Jean-Noël Escudié / P2C

Accès aux soins - Le rôle des pharmaciens dans les soins de proximité continue de se renforcer

Social

Santé, médico-social, vieillissement

Même si la profession connaît elle aussi quelques soucis démographiques - du moins pour ceux exerçant en officine (voir notre article ci-dessous du 11 juin 2018) -, les pharmaciens voient leur rôle s'accroître dans l'accès aux soins de proximité, au-delà de leur responsabilité traditionnelle dans la distribution des médicaments. Deux éléments récents témoignent de cet élargissement de leurs missions. On peut d'ailleurs ajouter à cette tendance les deux décrets et l'arrêté du 30 juillet 2018 qui revoient les conditions de création, transfert, regroupement et cession des officines de pharmacie (voir notre article ci-dessous du 31 août 2018).

Vaccination en officine : deux régions de plus et un public élargi

Le premier élément témoignant de ce rôle accru des pharmaciens d'officine concerne le lancement de la campagne de vaccination antigrippale, à compter du 6 octobre. Aux deux régions expérimentales de l'automne 2017 - Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes - s'ajoutent aujourd'hui les Hauts-de-France et l'Occitanie. Cette extension géographique se double d'une extension populationnelle : les pharmaciens pourront en effet vacciner également cette année les primo-vaccinés et les femmes enceintes, écartés de la première année d'expérimentation. Et l'objectif, réitéré par le plan Prévention santé de mars dernier (voir notre article ci-dessous du 26 mars 2018), reste de généraliser la vaccination par les pharmaciens sur tout le territoire au plus tard en 2020, voire dès l'automne 2019. Le bilan de l'expérimentation dans les deux premières régions s'est en effet révélé très positif, avec plus de 156.000 vaccinations réalisées, soit quatre fois l'objectif fixé initialement (voir notre article ci-dessous du 28 mars 2018).
Dans les quatre régions concernées, la vaccination peut être pratiquée par les pharmaciens volontaires, ayant bénéficié d'une formation préalable. Ils doivent également disposer d'une salle distincte de l'espace de vente et s'informer des antécédents médicaux de la personne candidate à la vaccination antigrippe. La personne vaccinée doit, en principe, demeurer dans l'officine durant 15 à 30 minutes pour s'assurer de l'absence d'effets indésirables (précaution qui n'est pas vraiment pratiquée par les infirmiers ou les médecins).

Accompagnement, information et prévention

Le second élément attestant l'élargissement du rôle des pharmaciens dans l'accès aux soins de proximité est le décret du 3 octobre 2018 "relatif aux conseils et prestations pouvant être proposés par les pharmaciens d'officine dans le but de favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes". Ce texte précise les actions - hors délivrance et préparation des médicaments - que peut assurer le pharmacien et qui peuvent faire l'objet d'une rémunération spécifique (relevant de la négociation avec l'assurance maladie). Ce texte a été particulièrement long à émerger, puisque le principe de ces missions complémentaires des pharmaciens et de leur rémunération remonte à la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) du 21 juillet 2009...
Le décret du 3 octobre définit ainsi cinq domaines d'intervention du pharmacien d'officine. Celui-ci peut "mettre en place des actions de suivi et d'accompagnement pharmaceutique", garantissant ainsi "le bon usage des médicaments et le suivi de l'observance en procédant à l'analyse des informations relatives au patient et à l'ensemble de ses traitements. Sauf opposition du patient, les préconisations qui en résultent sont formalisées et transmises au médecin traitant".
Le pharmacien peut également participer à des actions de prévention et de promotion de la santé parmi les domaines d'action prioritaires de la stratégie nationale de santé. Il contribue aux campagnes de sensibilisation et d'information sur des sujets de santé publique et transmet aux différents publics concernés "des informations scientifiquement validées sur les moyens de prévention et sur les maladies, avec le souci de délivrer un message adapté et accessible au public".

Participation au dépistage et à la coordination des soins

Autres services susceptibles d'être rémunérés : la participation à des actions d'évaluation en vie réelle des médicaments, des dispositifs médicaux et de l'innovation thérapeutique (en collaboration avec les autorités sanitaires), la participation au dépistage des maladies infectieuses et des maladies non transmissibles et, enfin, la participation à la coordination des soins "en collaboration avec l'ensemble des professionnels concourant à la prise en charge du patient dans le respect de son parcours de soins coordonné par le médecin traitant".
Pour mettre en œuvre ces nouvelles missions, les pharmaciens d'officine doivent toutefois satisfaire un certain nombre de conditions. Il leur faut ainsi respecter la confidentialité des échanges avec le patient et, pour cela, disposer de locaux permettant "un accueil individualisé". Ils doivent aussi se former et actualiser leurs connaissances. Enfin, les pharmaciens concernés doivent intégrer les informations dans le dossier médical partagé (DMP) du patient et assurer un retour d'information au médecin traitant, avec l'accord du patient.

Références : décret n°2018-841 du 3 octobre 2018 relatif aux conseils et prestations pouvant être proposés par les pharmaciens d'officine dans le but de favoriser l'amélioration ou le maintien de l'état de santé des personnes (Journal officiel du 5 octobre 2018).
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