Jean-Noël Escudié / P2C

Culture / Tourisme - L'encadrement de la participation d'artistes amateurs menace-t-il vraiment la survie du Puy du Fou ?

Tourisme, culture, loisirs

Développement économique

Le Puy du Fou et son créateur, Philippe de Villiers, lancent une campagne contre le dispositif d'encadrement de la participation d'artistes amateurs à des spectacles à but lucratif. Dans une interview au Figaro du 13 mars, le créateur de la Cinéscénie et ancien président du conseil départemental de la Vendée affirme en effet que "c'est la mort programmée du Puy du Fou". Il incrimine notamment un arrêté du 25 janvier dernier pris en application du décret du 10 mai 2017 relatif à la participation d'amateurs à des représentations d'une œuvre de l'esprit dans un cadre lucratif (voir notre article ci-dessous du 22 février 2018).

Un texte "liberticide"

Motif avancé pour cette mobilisation tous azimuts contre un texte qualifié de "liberticide" : le nouveau dispositif, issu de l'article 32 de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l'architecture et au patrimoine (LCAP, voir notre article ci-dessous du 12 juillet 2016) limite la participation d'un artiste amateur à cinq représentations du même spectacle par an, ou huit représentations si les intéressés font partie d'un "groupement d'amateurs" (cas du Puy du Fou). Mais la Cinéscénie compte 28 représentations tous les ans et chaque amateur s'engage à participer à au moins 15 représentations.
La limitation est donc bien réelle, mais menace-t-elle vraiment la survie du Puy du Fou ou d'autres spectacles à but lucratif faisant appel à des non professionnels ? Sur un plan juridique tout d'abord, la limite de cinq ou huit spectacles n'a rien à voir avec l'arrêté du 25 janvier 2018. Elle a en effet été fixée par le décret du 10 mai 2017, pris en application de la loi LCAP et relatif à la participation d'amateurs à des représentations d'une œuvre de l'esprit dans un cadre lucratif (voir notre article ci-dessous du 22 mai 2017). Or ce texte, qui remonte à près de dix mois, n'avait jusqu'alors soulevé aucune réaction particulière. Le ministère de la Culture fait d'ailleurs valoir que des responsables du Puy du Fou "ont été associés depuis 2014" aux discussions sur le projet de dispositif d'encadrement.

Une dérogation sur mesure prévue par le décret

Sur le fond, le cas du Puy du Fou a bien sûr été prévu et discuté avec son président. Le décret du 10 mai 2017 prévoit en effet que le ministre de la Culture peut, après avis du bureau du Conseil national des professions du spectacle, autoriser un dépassement des plafonds de cinq ou huit séances "pour la représentation d'un spectacle qui comporte un intérêt artistique et culturel particulier ou pour laquelle la participation d'amateurs est l'une des conditions de la réalisation de tout ou partie du projet artistique". Une définition taillée sur mesure pour le Puy du Fou et autres spectacles du même type.
On n'imagine pas un gouvernement refusant cette dérogation à un spectacle qui a fêté l'an dernier ses 40 ans et a reçu en 2014 l'"Applause Award", récompensant le meilleur parc d'attraction du monde et remis par l'IAAPA (International Association of Amusement Parks and Attractions), et diverses autres distinctions internationales. Sans oublier que le Puy du Fou a accueilli l'an dernier 2,26 millions de visiteurs, ce qui en fait l'un des pôles touristiques majeurs de l'ouest de la France et le classe au second rang des parcs français derrière Disneyland Paris.

Accélérer l'octroi de la dérogation

Il est probable que la mobilisation engagée par le Puy du Fou vise davantage d'autres aspects de l'arrêté du 25 janvier 2018, comme les obligations de formation et d'accompagnement des artistes bénévoles, qui peuvent se révéler coûteuses pour une organisation employant près de 4.000 non professionnels. Elle peut aussi viser le dispositif d'enregistrement et de contrôle des artistes amateurs, incontestablement tatillon comme le soulignait d'ailleurs Localtis (voir notre article ci-dessous du 22 février 2018).
Enfin, le fait d'évoquer la "mort programmée" du Puy du Fou est sans doute un bon moyen d'inciter la ministre de la Culture à accorder rapidement la dérogation sur mesure prévue de longue date...
 

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