Seine-Maritime

Le pragmatisme de la Maison de l'Emploi du Plateau de Caux Maritime

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Au coeur d'un territoire à dominante rurale, la jeune Maison de l'Emploi du Plateau de Caux Maritime, entre Dieppe, Rouen et Fécamp, n'a pas froid aux yeux. Son objectif est de dégripper les obstacles entravant l'accès ou le retour à l'emploi des chômeurs, par des actions simples et pragmatiques. Sans se substituer aux acteurs classiques du service public de l'emploi, elle met de l'huile dans les rouages administratifs et passe outre les lourdeurs institutionnelles, en misant notamment sur des partenaires privés.

Le président et le directeur de la Maison de l'Emploi du Pays de Caux Maritime (1) sont manifestement sur une même longueur d'onde : la Maison de l'Emploi, opérationnelle depuis août 2006 avec un directeur et une assistante, ne doit pas être un dispositif de plus au service des demandeurs d'emploi et des entreprises du secteur, mais être un facilitateur, concret et efficace, quitte à bousculer pour cela les circuits classiques.
Ainsi, la Maison de l'Emploi a créé un fonds de secours, alimenté par des dons de particuliers ou d'entreprises, dans lequel elle peut puiser "en temps réel" pour dépanner quelqu'un qui doit s'acheter une veste pour se présenter à un entretien d'embauche, un jeune qui doit se rendre sur Rouen pour une formation, etc. "Nous avons obtenu de l'administration fiscale que ces dons soient déductibles des impôts", souligne Dimitri Egloff, directeur, qui a dû ardemment défendre cette initiative auprès d'une administration a priori surprise et dubitative. "Je suis la commission d'attribution et le trésorier, autrement dit, je débloque rapidement une aide en cas de besoin, sans passer par une commission et un tas de dossiers comme y sont obligées d'autres structures", ajoute-t-il. Quant aux risques de dérive, voire de clientélisme, il les dénie en renvoyant à la surveillance et aux comptes rendus à son conseil d'administration.

La plus-value du contact direct

Ce fonds est l'un des outils de la palette créée en quelques mois par la Maison de l'Emploi. Tous répondent à une logique qui fait ici office de mot d'ordre : le pragmatisme. "La Maison de l'Emploi vise à créer du lien et du liant, de la synergie là où elle n'existait pas, définit Alfred Trassy-Paillogues, député maire et président de la Maison de l'Emploi. Notre volonté est de nous battre contre la complexité du système. Notre plus-value doit être le contact direct avec les demandeurs d'emploi et des actions à la carte, en fonction des besoins et des difficultés des personnes."
La création de bornes dispersées dans le pays a ainsi répondu au souci premier d'améliorer les conditions locales d'accès à l'information pour les demandeurs d'emploi. "Très peu sont équipés d'informatique et d'internet et ils n'ont pas les facilités pour se rendre tous les jours à l'antenne ANPE", explique le directeur. Trois "Points Emplois" ont pris place dans des agences postales ou agences postales communales. Ils sont libres d'accès. Chacun peut y consulter les offres ANPE, y répondre, faire l'actualisation mensuelle sur le site de l'Assedic, s'inscrire sur les sites d'agences d'intérim, et recevoir des réponses en ouvrant une boîte aux lettres gratuites sur le site de La Poste. La Poste a mis à disposition du matériel réformé et France Telecom la connexion ADSL. "Grâce à cette consultation régulière, certains ont déjà pu retrouver un emploi", relève Dimitri Egloff.

Un numéro vert pour les services à la personne

Autre innovation : une plate-forme de services à la personne. Derrière ce nom pompeux se cache une ligne d'information, facilement accessible et identifiable par tout un chacun grâce à son numéro vert (0 800 105 890). Au bout du combiné, le directeur met en relation offres et demandes. "Ce secteur représente une niche d'emplois, surtout pour les personnes peu qualifiées", justifie Dimitri Egloff. "Si une personne appelle pour trouver quelqu'un qui lui taille ses haies, je l'oriente sur les entreprises ou structures associatives locales, je l'informe sur le chèque emploi service (Cesu), je l'aide à monter le dossier si besoin, etc.", détaille Dimitri Egloff. En quatre mois, la plate-forme a reçu 44 appels : 13 ont été orientés sur des entreprises ou associations de services à la personne et 8 ont permis de placer un demandeur d'emploi, grâce au Cesu.
"Nous avons, depuis l'ouverture de la Maison de l'Emploi, reçu plus de 600 demandeurs d'emploi et donc constitué un fichier. Cela nous permet de faire des mises en relation directe. Notre avantage est que l'on ne s'occupe pas des codes Rome mais que nous travaillons au "feeling"", relance Dimitri Egloff.

Formations courtes et locations de véhicules

Toujours pour faciliter l'adéquation entre offres et demandes, la Maison de l'Emploi a organisé en 2007 deux sessions de formations courtes sur les métiers de la maçonnerie et de l'agro-alimentaire, en partenariat avec des agences d'intérim. Celles-ci s'étant engagées "à trouver un contrat de six mois minimum dans les neuf mois de sortie de la formation pour tous les bénéficiaires", soit une douzaine pour chaque session. "L'appui sur le réseau des sociétés d'intérim est important car ce sont des acteurs-clé notamment sur les secteurs en tension", relève Alfred Trassy-Paillogues. Le financement a été assuré aux trois quarts par l'Assedic et le reste par les agences d'intérim.
Parce que l'accès à l'emploi est souvent compliqué par des questions de mobilité, la Maison de l'Emploi va lancer en février 2008 un nouveau service de prêt de véhicules sans permis, de scooters ou de vélos. "Il y a beaucoup de personnes qui pourraient répondre à des offres d'emploi dans les services à la personne notamment, mais qui, à défaut de permis ou de véhicule, ne le peuvent pas. Le réseau de bus n'y pallie pas. L'idée est donc de louer des voitures sans permis, des scooters ou encore des vélos à prix modique, le temps suffisant pour qu'elles accèdent au permis ou puissent s'acheter une voiture", précise Dimitri Egloff. La Maison de l'Emploi s'est appuyée sur le partenariat privé pour monter ce projet rapidement et le financer : la Fondation d'entreprise Veolia et la Fondation Caisses d'Epargne pour l'achat de deux voitures et quatre scooters, le groupe AXA pour la prise en charge de l'assurance, et une auto-école pour l'examen préalable du code de la route. Un projet qui sera complété par les micro crédits sociaux que la Maison de l'Emploi va dorénavant proposer.

Des résultats concluants

Suivant sa logique "de ne pas rajouter à la complexité", la Maison de l'Emploi ne s'est pas lancée pas dans une série d'études sur les besoins de main-d'oeuvre, mais "valorise les études diverses déjà menées par nombre d'acteurs locaux", insiste Dimitri Egloff. C'est de là qu'est né l'objectif de réduire de 300 le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie 1 recensés sur le territoire en deux ans. "De 2.070 demandeurs d'emploi recensés en 2006, nous sommes descendu à 1.860 fin septembre 2007, autrement dit, nous avons déjà quasiment rempli nos objectifs à mi chemin", savoure Dimitri Egloff. "Certes, il ne s'agit pas que de CDI, reconnaît-il, mais nous avons redonné un coup de peps à des personnes qui avaient perdu espoir, qui n'étaient même plus inscrite à l'ANPE", contrebalance-t-il. "Un jeune va travailler quelques mois dans une association de service à la personne de façon à financer son permis de conduire, qui lui faisait défaut pour trouver un boulot de maçon. Ce jeune homme est passé chez nous par hasard, désabusé, mais notre souplesse de fonctionnement m'a permis de lui consacrer le temps nécessaire. Nous ne sommes pas concurrents de l'ANPE mais bien complémentaires. L'afflux d'outils et de dispositifs a contribué à déshumaniser les relations. Nous sommes dans une démarche inverse", conclut-il. "Les Maison de l'Emploi peuvent fonctionner sans coût de fonctionnement prohibitif (2), en pariant sur la fédération et la mutualisation des moyens. Notre expérience le prouve", conclut à son tour Alfred Trassy-Paillogues, bien déterminé à faire valoir la place des Maisons de l'Emploi au coeur du nouveau service public de l'emploi issu de la fusion de l'ANPE et de l'Assedic.

 

(1) Labellisée en décembre 2005, la Maison de l'Emploi a été officialisée en juillet 2006 par la création de l'association portant la structure. Celle-ci réunit les cinq communautés de commune du pays (Plateau de Caux - Fleur de Lin, de la Côte d'Albâtre,  Entre Mer et Lin,  de la Région d'Yvetot, d'Yerville - Plateau de Caux). Membres de droit : L'Etat, l'ANPE, l'Assedic de la région Haute-Normandie. Partenaires associés : chambres consulaires, Prisme, fédération régionale des travaux publics, Asavpa AIDSA, Afpa, Crefor Haute-Normandie, conseil de développement du Pays Plateau de Caux Maritime, Agefos PME. A venir : Fongecif, Cap Emploi, Agefiph.
(2) Le financement est assuré à 67% par l'Etat, 9.000 euros, répartis entre les communautés de communes à raison de 15 centimes par habitants, le Fonds social européen et des financements privés.

 

Emmanuelle Stroesser, pour la rubrique Expériences les sites Mairie-conseils et Localtis

Contact(s)

Maison de l'Emploi Plateau de Caux Maritime

2 place Général de Gaulle
76560 Doudeville
02 35 56 78 66
02 35 56 52 55
maisondelemploi1@orange.fr
Nombre d'habitants : 63800
Nombre de communes : 109

Dimitri Egloff

Directeur
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