Caroline Megglé

Logement étudiant - Pour créer 60.000 nouvelles places, le gouvernement adoptera la méthode collective du "plan 40.000"

Logement

Jeunesse, éducation et formation

Aux Rendez-vous du logement étudiant le 21 novembre 2017, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, et Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, ont détaillé la feuille de route du gouvernement : créer 60.000 nouveaux logements étudiants d'ici 2022, s'appuyer pour cela sur une mobilisation de tous les acteurs et sur un observatoire destiné à mieux faire coïncider l'offre et la demande, étendre la garantie Visale ou encore déployer le futur bail mobilité. La rencontre aura aussi permis de mettre en avant le rôle croissant des universités, pour lesquelles l'amélioration des conditions de vie des étudiants est un enjeu stratégique.  

"Le logement étudiant est enfin devenu une question à part entière." Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation ouvrait, le 21 novembre 2017, les deuxièmes Rendez-vous du logement étudiant organisés par Universités & Territoires (1). A ses côtés, Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires, a insisté sur la volonté du gouvernement d'"appréhender le problème dans sa complexité pour trouver des solutions". Un troisième ministère serait ainsi partie prenante du dossier : celui de la Transition écologique et solidaire, pour ce qui a trait à la réhabilitation thermique des logements.
La ministre de l'Enseignement supérieur a d'abord salué "les progrès réels" accomplis, avec l'atteinte des objectifs du "plan 40.000" piloté lors du précédent quinquennat. On devrait ainsi compter "plus de 40.390 places" nouvelles fin 2017.
Universités & Territoires estime qu'il y aurait actuellement 390.000 places en logements étudiants spécifiques - résidences ou foyers -, dont 163.000 dans le réseau des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), 55.000 dans les résidences des bailleurs sociaux et 120.000 dans des résidences non conventionnées. Avec 2,6 millions d'étudiants en France et une tendance à la hausse des effectifs, les besoins restent considérables.

Un Observatoire national du logement étudiant pour définir la stratégie du "plan 60.000"

Pour son plan de 80.000 logements supplémentaires à destination des jeunes d'ici à 2022 – 60.000 pour les étudiants et 20.000 pour les jeunes actifs -, le gouvernement entendrait conserver la méthode du "plan 40.000" qui "a fait ses preuves", celle d'une "stratégie ascendante" s'appuyant sur la mobilisation de "l'ensemble des acteurs" – "Etat, collectivités, organismes de logement social, Crous, organismes gestionnaires…". Le gouvernement mise aussi sur la réhabilitation de logements, notamment dans les cités universitaires.
"Nous devons asseoir cette construction et cette rénovation des logements sur une meilleure connaissance à la fois de l'offre et des besoins", a précisé Frédérique Vidal. La création d'un Observatoire national du logement étudiant d'ici la rentrée 2018 serait donc une "priorité". L'analyse des besoins et la cartographie de "toute l'offre", y compris privée, devrait "favoriser une réelle programmation stratégique". Les observatoires locaux déjà opérant (voir notre article du 18 septembre 2017) seront mobilisés et appuyés, a promis la ministre.

Généralisation de Visale et nouveau bail mobilité

A la veille de la présentation de son projet de loi "Orientation et réussite étudiantes" en Conseil des ministres, Frédérique Vidal avait rappelé que l'un des volets du "plan étudiants" présenté le 30 octobre dernier était dédié à la vie étudiante. Parmi les mesures annoncées, on trouve la généralisation de la caution locative Visale à tous les étudiants qui sera "effective dans les toutes prochaines semaines", selon Julien Denormandie qui signait le jour même, avec Jacques Mézard, le protocole d'accord en vue de la nouvelle convention avec Action Logement (voir notre article du 21 novembre 2017). Autre mesure qui figurerait dans le projet de loi Logement de début 2018 : la création du "bail mobilité" de un à dix mois pour faciliter les mobilités liées à des stages ou des formations professionnelles (voir notre article du 14 novembre 2017).
Le ministère de la Cohésion des territoires entend aussi encourager la colocation et le logement intergénérationnel, ou encore "aller au bout" de la réflexion sur l'encadrement des loyers - et "voir si ça marche ou pas".

Les universités invitées à mettre à disposition leur foncier

Pour la création de logements étudiants, "la seule question c'est la question du terrain", avait auparavant lancé Julien Denormandie. C'est pourquoi le ministère de la Cohésion s'attelle, dans le cadre de sa stratégie logement présentée le 20 septembre (voir notre article), à susciter "un véritable choc pour libérer du terrain" et ainsi "construire plus et si possible construire moins cher", a rappelé le secrétaire d'Etat.
"Nous avons commis des erreurs dans les années 70 et 80, à construire probablement trop vite et pas assez cher", a alerté le président du Cnous Emmanuel Giannesini, appelant à une "logique de montée en gamme". S'il a reconnu que "l'accès aux financements n'[était] pas le plus compliqué", il a mis l'accent sur la lourdeur des procédures et sur la "concurrence foncière" qui pouvaient peser sur l'avancée des projets de résidences étudiantes. Le président du Cnous a d'ailleurs lancé un appel à partenariat en direction des établissements désireux de mettre à disposition du foncier. "Le logement étudiant peut être une ressource connexe" pour ces établissements, a-t-il argumenté.

Le logement étudiant et l'approche "campus", facteurs d'attractivité pour les universités

Dans une enquête réalisée auprès des 129 adhérents de la Conférence des présidents d'université (CPU), 29 établissements parmi 53 répondants déclarent "avoir des projets en matière de logement". Dix d'entre eux envisagent de participer à la construction ou la réhabilitation de logements ; deux seulement se disent désireux de mettre à disposition du foncier.
"Nos actions ne se substituent pas à celles du Crous ou des organismes de logement social, elles sont complémentaires", a estimé Isabelle Huault, présidente de l’Université Paris Dauphine qui accueillait la rencontre.
Au-delà de la mission classique d'information et d'orientation vers les opérateurs spécialisés, l'université parisienne réalise actuellement ses premiers investissements. Après avoir investi et réservé des places dans une résidence à Nanterre, elle inaugurera en septembre 2019 sa propre résidence, sous forme de filiale, à Saint-Ouen. Tout en apportant sa pierre à la réponse à des besoins croissants, l'université entend ainsi renforcer son attractivité.
Autour de Cergy-Pontoise, l'Université Paris Seine - 15 établissements dont l'Université de Cergy-Pontoise et l'Essec - se projette vers un campus international qui articulerait étroitement excellence académique et développement territorial. La réflexion associe pour cela la région Ile-de-France, le département du Val-d'Oise, la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et les communes de Cergy-Pontoise et de Neuville.

Résoudre la "crise du logement étudiant"... le "dialogue" entre acteurs privilégié à une refonte du système

Au vu des besoins, "il y a de la place pour tout le monde", répondent les universités lorsque les professionnels historiques du logement étudiant pointent la spécificité du métier, la nécessaire prise en compte de la saisonnalité, etc. D'autres, à l'inverse, plaident pour une évolution du modèle français vers une approche plus intégrée à l'anglo-saxonne qui renforcerait le rôle des universités. "Cela fait 34 ans que j'entends parler de crise du logement étudiant et les chiffres restent toujours aussi alarmants", argumente un opérateur privé, favorable à une libéralisation du système et à un rôle moindre du réseau des Crous. 
Pour Mathias Bernard, président de la commission vie étudiante et vie de campus de la Conférence des présidents d'université, le modèle français "ne pose pas problème" mais le dialogue entre les acteurs doit être encore renforcé. "Aujourd'hui les partenariats ont beaucoup progressé", notamment du fait des plans d'amélioration du logement étudiant, nuance-t-il. L'enjeu de ce dialogue selon lui : proposer, autant que possible, des services comparables aux étudiants, "quel que soit l'opérateur qui les loge". 

(1) Les Rendez-vous du logement étudiant sont organisés par Universités & Territoires et adele.org avec 25 partenaires dont la Conférence des présidents d'université, le réseau des Crous et Villes de France.

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