Le pastoralisme au Pic Saint-Loup, moyen de prévention contre les incendies (34)

À l’heure du changement climatique et des méga-feux, les collectivités s’organisent pour la prévention des incendies. La communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup mise sur le pastoralisme et met des terres à disposition des agriculteurs.

Aux portes de la métropole de Montpellier, la communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup (36 communes, 48.000 habitants) s’étend sur 57.000 hectares, ce qui en fait la plus grande communauté de communes de l’Hérault. Rural, le territoire subit une pression urbaine forte. "La population a été multipliée par six en cinquante ans, mais 90% de la superficie reste occupée par des espaces naturels ou agricoles", indique le chargé de projets Gestion des milieux, Agriculture et Cadre de vie à la communauté de communes, Thierry Alignan. Il en résulte des enjeux de biodiversité, puisque 55% du territoire est couvert par quatre sites Natura 2000 habitat et espèces, des enjeux paysagers, puisque à la marge se trouve le site Unesco Causses et Cévennes, le Grand Site de France "Saint-Guilhem-le-Désert – Gorges de l’Hérault" et que ce territoire est engagé dans des démarches de labellisation oenotouristiques ("Charte internationale des paysages viticoles" et "Vignobles et Découvertes"). Outre les problématiques d’urbanisation, le territoire est confronté à un risque incendie identifié.

Des forêts de résineux proches des habitations

"Le territoire reste marqué par l’incendie du 30 août 2010 au cours duquel plus de 2.500 hectares de forêt ont brûlé en 4 heures, le plus grand incendie dans l’Hérault depuis 1973", se souvient le chargé de projets. Au nord-ouest, la forêt de feuillus, principalement des chênes verts, s’étend entre plateaux et vallées ; au sud-est, la plaine viticole est entrecoupée de collines - les puechs couverts de résineux avec des pins d’Alep – et de vignes. C’est cette zone qui est la plus dangereuse car le feu peut s’y déplacer rapidement, alors que la forêt est proche des habitations. 

160 hectares mis à disposition des agriculteurs

Face à la nécessité de prévenir les incendies, le déploiement du pastoralisme apparaît comme une des solutions à mettre en œuvre : le passage des animaux limite le développement des buissons et fourrés facilement inflammables. Pour cela, le territoire s’appuie sur ses propriétés communautaires composées de terres, de landes et de garrigues. "En 2016, la communauté de communes a souhaité mettre 160 hectares à disposition d’éleveurs à la fois dans le cadre de son projet alimentaire territorial, pour répondre aux enjeux de biodiversité mais aussi dans un objectif "défense de la forêt contre les incendies" (DFCI), explique le chargé de projets. En partenariat avec la chambre d’agriculture, un appel d’offres précis est établi afin de sélectionner les éleveurs en capacité de répondre au plus près des enjeux identifiés ; il prévoit par exemple que les déplacements de troupeaux soient limités à 15 kilomètres. 
Six éleveurs, de chèvres, de chevaux et d’ovins bénéficient d’un commodat, signé en 2019 avec la communauté de communes. Ce contrat de droit privé est conclu à titre gracieux pour six ans, renouvelable deux fois par période de trois ans. Grâce à la visibilité sur plusieurs années, les éleveurs peuvent décider d’investir dans la pose de clôtures ou dans un broyeur forestier pour lutter contre les broussailles et faciliter l’accès des animaux aux pâtures.

Le brûlage dirigé : un élément de l’arsenal préventif

"Certes le mouton n’est pas un moyen de lutte contre l’incendie, mais le pastoralisme est un des outils à la disposition des collectivités, insiste le chargé de projets. Au même titre que l’intervention mécanique, ou les opérations de brûlage dirigé." Cette dernière technique mobilise les services d’incendie et de secours (pompiers, service des sapeurs forestiers du département et Office national des forêts) et est réalisée à la condition que l’éleveur s’engage à entretenir le site par le pastoralisme. Il s’agit de lutter contre la fermeture des milieux par la végétation et d’ouvrir les espaces naturels. Le brûlage dirigé doit être réalisé dans des conditions climatiques adaptées (peu de vent, hygrométrie contrôlée), dans des espaces circonscrits et doit être très encadré par les pompiers. Dans ces conditions, ses conséquences sont positives pour la biodiversité, pour l’impact paysager - car un an plus tard, tout a reverdi -, mais aussi pour les chasseurs qui verront réapparaître du petit gibier, et pour les collectivités qui voient baisser le risque incendie.
"Pour ce type de projets, il faut des relations de confiance entre tous les acteurs du territoire, souligne le chargé de projets. Cette confiance s’acquiert par le résultat et le partage d’expériences." La communauté de communes se positionne alors comme animateur local à l’interface des différents acteurs en présence, entre activité agricole, approvisionnement et circuits courts, ouverture à la biodiversité et ouverture du milieu en termes de paysages.

Une multitude d’acteurs de la prévention incendie

En 2013, un "plan départemental de prévention des forêts contre l’incendie" est établi sur le département de l’Hérault par les services de l’État de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) en charge de la politique générale de prévention incendie, en partenariat avec le Sdis qui pilote la lutte, le département avec les sapeurs forestiers qui s’occupent notamment du débroussaillage des bords de routes et enfin l’Office national des forêts (ONF) qui alterne mode forestier l’hiver et mode "pompier" l’été. Localement, ce plan départemental est décliné en un plan massif qui couvre un périmètre du massif forestier sur le territoire intercommunal. La communauté de commune du Grand Pic Saint-Loup s’est saisie du sujet en 2014 via sa compétence en matière d’études sur la problématique incendie.

Communauté de Communes du Grand Pic Saint-Loup

Nombre d'habitants :

48793

Nombre de communes :

36
Hôtel de la Communauté, 25 allée de l’Espérance
34270 Saint-Mathieu-de-Tréviers
grandpicsaintloup@ccgpsl.fr

Thierry Alignan

Chargé de projets Gestion des milieux, Agriculture et Cadre de vie
Haut de page