir.

(1) "Il est créé un fonds d'appui aux expérimentations en faveur des jeunes. Ce fonds est doté de contributions de l'État et de toute personne morale de droit public ou privé qui s'associent pour définir, financer et piloter un ou plusieurs programmes expérimentaux visant à améliorer l'insertion sociale et professionnelle des jeunes de seize à vingt-cinq ans.
 La gestion de ce fonds est assurée par la Caisse des dépôts et consignations" (article 25 de la loi du 1er décembre 2008 généralisant le revenu de solidarité active et réformant les politiques d'insertion).

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