Bourgogne-Franche-Comté

Lucas Boncourt / EVS pour Localtis

OnDijon, la ville supervisée à l'épreuve des usagers

Infrastructures numériques, données

La métropole de Dijon a inauguré le 11 avril 2019 en grande pompe son centre de supervision urbain, navire amiral de son projet de smart city OnDijon. Un projet mêlant dernières technologies et modernisation de l'administration qui doit maintenant séduire les habitants.

Sur un écran géant, un point coloré passe au rouge sur la carte de la métropole bourguignonne. Un zoom révèle qu'un véhicule bouche une issue de secours. Il y a nécessité de procéder à son enlèvement et l'équipe voirie en informe la police municipale. Grâce à la nouvelle plateforme, toutes ces opérations suivent un protocole strict, entièrement dématérialisé.

Une smart city à l'échelle de 23 communes

Si la plateforme collaborative – un hyperviseur en langage technique – est numérique, le paradoxe du projet OnDijon est sans doute de reposer d'abord et avant tout sur un lieu physique : le centre d’information et de veille opérationnelle (Civo) inauguré en grande pompe le 11 avril. Le site réunit sur 1.200 m2 50 agents issus de six services jusqu'alors dispersés : le centre d'appel municipal, la voirie-espaces verts, les ASVP en charge du stationnement, la vidéoprotection et, dès la rentrée prochaine, la régulation des transports publics (tramway, bus, vélos, parkings…). Ce service, intégralement dédié à la gestion de l'espace public concerne surtout "les 23 communes de la métropole, ce qui le différencie des projets smart city existants, limités le plus souvent à un quartier ou à une seule ville" fait valoir François Rebsamen maire de Dijon et président de Dijon Métropole.

Un projet de transformation de l'administration

Le Civo a ensuite pour particularité de s'appuyer sur toute une série d'équipements urbains connectés et pilotables à distance. Les feux de circulation peuvent par exemple basculer sur un scénario "urgence" pour forcer le passage au vert et laisser passer des véhicules prioritaires comme la police ou les pompiers. Les bornes d'accès aux quartiers résidentiels sont également connectées et des capteurs indiquent aux agents des dysfonctionnements éventuels. Plus de 200 véhicules – déchets, transports, voirie… - sont équipés de puces GPS et de radios pour coordonner les interventions. L'ensemble des 34.000 points lumineux sont également télégérés, pour en surveiller le bon fonctionnement ou varier le niveau d'éclairage. De cette proximité physique des agents chargés des interventions sur l'espace public, associée aux dernières technologies smart city, la ville attend une meilleure efficience des services et des délais d'intervention réduits. Avec un mot-clef fédérateur, celui de la transversalité. "Une bonne partie du projet OnDijon est invisible car il repose sur une transformation des pratiques d'une administration habituée à travailler en silo". Du reste, l'édile rappelle que si le projet – connu dans ses grandes lignes depuis plusieurs mois – a mis quatre ans à voir le jour c'est qu'il a fallu plus d'une centaine de réunions interservices pour le mettre en œuvre. 

Une vitrine pour les industriels

Autre originalité du projet dijonnais : son portage par un consortium privé associant Suez, Bouygues énergies services, Citelum (EDF) et la SSII Cap Gemini. Une alliance d'industriels suffisamment exceptionnelle pour que les PDG de Bouygues, EDF et Suez fassent le déplacement pour l'inauguration. "Unique", "exceptionnel"… les superlatifs étaient de mise pour présenter un projet qui serait d'ores et déjà envié à l'étranger. "Même Singapour" soutient Carmen Munoz, directrice générale de Citelum qui aurait impressionné son interlocuteur singapourien lors d'une présentation du projet à Barcelone. Toutefois, dans les faits, Rio de Janeiro, Songdo (Corée du sud), Nice voire Paris ont d'ores et déjà des centres de supervision high tech avec des résultats pas toujours à la hauteur des ambitions. En outre, le rassemblement physique de services administratifs n'est pas des plus originaux, surtout quand les plateformes numériques permettent de s'en passer. 

Des bénéfices qui restent à prouver

Le projet a aussi fait beaucoup parler de lui pour son coût : 105 millions d'euros dont 53 investis par la collectivité. "Ces investissements, il aurait de toute façon fallu les faire. Notre objectif est de faire en sorte qu'ils génèrent des économies de fonctionnement qui seront elles-mêmes réinvesties dans des projets", a défendu le maire de Dijon. Et de citer l'éclairage public où le passage au 100% LED associé à la télégestion devrait faire baisser la facture de 65%. "Il s'agit d'une obligation contractuelle" souligne la directrice de Citelum liée au contrat conception réalisation maintenance (Crem) signé par tous les industriels. Ce cercle vertueux ne sera cependant confirmé que par les faits. "C'est maintenant que les ennuis commencent, a concédé le maire de Dijon, et je demande un délai de clémence." Au-delà des économies promises, la grande inconnue sera aussi l'accueil des habitants. Si la plateforme promet des délais de réponse raccourcis, un meilleur suivi des interventions, une traçabilité dans le respect de la protection des données personnelles… il faudra aussi que les usagers soient convaincus des bienfaits de la ville télégérée, certains dispositifs, comme la vidéoverbalisation, étant loin de faire l'unanimité.

Un volet open data encore flou

Les promoteurs d'OnDijon ont placé la gouvernance de la donnée et l'open data au cœur du projet. Des données appelées à "faciliter les processus de décision", à assurer "la transparence de la gestion", à "mieux répondre aux besoins des habitants" mise à disposition des startups pour créer "une ville adaptable et durable". Des arguments connus pour un open data qui reste à mettre en pratique, Dijon étant une des rares métropoles à ne pas avoir encore ouvert son portail open data. Cette ouverture serait "imminente" assure-t-on à la métropole, les données de mobilité et sur les déchets devant faire partie des premiers jeux libérés. Pour le reste, le volet open data du superviseur urbain fait l'objet de réflexions, les données liées à l'espace public n'étant pas nécessairement les plus faciles à ouvrir du fait du RGPD. 

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