Archives

Congrès des maires - La crise sanitaire, une "période difficile" dont il faut "tirer les leçons"

La première séance plénière du 103e Congrès des maires, ce mardi 16 novembre, a donné l'occasion aux élus de témoigner de la façon dont ils ont vécu le choc inédit de la crise sanitaire au printemps 2020, entre mesures d'urgence à inventer et nouvelles façons de travailler à mettre en place avec les représentants de l'État. Ils en tirent certains enseignements, entre autres sur l'importance d'interlocuteurs tels que les sous-préfets. Et espèrent qu'il en sera tenu compte pour dessiner l'avenir du dialogue État-collectivités.

Dernier congrès pour François Baroin en tant que président de l'Association des maires de France. Mais premier congrès pour "la génération 2020", autrement dit les maires élus en mars ou juin dernier. Et premier congrès post-crise sanitaire. De quoi donner à ce 103e Congrès des maires une tonalité un peu particulière. Qui s'est vérifiée ce mardi 16 novembre lors de la première séance plénière programmée dans le grand auditorium circulaire de la Porte de Versailles.

Intitulée "Les libertés locales à l'épreuve des crises", cette séquence a surtout été celle de témoignages de maires qui, visiblement, se souviendront longtemps du choc de mars 2020, lorsque le pays a subitement été mis sous cloche. Une "phase de sidération", un "silence", dit Claire Peigné, maire de Morancé dans le Rhône. "On était tétanisés" et pleins d'interrogations ("qu'est-ce qu'on laisse ouvert ?"), abonde Frédéric Chéreau, maire de Douai (Nord), tandis que Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), évoque un climat "ultra-anxiogène" pour la population. "Cela a été une période extrêmement difficile" reconnaît, depuis la salle, le maire d'une commune de Saône-et-Loire de 1.000 habitants.

Et puis, très vite, "une dynamique se met en place", explique Claire Peigné. Chez elle, ce sera entre autres l'activation d'une "cellule civile communale" qui, à l'aide de bénévoles, assurera un relais d'information, le portage de repas et de médicaments… Distribution alimentaire et médicale, également, pour François-Xavier Ceccoli, maire de San Giulianu en Haute-Corse, avec ses 750 habitants disséminés dans plusieurs hameaux. Mais aussi des visites à domicile deux fois par semaine chez les aînés, des coups de téléphone pour s'assurer que tout va bien… Il y aura aussi l'instauration de la cantine gratuite pour les enfants de ces familles où intérim et CDD ont évidemment fait les frais de l'arrêt d'une partie de l'économie.

"L'une des premières questions a été de savoir comment maintenir l'activité des associations caritatives", raconte pour sa part le maire de Douai, ville qui a également "appelé toutes les personnes âgées", aidé La Poste à organiser la distribution du RSA, mis en place "des navettes du CCAS pour les courses", assuré "un facebook live toutes les semaines pour expliquer les choses"… et, dans tous les cas, "laissé les téléphones ouverts". "Oui, il ne fallait surtout pas que le téléphone sonne dans le vide", corrobore Claire Peigné, qui au début de la crise répondait elle-même aux appels, 24 heures sur 24. En tant que présidente de l'association départementale des maires du Rhône, Claire Peigné avait alors aussi institué "une lettre envoyée tous les soirs à tous les élus du département" pour les tenir informés au maximum.

De nouvelles façons de travailler... à perpétuer

Et puis "il a rapidement fallu élaborer une coproduction institutionnelle, privilégier l'agilité, décloisonner", résume Karim Bouamrane. Là-dessus, tous les maires intervenant lors de cette plénière ont fait état des nouvelles façons de travailler qui se sont mises en place. Dans le Rhône par exemple, ce fut une instance de dialogue régulier entre les élus et la préfecture associant aussi l'agence régionale de santé (ARS), la sphère de l'éducation, les pharmaciens et autres acteurs de terrain… Là comme ailleurs, la souplesse a nécessairement primé. "Et beaucoup de préfets ont suivi", juge Claire Peigné. À Douai, sur le volet purement sanitaire, "nous avions la chance d'avoir une communauté professionnelle territoriale de santé pour réunir les médecins", témoigne Frédéric Chéreau. Et dans tous les domaines, "heureusement qu'on avait le sous-préfet, le délégué de l'ARS, l'inspecteur de circonscription", autant d'interlocuteurs locaux connaissant la réalité du terrain, estime-t-il aussi – par exemple, dans le domaine de l'éducation, pour pouvoir "anticiper" et ne pas attendre les documents officiels envoyés deux jours avant la rentrée…

Frédéric Chéreau loue ainsi l'importance de "l'échelon infra-départemental" : "Le sous-préfet, on y tient." Plusieurs voix venues de la salle ont abondé en ce sens ("Le sous-préfet nous a beaucoup aidé"). Tout comme on a vanté l'importance du délégué territorial de l'ARS. "L'État départemental a été plus efficace que l'État régional", considère pour sa part David Lisnard, le maire de Cannes, qui pointe en outre les fréquentes "injonctions contradictoires" qui ont émané des différents représentants de l'État. "Le problème, c'est que des compétences importantes échappent au préfet – la santé, l'éducation… or il nous faut un ensemblier", complète Frédéric Chéreau.

De tout cela, il faut clairement "tirer des leçons", déclare Frédéric Chéreau, qui préside la commission Santé de l'AMF : "La santé est bien l'affaire des maires. On a des idées. Entre autres sur le nécessaire dialogue entre médecine de ville et hôpital. C'est un sujet dont les maires doivent s'emparer fermement." Et, plus globalement, "ce dialogue, il faut le poursuivre, on ne peut pas se remettre à faire les choses comme avant février 2020", insiste Claire Peigné, pour qui tout cela "nous a fait progresser" et doit désormais permettre de "repenser les liens de confiance entre les services de l'État et les collectivités".

Territoires unis : la présidentielle en ligne de mire

"Refonder les relations État-collectivités" : tel était précisément l'intitulé de la séquence suivante, à laquelle étaient conviés des représentants de Régions de France et de l'Assemblée des départements de France (ADF), les deux associations d'élus formant avec l'AMF la plateforme Territoires unis, fondée à Marseille en 2018. Territoires unis a bien été utile au cœur de la crise, en permettant aux élus de parler "d'une seule voix" lors des nombreuses réunions avec l'exécutif, estime Renaud Muselier, président délégué de Régions de France aux côtés de Carole Delga. Utile, dans la mesure où "l'État a la fâcheuse habitude de diviser pour régner", ajoute André Laignel, premier vice-président délégué de l'AMF.

Certes, Territoires unis, ce n'est pas uniquement une instance de dialogue. Sa dimension offensive, pour ne pas dire politique, s'est largement fait entendre ce mardi. "Territoires unis, c'est une façon de se retrouver pour dire 'ça suffit'", a ainsi lancé François Sauvadet, le président de l'ADF, évoquant aussi bien les questions financières que l'impatience de collectivités devant "attendre en permanence des autorisations simplement pour pouvoir agir". Les élus peuvent pour cela compter sur le soutien du président du Sénat, Gérard Larcher, venu redire combien "il faut davantage de libertés locales pour retrouver la confiance".

L'approche de l'élection présidentielle est évidemment dans toutes les têtes. Carole Delga proposant à ce titre l'organisation d'une "audition commune des candidats". Sachant que Régions de France prépare un livre blanc à l'attention de ces mêmes candidats. Livre blanc qui, selon André Laignel, pourrait devenir celui de Territoires unis, avec une série de propositions communes.

Dans l'immédiat, François Baroin, qui ouvrait ce congrès, attend "un hommage appuyé" de la part de l'exécutif : "L'État est conscient que nous avons fait un travail irremplaçable." Un hommage qu'il souhaite notamment entendre de la bouche d'Emmanuel Macron, qui viendra conclure le congrès jeudi après-midi. Le chef de l'État compte bien profiter de l'occasion pour "saluer le rôle des maires dans la gestion de la crise", assure-ton à l'Élysée, où l'on précise que cette allocution consistera notamment à "refaire un point sur les liens qui ont parcouru le quinquennat" et à "tracer des perspectives sur les enjeux et défis à venir pour les territoires et sur la façon dont l'État peut les accompagner". Il ne s'agira pas d'un "catalogue" de "sujets techniques" mais bien plutôt d'un discours de portée générale. Et avant cela, ce mercredi 17 novembre, Emmanuel Macron recevra en soirée un millier de maires à l'Élysée pour "échanger avec eux de façon informelle".

 

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis