Jean-Noël Escudié / P2C

Précarité énergétique - Malgré la baisse des prix de l'énergie, les dispositifs de solidarité restent nécessaires

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Le troisième tableau de bord que vient de publier l'Observatoire national de la précarité énergétique chiffre la facture énergétique des ménages en situation de précarité à 1.925 euros en 2017 contre 1.584 euros pour la moyenne nationale. Le document détaille aussi les résultats des dispositifs d'aide, confirmant la montée en charge du programme "Habiter mieux", le recul du nombre d'éco-PTZ distribués, et surtout la forte progression du nombre de ménages bénéficiaires des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz ces dernières années.

Quelques jours après la seconde vague du baromètre Qualitel, centré sur la perception des Français sur la température dans leur logement (voir notre article ci-dessous du 8 février 2018), l'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) publie la troisième édition du "Tableau de bord de la précarité énergétique", portant sur l'année 2017. Bruno Léchevin, le président de l'Observatoire, rappelle au passage que "réussir la transition énergétique suppose d'embarquer tout le monde, y compris les plus fragiles. La lutte contre la précarité énergétique constitue donc un chantier prioritaire : comment construire une société plus respectueuse des ressources, plus équitable, sans traiter la question sociale ?".

Une facture énergétique de 1.925 euros pour les ménages précaires

L'étude de l'ONPE rappelle quelques chiffres qui permettent de cerner les enjeux : une facture énergétique annuelle de 1.925 euros pour les ménages en situation de précarité (contre 1.584 euros de moyenne nationale), 34% des ménages qui déclarent avoir dû restreindre le chauffage chez eux, plus de 600.000 interventions des fournisseurs d'énergie auprès de leurs clients pour des impayés d'électricité ou de gaz, 41% des adultes exposés à la précarité énergétique souffrant d'anxiété et de dépression... L'étude rappelle aussi l'existence de différents dispositifs nationaux comme le programme "Habiter mieux" (40.000 logements en 2016), les 3,2 millions de bénéficiaires des tarifs sociaux de l'énergie, les 4 millions de ménages éligibles au chèque énergie dès 2018...
Après avoir exposé quelques indicateurs de contexte - prix de l'énergie, taux de pauvreté monétaire à 60% du revenu médian, consommations et dépenses énergétiques... -, l'étude revient sur les indicateurs de difficulté des ménages à payer les factures. Il apparaît ainsi que le nombre d'interventions des fournisseurs d'énergie à la suite d'impayés est relativement stable depuis trois ans, autour de 600.000. La légère hausse observée en 2016 (+5%) s'explique par le fait que l'année précédente avait connu à la fois un hiver clément et une baisse des prix de l'énergie.
De même, le ressenti des ménages sur les enjeux de l'énergie reste stable, à l'exception de l'item "les factures de gaz et d'électricité représentent une part importante dans les dépenses de mon foyer" (cité par 68% des Français), qui progresse en 2017 du fait d'une reprise des prix de l'énergie.

Un sort très variable pour les dispositifs d'aide

Le tableau de bord de l'ONPE s'attarde aussi sur le suivi des dispositifs financiers nationaux. Il confirme la montée en charge plutôt lente du programme "Habiter mieux" et le recul du nombre d'éco-PTZ distribués (près de 80.000 en 2010 contre un peu plus de 20.000 en 2016). L'étude souligne d'ailleurs que "le bilan statistique des éco-PTZ [...] montre que ce dispositif n'est pas adapté aux ménages modestes". Seuls 8% des bénéficiaires d'un éco-PTZ émis en 2015 appartenaient en effet aux trois premiers déciles de revenus.
Baisse également du nombre de ménages demandeurs et bénéficiaires du FSL (Fonds de solidarité logement) pour l'aide au paiement des fournitures d'énergie, même si les chiffres s'arrêtent en... 2014. Entre 2013 et 2014, le nombre de ménages demandeurs est ainsi passé de 316.480 à 203.040 et celui des ménages bénéficiaires de 239.267 à 149.171. Ces chiffres sont toutefois très largement biaisés par le fait que seuls 65 départements ont répondu en 2014 contre 82 en 2013.
En revanche, le nombre de ménages bénéficiaires des tarifs sociaux de l'électricité et du gaz - tarif de première nécessité pour l'électricité (TPN) et tarif spécial de solidarité du gaz naturel (TSS) - a fortement progressé ces dernières années, passant, depuis 2010, de 0,6 à 3,2 millions de ménages pour le TPN et de 0,3 à 1,6 million pour le TSS.
La meilleure nouvelle vient finalement de la décélération de la dépense énergétique des ménages (logement et mobilité, autrement dit chauffage et carburants). Après avoir culminé à 3.204 euros TTC en 2013, elle a reculé jusqu'à atteindre 2.829 euros en 2016 (60% pour le logement et 40% pour les carburants et lubrifiants).

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