Cédric O estime nécessaire "de structurer le secteur de la médiation numérique"

Reprenant les conclusions du rapport "Lutte contre l’illectronisme et inclusion numérique" publié en septembre dernier, des sénateurs ont questionné Cédric O sur la stratégie gouvernementale en la matière, mercredi 13 janvier 2021. Au-delà du "saut quantique" en cours avec le déploiement de 4.000 conseillers numériques, ou des négociations avec le groupe La Poste et Emmaüs Connect pour les faire devenir le bras armé d'une politique publique de l'inclusion numérique, le secrétaire d'Etat a rappelé la "nécessité de structurer le secteur de la médiation numérique". 

Le rapport de la mission d'information sur la lutte contre l'illectronisme et pour l'inclusion numérique avait été présenté à la presse mi-septembre (lire notre article du 23 septembre 2020). Il avait formulé 45 propositions, recommandant de "passer à une logique 100% accessible", de "proclamer l'inclusion numérique comme priorité nationale", de "créer un fonds de lutte contre l'exclusion numérique" et "d’épauler les collectivités locales", en couvrant le territoire de "hubs France connectée" d'ici 2022 ; des hubs dont la vocation est d'animer le territoire en apportant une expertise aux décideurs locaux, en assurant la formation des professionnels de la médiation numérique, ou encore en accompagnant l’émergence de projets locaux. Le rapport insistait sur le fait que "l'aménagement numérique du territoire et l'équipement informatique sont indispensables, mais la formation est encore plus nécessaire". La lutte contre l'illectronisme est un "fléau national" écrivait la mission sénatoriale ad hoc.

Reste à éclaircir les moyens que le gouvernement entend consacrer à cette lutte et définir la méthode. Lors de son audition devant les membres du groupe RDSE, mercredi 13 janvier au Sénat, le secrétaire d'État chargé de la transition numérique et des communications électroniques a commencé par rappeler les budgets consacrés, estimant que l'illectronisme est avant tout "une question sociale mais surtout démocratique". "Tous les Français doivent être des citoyens émancipés et autonomes", a-t-il exigé. Pour ce faire, le gouvernement a fait passer le budget de l’inclusion numérique de 350.000 euros à 250 millions d'euros entre 2017 et 2020. Il s’assigne pour objectif d'"accompagner les personnes en difficulté et les collectivités territoriales, financer la formation et structurer le secteur de la médiation numérique". 

Conseillers numériques : "simplicité et la rapidité"

Pour accompagner les quelque 14 millions de personnes estimées en situation d’illectronisme, Cédric O rappelle qu'un déploiement de 4.000 conseillers numériques financés par l’État pour deux ans a été acté. Il précise que les collectivités territoriales peuvent postuler sur une plateforme gouvernementale : "Elles sont plusieurs milliers à l'avoir fait", s'est-il félicité. "J'ai signé une première convention avec l'Allier pour déployer trente conseillers. Nous nous appuyons sur les départements compte tenu de leurs compétences sociales. Nous visons la simplicité et la rapidité. Fin 2021, plus de 2.500 conseillers numériques seront sur le terrain", a-t-il promis.  Mais pour le sénateur de l'Ain et président de l’Avicca, Patrick Chaize, "le manque de médiateurs labellisés dans certains territoires" est criant. "Nous doublons leur nombre en déployant 4.000 conseillers numériques sur le territoire. C'est un saut quantique !", lui a rétorqué le secrétaire d’État. Patrick Chaize a par ailleurs regretté "l’oubli d’un acteur" : La Poste, dont il souhaiterait faire "le bras armé d'une politique publique pour l'inclusion numérique". Sur ce point, le secrétaire d’État a évoqué les discussions actuelles du gouvernement avec "plusieurs acteurs, dont Emmaüs Connect et le groupe La Poste, qui souhaitent faire de l'inclusion numérique un axe fort de sa politique des années à venir".
La sénatrice des Alpes-Maritimes Patricia Demas a interrogé le secrétaire d’État pour savoir comment les conseillers numériques seraient recrutés. Concrètement, elle estime "qu’il serait utile pour les collectivités candidates que les délais de quinze jours accordés pour contractualiser puissent être étendus à un mois". "Une fois que la collectivité a candidaté, nous nous adapterons, même si nous souhaitons aller assez vite. Quelque 350 heures de formation sont en effet prévues et il faut que les conseillers soient rapidement opérationnels", lui a répondu Cédric O. La question cruciale, souligne-t-elle, c’est "la pérennisation de ces contrats à leur terme [...], dans l'optique de la professionnalisation du secteur". Les 250 millions d'euros pour l'inclusion numérique sont en effet prévus pour deux ans et d’ici là, la question de l'illectronisme n'aura pas disparu...

Zone urbaine/zone rurale : le taux brut de non-équipement de 8% et 13%

Dans le contexte épidémique, l’illectronisme se traduit également par d’éventuels problèmes d’accès aux plateformes en ligne pour se faire vacciner. La sénatrice des Hautes-Pyrénées Maryse Carrère a soulevé la question concernant notamment les plus de 75 ans.  "Les centres de vaccination pourront recourir à Doctolib, à KelDoc ou à Maïa : chacun est libre de choisir son système de réservation", lui a répondu  le secrétaire d’État, précisant que "la réservation pourra également se faire par téléphone, via un numéro indiqué sur le site sante.fr".
La question de l’équipement des ménages les plus modestes a été soulevée par Jean-Marie Mizzon. Le sénateur de la Moselle a rappelé que le taux brut de non-équipement est de 8% en zone urbaine mais de 13% en zone rurale. Si "l'exclusion numérique tient à trois éléments : la connexion, les usages et l'équipement”, a rappelé Cédric O, le gouvernement n’en a pas moins choisi "de se concentrer sur les usages". "Par le passé, de nombreux conseils départementaux ou régionaux ont financé l'acquisition de tablettes ou d'ordinateurs pour les élèves. Malheureusement, ces outils ont parfois été laissés de côté, voire mis en vente sur internet... D'où l'intérêt de s'intéresser d'abord aux usages, d'autant que les collectivités territoriales investissent déjà dans l'équipement et bénéficient en outre souvent de dons de matériel par les entreprises", a-t-il argumenté. Il n’a en revanche pas rebondi sur le rappel de la proposition du rapport de Raymond Vall de créer un fonds contre l'exclusion numérique pour financer un chèque équipement.
Le nouveau sénateur de l’Aisne Pierre-Jean Verzelen a pour sa part tenté une réclamation concernant les maisons France Services et les services publics que les collectivités territoriales vont désormais assurer en leur sein. Un "tel transfert de compétences devrait s'accompagner d'un transfert de moyens de l'État, or le compte n'y est pas : 30 millions d'euros seulement !". Réponse de Cédric O. : "Concernant l'enveloppe consacrée aux maisons France Services, je vous renvoie à Jacqueline Gourault…".

 

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