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Social / Emploi - Services à la personne : 1,1 million d'emplois en déshérence

La direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail publie une étude intitulée "Les salariés des services à la personne : comment évoluent leurs conditions de travail et d'emploi ?". Ce travail apporte un éclairage très évocateur sur les raisons des difficultés de ce secteur, notamment en termes de recrutement et d'attractivité professionnelle.

Des emplois et une activité orientés à la baisse depuis 2009

Le secteur des services à la personne emploie environ 1,1 million de salariés. Il comprend des métiers très divers, recouvrant principalement les activités de garde d'enfants, d'assistance aux personnes âgées ou dépendantes, ou d'entretien ménager réalisées au domicile de la personne ou dans l'environnement immédiat de son domicile. L'emploi s'y exerce sous deux formes distinctes : soit en emploi direct (recrutement par des particuliers, qui concerne 65% des salariés), soit par le biais d'organismes prestataires (26%), 9% des salariés intervenant selon les deux modes.
Ce secteur, où l'emploi progressait jusqu'alors de 4% par an en moyenne, a connu un coup d'accélérateur avec le plan Borloo de 2005, qui s'est traduit par une hausse de l'emploi de 8% par an entre 2005 et 2008. Mais, depuis 2010, l'emploi comme l'activité dans les services à la personne est en berne, avec une baisse annuelle moyenne de l'emploi de l'ordre de 1,0% entre 2009 et 2015 et de -1,3% pour les heures travaillées. L'évolution de l'emploi dans les services à la personne est toutefois moins défavorable que celle de l'ensemble des services aux particuliers (-2,2%). Cet écart s'explique sans doute par le fait qu'une partie des emplois des services à la personne est largement socialisée par des prestations des départements (APA et PCH) ou des CAF (Paje et autres aides aux modes de garde individuels). L'évolution des emplois dans les services à la personne est en revanche plus défavorable que celle de l'ensemble de l'emploi dans l'économie, qui est resté stable sur la période.

Des revenus modestes, mais qui progressent plus vite que la moyenne

En termes de profil des salariés, le secteur des services à la personne se caractérise par une forte proportion de femmes (87,3% contre 50,1% pour l'ensemble des salariés), plus âgées (moyenne d'âge de 46 ans contre 41 ans pour l'ensemble de la population active) et comptant une forte proportion de personnes nées à l'étranger (14,5%). La moyenne d'âge élevée est d'autant plus à signaler que les emplois des services à la personne sont souvent physiquement contraignants (notamment pour les salariés qui interviennent auprès de personnes âgées ou handicapées).
Autre particularité du secteur : ces salariés comptent en moyenne trois employeurs simultanés, ce qui suppose des interventions dans des lieux diversifiés.
En 2014, les salariés des services à la personne ont perçu, en moyenne, 8.200 euros nets, dont 5.200 euros nets au titre de leur activité dans ce secteur. Ces chiffres s'expliquent par le fait que 53% des salariés des services à la personne indiquent, pour expliquer un travail à temps partiel, n'avoir pas pu trouver d'emploi à temps plein, contre 42% pour l'ensemble de la population en emploi salarié. Le tiers des salariés du secteur déclarent d'ailleurs souhaiter travailler davantage.
Si ces revenus des salariés des services à la personne sont modestes, ils ont néanmoins progressé plus rapidement que pour le reste des salariés : +11% entre 2010 et 2014, contre +6% pour l'ensemble de la population active. Sur cette période, la progression est plus forte pour les salariés de particuliers employeurs (+14%) que pour ceux d'organismes prestataires (+7%).

Des horaires atypiques et des problèmes de santé

Cette progression ne suffit toutefois pas à améliorer l'image et l'attractivité de ces métiers. Dans le même temps, la part des horaires atypiques a en effet progressé, surtout pour les salariés d'organismes prestataires. Les salariés du secteur sont également davantage touchés par des problèmes de santé : 6% se déclarent en mauvaise santé, 28,6% disent avoir des problèmes de santé durables ou être en situation de handicap ou de perte d'autonomie (5,9%). Ces taux sont respectivement de 3%, 19,9% et 3,6% chez l'ensemble des salariés.
En conclusion, l'étude dresse une typologie des salariés des services à la personne. Le premier groupe rassemble ceux dont l'activité dans les services à la personne est l'activité principale, de manière durable (78% de l'ensemble). Ils sont peu concernés par les horaires atypiques, sont majoritairement âgés de plus de 50 ans et ont des horaires stables. Le second groupe (15%) comprend les salariés qui cumulent les contraintes de travail. Enfin, le troisième groupe (7%) correspond à ceux dont l'activité dans les services à la personne constitue un emploi d'attente ou d'appoint.