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Michel Tendil

Le Brexit ravive la concurrence entre les ports européens

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Un projet de route maritime entre l'Irlande et le continent préparé par Bruxelles en prévision du Brexit fait la part belle aux ports belges et néerlandais. Après protestation de la France, Calais et Dunkerque devraient finalement y figurer. Pour les autres ports de la Manche, l'espoir est mince. Dans ce climat de concurrence, les présidents de région réclament une régionalisation de la gestion des grands ports.

Calais et Dunkerque sauvés des eaux ? C’est fort possible, cependant les autres ports français de La Manche risquent toujours de boire la tasse. En prévision du Brexit, la Commission européenne a mis sur la table, le 1er août, un projet de modification de tracé du corridor maritime mer du Nord-Méditerranée afin de rediriger les flux de marchandises en provenance d’Irlande, qui transitaient jusque-là par l’Angleterre. Seulement, la nouvelle route maritime proposée par Bruxelles privilégiait jusque-là les ports néerlandais et belges de Rotterdam, d'Anvers et de Zeebrugge en faisant l’impasse sur les ports français, malgré une plus grande proximité. À la suite des protestations de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, la Commission a lancé une nouvelle consultation et proposé d’intégrer Calais et Dunkerque. Emmanuelle Wargon la secrétaire d'État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, s’est ainsi montrée confiante mardi 23 octobre au Sénat, sur l’avenir de Calais et Dunkerque, espérant que le lien établi entre ces deux ports et l’Irlande "pourra être rapidement rétabli" . Pour ce qui est des autres ports, notamment Le Havre, Rouen, Caen, Cherbourg, Dieppe, Brest et Roscoff ou Saint-Malo, l’espoir est mince. Le gouvernement plaide pour qu’ils "puissent aussi bénéficier à la fois de fonds européens leur permettant de faire face au Brexit et de meilleures opportunités".
Des négociations vont maintenant avoir lieu entre le Conseil de l’Union européenne et le Parlement. Sans attendre l’issue de ces discussions, la France a obtenu que le volet transports du dernier appel à projets du Mécanisme d’interconnexion pour l’Europe intègre bien les ports. Une enveloppe de 65 millions d’euros sera ainsi consacrée aux projets de liaisons transfrontalières terrestres et pour la connexion et le développement des ports maritimes.

Hinterland

Pour justifier son choix de tracé, la Commission a invoqué une plus grande simplicité, sachant que Dublin et Cork possèdent déjà des services maritimes internationaux réguliers avec les ports belges et hollandais. Ces derniers bénéficient aussi de leur hinterland. Anvers est ainsi relié au canal Albert qui lui ouvre le marché européen. D’où l’idée de l’axe Seine reliant Le Havre à Paris. Quant à Dunkerque, il s’appuie sur le canal Seine-Nord. Alors, pour faire valoir ces atouts, les élus sont très actifs depuis quelques semaines. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, avait été un des premiers à monter au créneau au début du mois. Mercredi, à l’invitation de Natacha Bouchart, maire de Calais, une délégation irlandaise a pu visiter les installations du port de Calais et du tunnel sous la Manche, desservies par la question des migrants. "Nous avons un port performant et un nouveau port en chantier, nous avons tout pour accueillir le trafic à l'import et à l'export pour l'Irlande", a mis en avant Jean-Marc Puissesseau, président du port.
Pour le sénateur Didier Marie (PS, Seine-Maritime), qui interrogeait la secrétaire d’État, mardi, la supériorité des ports belgo-néerlandais reste à prouver. "Le port du Havre traite ainsi vingt-trois conteneurs à l'heure, quand celui de Rotterdam n'en traite que seize", assure-t-il. "En privilégiant les ports de Rotterdam, d'Anvers et de Zeebrugge, la Commission européenne risque de priver nos ports de trafics importants, mais aussi de fonds européens essentiels à leur développement."

Gestion "colbertiste" des grands ports

Les élus pointent aussi les distorsions de concurrence que cette carte engendre entre les ports européens. Entouré des autorités portuaires de Normandie, le président de la région, Hervé Morin, a estimé, le 10 octobre, que l’État français a commis un "manquement" dans ce dossier et que la proposition de Bruxelles est "totalement inacceptable". Mais selon lui, dans cette bataille, les ports français ne jouent pas à armes égales avec leurs homologues européens. Les ports français "sont gérés de manière très colbertiste, alors qu’en Europe, ils sont vus comme des places de marché capable de créer des réseaux", a-t-il valoir, lors d'un débat, le 9 octobre. "Les ports de Rotterdam et Anvers reposent sur une association des territoires et du secteur privé pour bâtir des schémas de développement économique (…) Moi, j’attends le 47e arbitrage de Bercy sur le tour de retour sur investissement du port du Havre." Son homologue des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, réclame lui aussi la gestion du port de Dunkerque.
Le sujet est sur le bureau du Sénat. Une proposition de loi déposée cet été vise à permettre la régionalisation du statut des grands ports maritimes. Ce qu’a déjà permis la loi Notr du 7 août 2015 pour les ports plus petits. "Le transfert de la compétence portuaire à la région permettrait une meilleure intégration des partenaires économiques et industriels irriguant jusqu'à l'hinterland", indique le texte. L’État conserverait ses compétences régaliennes. Se pose aussi la question de la fiscalité. Le Premier ministre a demandé un rapport sur le sujet, qui sera remis dans quelques semaines.

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