Un ancien coron transformé en lieu de mémoire des mineurs (62)

La Cité des électriciens est la plus ancienne cité minière réhabilitée du nord de la France. La communauté d'agglomération de Béthune-Bruay Artois Lys Romane y a créé un centre d’interprétation qui lie étroitement patrimoine, culture et tourisme pour incarner à la fois l’histoire et l’avenir du territoire.

Après avoir largement contribué à la richesse et à la puissance de la France en produisant le charbon qui allait alimenter la révolution industrielle et chauffer les foyers de l’hexagone, le bassin minier du Nord-Pas de Calais a dû fermer sa dernière mine en 1990. « Longtemps, le territoire a souhaité détruire les vestiges de cette histoire douloureuse. Mais désormais, nous voulons préserver les terrils et le patrimoine pour nous souvenir. Transformer la cité minière en centre d’interprétation, c’est recréer les lieux où vivaient et travaillaient nos aïeux », explique Julien Dagbert, maire de Barlin et vice-président de la Communauté d'agglomération de Béthune-Bruay Artois Lys Romane, en charge de la culture et de l'éducation populaire.

Inauguré en 2019, cet équipement raconte où et comment vivaient les mineurs et leurs familles, et permet aux visiteurs d’aujourd’hui de comprendre le quotidien de l’époque. « Aujourd’hui, alors que de nombreux corons ont été rasés, nous voulons garder la trace de ce passé, montrer l’évolution des logements, et articuler la Cité des Électriciens avec les autres lieux de mémoire du territoire, » poursuit le jeune élu.

Inverser le regard sur un passé douloureux

Construite par la Compagnie des mines de Bruay entre 1856 et 1861 pour loger les familles des mineurs travaillant à la fosse n°1, la Cité des électriciens est un exemple exceptionnel de l’architecture des premiers corons. En 2008, la cité est progressivement vidée de ses habitants et laissée à l’abandon. Le bailleur social, Maisons & Cités (anciennement Soginorpa), est exsangue, et peine à entretenir les milliers de logements miniers vétustes de son parc immobilier. Mais en 2009, la cité est inscrite aux Monuments Historiques ; puis, en 2012, elle rejoint les grands sites dans le cadre de l’inscription du Bassin Minier sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco au titre de Paysage culturel, évolutif et vivant. Dès lors, des expérimentations artistiques y sont menées, afin d’inviter les habitants du territoire à changer de regard.

Des supports didactiques pour mieux vivre l’expérience de la visite

Sous l’impulsion de l’ancien maire de Bruay-La-Buissière, Alain Wacheux, aujourd’hui retiré de la vie politique, la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay en fait l’acquisition afin d’y créer un centre d’interprétation, inauguré en mai 2019, où patrimoine, culture et tourisme sont étroitement liés. Le site incarne à la fois l’histoire et l’avenir du territoire. À travers près de 1.000 m² de parcours libre, une vingtaine d’espaces interactifs invitent à la découverte du patrimoine minier. Maquettes, jeux, vidéos d’archives ou contemporaines, témoignages, animations, mais aussi reconstitution architecturale, ou restauration complète d’un logement font partie des supports didactiques de l’expérience de visite. Enfin, des gîtes urbains sont aménagés pour accueillir des touristes un peu plus longtemps. Des créations artistiques et des jardins potagers créent ici à la fois un lieu de mémoire et un lieu de vie. D’anciens mineurs ont été invités à venir témoigner de cette histoire humaine et industrielle.

De « vrais » logements réhabilités pour être habités

Jusqu’à sa réhabilitation la Cité des électriciens était la propriété de Soginorpa Maisons & Cités, bailleur social qui possède 80 % de l’habitat minier subsistant sur le territoire, les 20 % restants appartenant pour l’essentiel à la Société immobilière de l’Artois (SIA). Dans le cadre de sa réhabilitation, les deux tiers de la cité ont été acquis par la communauté d’agglomération de Béthune-Bruay, tandis que les trois barreaux bordant la rue Franklin et parallèles à la rue Anatole France restent sous l’égide de Maisons & Cités. Car la collectivité souhaitait absolument conserver de « vrais » logements habités par des familles, raison pour laquelle une dizaine de logis ont été conservés et réhabilités selon les normes actuelles. Ils font l’objet d’un bail particulier dans lequel « les habitants s’engagent à faire partie du projet », et à respecter certains critères, notamment liés au fait qu’ils vivent désormais dans un Monument historique.

Le centre d’interprétation Cité des électriciens est désormais un établissement public de coopération culturelle, qui fonctionne de façon autonome avec des subventions publiques. Depuis son inauguration, sa fréquentation a été considérablement freinée par la crise du Covid 19. Sur les 93 groupes accueillis en 2020-2021, 46 % des visiteurs étaient des scolaires. Commentaire de l’élu : « Après un beau succès dès l’ouverture, le public revient timidement. Une nouvelle direction a été recrutée pour relancer la machine. Aujourd’hui, la Cité des Électriciens fonctionne en réseau avec les autres équipements du territoire, et nous préparons un circuit minier. Celui-ci prévoit une étape dans la Cité des électriciens, avec un petit passage par Haillicourt, où 3 000 pieds de vigne ont été plantés sur un terril, et où l’on peut déguster le vin du terroir, le Charbonnay. » … Avec un « b », comme charbon.

Les partenaires financiers et leur participation

Coût de l’équipement : 18.200.000 € TTC

  • État (Groupe interministériel pour la restructuration des zones minières (Girzom) ; Fonds national d'aménagement et de développement du territoire (FNADT) ; dont Drac Monuments historiques 400.000 €) : 2.080.000 €
  • Conseil régional Nord-Pas de Calais (Fonds FEDER inclus) : 5.500.000 €
  • Conseil départemental Pas-de-Calais : 2.000.000 €
  • Mécénat : 300.000 €
  • Fonds de compensation TVA : 2.817.724 €
  • Communauté d'agglomération de Béthune-Bruay Artois Lys Romane : 5.502.276 €

Communauté d'agglomération Béthune-Bruay Artois Lys Romane

Nombre d'habitants :

276759

Nombre de communes :

100
Hôtel communautaire- 100 avenue de Londres- CS 40548
62411 Béthune cedex

Julien Dagbert

Vice-président, en charge de la culture et de l'éducation populaire

Cité des électriciens

Rue Franklin
62700 Bruay-La-Buissière

Aurélie Rognon

Responsable de la promotion de la Cité des électriciens

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