Gestion de l'eau de pluie sur la première écozac parisienne

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La ZAC de la gare de Rungis, dans le treizième arrondissement de Paris, témoigne de la volonté des élus de mettre en œuvre de bonnes pratiques en matière de développement durable. La question de l'utilisation de l'eau pluviale en est un exemple.

La société d'économie mixte d'aménagement de Paris (Semapa) a la charge de l'aménagement de la ZAC Rungis qui s'étend sur trois hectares dans le treizième arrondissement. Dans une optique de développement durable, elle s'est penchée sur la gestion de l'eau de pluie. Jérôme Coumet, maire du treizième arrondissement, replace l'opération dans son contexte : "Nous avons été aiguillonnés par une association locale, 'Les amis de l'écozac', qui s'est polarisée sur les questions touchant au développement durable. J'avais moi-même l'intuition qu'il fallait avancer rapidement sur ces questions. En mai 2005, j'ai donc proposé au Conseil de Paris d'orienter cette ZAC vers le développement durable. Il ne s'agissait pas de remettre en question le projet existant mais d'améliorer tout ce qui pouvait l'être, comme la gestion de l'eau de pluie."

Des réservoirs dans les égouts et au pied des immeubles

A la Semapa, Gilles de Mont-Marin a été chargé de cette question délicate, car la ZAC de Rungis est située à l'un des points les plus bas de la capitale et le moindre orage fait déborder les égouts. Utilisant les ressources du site, les techniciens de la Semapa décident de convertir un ancien égout en réservoir. Ils recueillent ainsi les eaux de voiries qui peuvent ensuite être renvoyées à l'égout en débit contrôlé. Quant aux eaux de toitures, 4.500 m3 par an, le projet prévoit de les stocker dans des réservoirs, immeuble par immeuble, puis de les utiliser pour l'arrosage. Enfin, une dérogation a été demandée à la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Dass) pour utiliser l'eau pluviale dans les toilettes de certains immeubles. "La Dass, précise Gilles de Mont-Marin, est assez réservée sur ces questions. Elle craint notamment des branchements inopinés du reseau d'alimentation des immeubles sur les canalisations d'eaux pluviales qui, bien sûr, ne sont pas potables. Finalement, nous avons obtenu un accord de principe pour l'immeuble de bureaux et la résidence étudiante. Deux équipements majeurs qui occupent plus de la moitié des surfaces."

Un point sensible : l'eau de pluie dans les réseaux sanitaires

La question de l'utilisation de l'eau de pluie dans les réseaux sanitaires est évidement un point sensible. Ce dispositif, qui a été rendu obligatoire dans certains pays comme la Belgique, n'est autorisé en France que parcimonieusement. Outre la question sanitaire, se pose celle de l'économie générale du cycle de l'eau. A l'heure actuelle, la distribution d'eau potable est taxée afin de permettre son épuration. Utiliser l'eau de pluie, c'est diminuer la consommation d'eau potable et c'est un "manque à gagner" pour l'épuration. Jérôme Coumet relativise cette difficulté : "Nous sommes en phase d'expérimentation, nous défrichons des voies nouvelles pour la ville de Paris et notre projet participe à la dépollution de la Seine. Jusqu'à présent, le moindre orage provoquait l'inondation de la partie basse de la rue de la Poterne des Peupliers et les égouts se déversaient en Seine, sans aucun traitement. Nos aménagements améliorent l'état sanitaire du fleuve et du plan climat dont s'est dotée la ville. Par ailleurs, l'objectif que nous avons fixé sur la ZAC de Rungis est que l'eau de pluie nous permette de subvenir à 30% des besoins, cela reste modeste." L'aménageur a fait ses choix, ils doivent maintenant être "mis en musique" par les promoteurs qui concourent pour les différents lots. Techniciens et élus constatent avec satisfaction que tous jouent le jeu du développement durable. Ils ont conscience que la législation évolue dans ce sens et profitent des exigences de la ville de Paris pour montrer ce qu'ils sont capables de faire.

Luc Blanchard, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

SEMAPA

69-71 rue du Chevaleret
75013 Paris

Gilles de Mont-Marin

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