Ligne ferroviaire Paris-Orléans-Limoges-Toulouse : le train du désespoir ?

Le ministre délégué aux Transports et le P-DG de la SNCF ont fait le déplacement à Limoges ce 3 mars pour assister à une réunion au cours de laquelle maires, députés, sénateurs, présidents de départements, conseillers régionaux, responsables économiques et usagers ont fait part de leurs doléances face aux dysfonctionnements multiples et récurrents de la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (Polt).

Rien ne va plus sur la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (Polt), l'une des trois lignes de trains d’équilibre du territoire (TET) structurantes à l’échelle nationale, et les élus, acteurs économiques et usagers des régions traversées ont du mal à croire que les travaux engagés et l'achat de nouveaux trains amélioreront bientôt la situation. "Ce n'est plus très loin ! On y est presque", a tenté de les rassurer ce 3 mars le P-DG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, lors d'une grande réunion à Limoges avec les élus, les représentants des usagers et les acteurs économiques locaux, sous la conduite du ministre délégué aux Transports, Clément Beaune.

L'avenir radieux promis à la ligne Polt, qui relie sur plus de 700 km l’Île-de-France aux régions Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, c'est la rénovation des rails et des caténaires, un soupçon de modernisation des infrastructures, un coup de jeune aux gares et l'achat de nouveaux trains au constructeur espagnol CAF. Tout doit être fini fin 2026, pour un investissement total de près de 2,5 milliards d'euros. "La conséquence, c'est les travaux", a expliqué Jean-Pierre Farandou. Or, ces indispensables chantiers perturbent encore plus la circulation de trains déjà gênés par des avaries diverses, la rencontre de sangliers, la canicule ou le givre. De quoi exaspérer les voyageurs.

Perturbations en cascade

Maires, députés, sénateurs, présidents de départements, conseillers régionaux, responsables économiques et usagers se sont plaints longuement vendredi des retards fréquents, des annulations intempestives, de l'allongement des temps de parcours, des arrêts supprimés et du manque de communication de la SNCF.

"Aujourd'hui, il n'est plus possible de convenir d'un rendez-vous raisonnable à Paris sans avoir la crainte d'un retard ou d'une annulation", a regretté le président de la chambre de commerce et d'industrie de Limoges, Pierre Massy. "C'est l'attractivité de nos entreprises (et) de nos territoires qui en prend un coup." Legrand, groupe du CAC 40 installé à Limoges, a tiré le signal d'alarme en décembre, menaçant de déménager si la liaison avec Paris - en 3 heures 15, au mieux - ne s'améliore pas.

Dans la pratique, 19% des trains ont eu l'an dernier plus de 10 minutes de retard, selon la direction Intercités de SNCF Voyageurs. De nombreux allers-retours ont été supprimés à cause des travaux.

"Nous sommes désespérés", a lancé le président du conseil départemental de Corrèze, Pascal Coste (LR), inquiet du "grand déclassement que vivent nos départements". "Qu'est-ce qu'on vous a fait ?", a interrogé son confrère du Lot, Serge Rigal (divers gauche), regrettant que son département ne voie plus passer que cinq trains par jour, "quand ils arrivent". Les élus d'Occitanie ont rappelé que le Polt se terminait par un T comme Toulouse, et que la ligne, au-delà de Brive-la-Gaillarde où s'arrêtent de nombreux trains, desservait aussi Souillac, Gourdon, Cahors et Montauban. "Il y a une confiance à recréer", a résumé le sénateur de la Creuse Jean-Jacques Lozach (PS), évoquant "la ligne des projets avortés, la ligne des déconvenues, la ligne du désespoir". "Cette ligne est le symbole d’une France de la galère et de la colère, d’un réseau longtemps négligé", a résumé dans un tweet, Clément Beaune venu - en train - à Limoges pour écouter ce flot de doléances.

On a évoqué des trains pendulaires, échafaudé des plans ambitieux, ébauché une ligne à grande vitesse entre Poitiers et Limoges... sans résultat, cependant que les 713 km de voies ferrées du Polt vieillissaient, comme les locomotives et les vénérables voitures Corail.

Du mieux d'ici 2026 ?

Jean-Pierre Farandou promet désormais pour 2026 "des voies refaites, du matériel neuf et des gares pimpantes". "Ce n'est pas du blabla comme j'ai entendu dire, mais une réalité. Un rattrapage légitime, attendu, nécessaire" après des années de sous-investissement, a argumenté Clément Beaune. "Nous avons parfois porté trop d'attention sur des nouveaux projets (...), et pas assez d'attention sur l'existant", a-t-il regretté. Le Polt rénové sera selon lui, tout comme le Paris-Clermont - lui aussi en piètre état -, un avant-goût du plan de reconquête du rail de 100 milliards d'euros annoncé le 24 février par la Première ministre, Élisabeth Borne.

En attendant, "il faut tenir avec du vieux matériel, sur une ligne encore vétuste, et des travaux", a prévenu Jean-Pierre Farandou. La SNCF avance une "charte qualité" avec plus de services, un effort sur l'information des voyageurs, davantage de visibilité sur le calendrier des travaux, une surveillance accrue du givre, des locomotives qui roulent et plus prosaïquement des toilettes en bon état. Clément Beaune s'est engagé à refaire le point tous les trois mois.

 

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