Jean-Noël Escudié / P2C

Le Secours catholique constate un retour de la pauvreté chez les personnes âgées

Social

Logement

Graphique des types de ménages accueillis en 2017

Le Secours catholique publie l'édition 2018 de son rapport statistique "État de la pauvreté en France", sous-titré cette année "[En-quête] d'une protection sociale plus juste". L'étude s'appuie sur un échantillon de 86.000 situations, représentatives des 1,363 million de personnes accueillies en 2017. Une enquête auprès d'un second échantillon de 3.000 personnes a permis aussi de "définir la base d'une protection sociale inclusive de tous et en particulier des plus fragiles". À noter : la présentation du rapport sur le site du Secours catholique comporte également une "Carte de France de la pauvreté", qui donne accès à des analyses régionales.

Une "logique de halo"

Ce rapport insiste particulièrement sur la pauvreté non monétaire. En effet, le document indique que le Secours catholique a reçu 8% de personnes vivant au-dessus du seuil de pauvreté (à 60% du revenu médian). Même si ce pourcentage reste assez modeste, Pascale Novelli, statisticienne au sein de l'association, estime que "ce seuil de 1.000 euros [1.026 euros par mois et par unité de consommation, ndlr] est de moins en moins pertinent" et que les prix des biens pesant le plus dans le budget des personnes modestes (logement, énergie, transports) augmentent plus vite que l'ensemble.
Une situation qui conduit le Secours catholique à estimer que "la pauvreté se diffuse dans une logique de 'halo', à l'instar du chômage", ce qui "oblige à intégrer au spectre de la pauvreté un ensemble de situations considérées comme ne posant pas problème", à l'image des retraités locataires qui doivent faire face à un taux d'effort très important.
Dans le même esprit, le rapport insiste sur le fait que le CDI ne suffit plus à protéger de la pauvreté : 25% des personnes en situation de travail accueillies dans les permanences disposent en effet d'un CDI (en sachant que les personnes en emploi sont en minorité parmi les personnes reçues).

Un niveau médian de revenu de 540 euros pour les personnes reçues

Les personnes accueillies par le Secours catholique ont cependant un niveau de ressources nettement inférieur au seuil de pauvreté et ne sont donc pas représentatives de l'ensemble des personnes vivant sous ce seuil, puisque leur revenu médian est de seulement 540 euros par mois (soit un montant quasiment équivalent à celui du RSA). Et 18,4% des personnes accueillies indiquent même ne disposer d'aucun revenu.
Les besoins le plus souvent exprimés portent à 59% sur une écoute, un conseil, un accueil - confirmant que l'isolement est une forme de pauvreté non monétaire -, à 52% sur l'alimentation et à 18% sur les loyers et les factures d'énergie et d'eau. Si on raisonne en termes d'impayés, le loyer et les dépenses de gaz et d'électricité arrivent en premier (présents dans 42% des situations chacun), devant les découverts bancaires (22%) et les dépenses d'eau (19%).
Les difficultés liées au logement sont en effet une constante, puisque 12% des Français reçus par le Secours catholique ne disposent que d'un logement instable, proportion qui monte à 43% pour les étrangers. De façon plus large, la part des étrangers dans les personnes reçues progresse très rapidement - 30% en 2010, 36% en 2015 et 42% en 2017 -, sans qu'on puisse comprendre si cette évolution très prononcée tient plutôt à une amélioration de la situation des personnes françaises ou à une dégradation de celle des personnes étrangères (notamment avec les suites de la crise migratoire de 2015).

La part des personnes âgées a doublé en dix ans

En termes de situation familiale, les ménages avec enfants représentent 51% des personnes accueillies l'an dernier (28% de familles monoparentales et 23% de couples avec enfant), devant 40% de personnes seules (23% d'hommes seuls et 17% de femmes seules, essentiellement chez les personnes âgées), 6% de couples sans enfant et 3% de "ménages complexes".
Le Secours catholique alerte d'ailleurs sur la résurgence du phénomène de pauvreté parmi les personnes âgées, qui s'atténuait régulièrement depuis le début des années 70 et le mouvement de généralisation et d'amélioration des retraites. Ce phénomène est étroitement lié à la question de l'isolement, puisque 80% des personnes âgées reçues par le Secours catholique vivent seules. Même si leur part reste encore marginale, les personnes de 65 ans et plus accueillies dans les permanences représentent désormais 6% du total pour les Français et 3% pour les étrangers. Pour les 55-64 ans, ces proportions sont respectivement de 16% et 7%. Toutes nationalités confondues, les plus de 60 ans constituent, en 2017, 10% des personnes accueillies, proportion qui a doublé en dix ans.
Enfin, alors que se profile la perspective du "revenu universel d'activité", annoncé par le chef de l'État dans le cadre du plan Pauvreté, le Secours catholique se prononce pour une allocation de base de 850 euros par mois (soit un montant proche de l'AAH, le plus élevé des minima sociaux), plutôt que les 550 euros du RSA.

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