Sur les Îles Noires, Tours Métropole conjugue agriculture et zone inondable

Longtemps maraîchères, les Îles Noires retrouvent progressivement leur vocation. Sur ces terres inondables de la commune de La Riche, Tours Métropole déploie depuis 2016 une politique d'acquisitions foncières pour installer de nouveaux porteurs de projets agricoles.

Au printemps 2020 sur les Îles Noires, un second maraîcher s’est installé sur des terrains de Tours Métropole. À eux deux, ils cultivent près de 3 hectares, un peu moins du quart de l'objectif à terme : 12 hectares agricoles sur les 120 que compte le site. Sur ces anciennes îles situées dans le lit mineur de la Loire à La Riche, ils sont les acteurs concrets du renforcement de l'autonomie alimentaire locale dans le cadre du projet alimentaire territorial (PAT). Fin 2020, un troisième porteur de projet est aussi attendu sur le site.

Une maîtrise foncière progressive

Pour mener à bien ce projet, Tours Métropole et la ville de La Riche ont instauré en 2016 une zone d'aménagement différé (ZAD) sur le site, qui leur permet de préempter tout terrain mis en vente. Si elle ne dispose pas des outils de portage d'un établissement public foncier, Tours Métropole privilégie cependant une politique des petits pas, sans recourir à l’expropriation. « Cela facilite l'acceptation sociale sur un secteur longtemps occupé par des habitations illégales, précise Silvère Guérin, directeur de la transition écologique à Tours Métropole. Nous achetons uniquement lorsque nous savons quel usage nous ferons des terrains, en privilégiant un système en tâche d'huile à partir des premières parcelles acquises. Il s'agit aussi d'installer les maraîchers les uns à côté des autres pour privilégier un principe d'entraide, de compagnonnage et d'utilisation de matériel en commun. »

Des terrains prêts à cultiver

Chaque terrain acquis est nettoyé des éventuels déchets présents par les services métropolitains et ceux de la commune, le site ayant servi de décharge illégale de déchets inertes pendant des années. Avant de les louer à des porteurs de projets, Tours Métropole équipe également ces terrains agricoles dans une logique « clé en main ». « Nous réalisons un forage avec pompe, installons des locaux pour le stockage des outils et de la production et des toilettes sèches » poursuit le directeur. Désormais harmonisés à l'échelle de toutes les installations agricoles portées par la Métropole, les locaux sont réalisés dans des conteneurs de réforme. Mais sur les Îles Noires, ils ont une particularité : ils sont flottants pour pouvoir se soulever en cas d'inondation !

Droit d'expérimentation dans le cadre du plan de prévention du risque inondation

Car les Îles Noires se situent dans le lit mineur de la Loire et dépendent du plan de prévention du risque inondation (PPRI) adopté en 2017. « Les réflexions sur le projet alimentaire étaient à peine lancées lorsque le PPRI a été travaillé et rien n'a été stipulé concernant l'activité agricole » précise le directeur. Pour lever les éventuels freins à l'installation maraîchère en zone inondable, Tours Métropole a donc demandé à user du droit constitutionnel à l'expérimentation, qui permet d’adapter les lois nationales aux situations locales. Objectif : obtenir les mêmes autorisations que pour les terrains de loisirs et permettre notamment l'implantation de serres. Une solution efficace, en attendant un nouveau PPRI « agricolo-compatible ».

6 à 18 mois pour installer un agriculteur

« 6 à 18 mois sont nécessaires pour installer un maraîcher avec un projet solide. En partenariat avec la chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire et l'association Inpact 37, nous ciblons des candidats qui se paieront un salaire en vendant leur production, 2 à 3 par an » souligne le directeur. Si le loyer reste symbolique, ces derniers signent des baux ruraux avec des clauses de Haute Valeur Environnementale : pas de produits phytosanitaire, intrants limités, rotation des cultures et création de haies pour la biodiversité. « Nous n'imposons pas le bio, mais dans les faits tous ceux installés sont en bio. » Pour chaque implantation, la Métropole débourse 150.000 à 200.000€, subventionnés à 40% par le contrat de solidarité territorial de la région Centre-Val de Loire. Les porteurs de projets peuvent également solliciter ce contrat pour leurs dépenses.

À terme, une vocation conviviale et de loisirs

Si le volet agricole est bien engagé, le projet porté par les élus métropolitains et ceux de La Riche va au-delà. D'ici 2025, la deuxième ligne de tramway pourrait aboutir à la porte d’entrée des Îles Noires. « Le site pourrait alors devenir un lieu majeur de promenade et de loisirs des habitants de la Métropole. » Une première étape s'engage dès 2020 avec le remodelage du talus d'entrée pour faciliter l'accès aux Îles. Des percées visuelles sur la Loire, des mobiliers et une voie accessible à tous vont être aménagés. Ils feront la jonction avec les espaces maraîchers où l'un des agriculteurs a également ouvert une guinguette. Mais la métamorphose principale se situe à l'extrémité ouest du territoire : fin 2020, les anciennes carrières de Gévrioux cesseront leur activité. Et les 47 hectares du site renaturé par l'entreprise propriétaire pourraient proposer à terme un espace de baignade naturelle de 19 hectares, le deuxième plus grand espace de l'agglomération. À suivre donc...

Tours Métropole

Nombre d'habitants :

292177

Nombre de communes :

22
60 avenue Marcel Dassault, CS 30651
37206 Tours Cedex 3

Silvère Guérin

Directeur de la transition écologique