Localtis

Les réseaux d'initiative publique en attente d'un plan de relance

Distanciation sociale oblige, l'édition 2020 des états généraux des RIP s'est organisée virtuellement les 19 et 20 mai. Si la reprise des déploiements semble se confirmer, la filière attend beaucoup d'un plan de relance gouvernemental pour amortir le choc de la crise du coronavirus.

Avec ses stands virtuels et deux ministres en visioconférence, l'édition 2020 des états généraux des RIP (EGRIP) était, à bien des égards, atypique. Organisée au sortir d'un confinement marqué par l'omniprésence du numérique, c'était aussi l'occasion d'entendre le gouvernement et les opérateurs sur le bilan de la crise et la reprise des déploiements FTTH. 

Accélérer plus que jamais

Avant la crise, "l'accélération" des chantiers d'infrastructures numériques faisait déjà partie du registre gouvernemental. Avec la crise, faute de superlatif, le secrétaire d'Etat au numérique Cédric O a estimé qu'elle "était encore plus urgente". Il faut dire que la période de confinement, synonyme de télétravail contraint, d'école à la maison et de loisirs connectés, aura enfoncé un peu plus le clou de la fracture numérique. "Le confinement a été vivable en partie parce qu'il y a eu le numérique" mais a aussi "révélé des problèmes de connexion et d'équipement" a reconnu le secrétaire d'Etat.

Des opérateurs mobilisés pendant la crise

Du coté des opérateurs, on s'est surtout autofélicité. "Face au choc des pics de charge et à l'explosion du trafic, nos réseaux ont tenu. Nous avons aussi réalisé plus d'un million d'opérations de maintenance toutes technologies confondues pendant le confinement", a détaillé le représentant d'Orange. TDF a assuré que le groupe "avait maintenu son activité dans la mesure du possible" en déployant de la fibre là où c'était urgent. Altis France a valorisé pour sa part ses actions en faveur des laissés pour compte du numérique via la distribution de matériels et clés 4G dans le cadre d'un partenariat avec Emmaüs Connect. Du côté de la fédération des industriels des RIP Infranum, on estime que le "pire a été évité", et que la reprise des chantiers est bien amorcée avec la mise en place des nouveaux protocoles sanitaires.

Six mois de retard dans les déploiements

Côté collectivités, on s'inquiète surtout des retards et des surcoûts que va engendrer la crise sanitaire dans les déploiements. "Dans les zones rurales, ça a été l'horreur", a résumé Philippe Augier, maire de Deauville dont la ville accueille habituellement les EGRIP. L'élu du Calvados a estimé que le déploiement de la fibre dans le Calvados avait pris "six mois de retard". Dans le département voisin de la Manche, le rythme des nouveaux abonnements a été divisé par deux, selon l'opérateur de RIP Altitude Infrastructure, chiffre confirmé par son concurrent Covage au niveau national. Ces retards pourraient peser sur l'équilibre financier des RIP en décalant la commercialisation des prises et les collectivités s'interrogent sur le partage de l'ardoise entre maîtres d'ouvrage et constructeurs.

Les télécoms dans le plan de relance

Ces retards sont-ils rattrapables ? Le gouvernement veut y croire. Le ministre du logement, Julien Denormandie, s'est montré confiant sur la reprise avec "50% d'activité la semaine dernière, 70% cette semaine". Il a surtout promis de "faire du secteur du numérique un pilier de la relance économique". Le Fonds national pour la société numérique (FSN) pourrait ainsi accélérer les délais de paiement des subventions pour aider les entreprises du secteur à "passer la bosse". L'Etat est également invité par la fédération francaise des opérateurs télécoms (FFT) à remettre une couche de "simplification" dans les procédures associées aux déploiements (accès aux immeubles, réseaux en façade…). Les freins, Patrick Chaize, président de l'Avicca, les situe surtout au niveau de la préparation et du suivi des chantiers. Le sénateur de l'Ain a plaidé pour une amélioration du système d'information – base adresse nationale et fichiers IPE des opérateurs – et pour un accès facilité aux points d'appui des réseaux (poteaux télécoms ou Enedis). 
L'association souhaite surtout que la crise soit l'occasion de repartir sur de nouvelles bases : affirmer la nécessité du 100% fibre pour tous, conférer aux réseaux télécoms le statut de réseau d'importance vitale et allouer les moyens nécessaires au "plan de résilience numérique" demandé par l'ensemble des associations d'élus.

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis

Haut de page