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5 millions d'euros pour les maisons de l'emploi… si elles continuent à se transformer

Publié le
par
Emilie Zapalski pour Localtis
dans

Emploi

France

Les maisons de l'emploi récupèrent comme l'an dernier in extremis un budget de 5 millions d'euros de la part de l'État dans le cadre du projet de loi de finances pour 2020. Mais la somme, actée par amendement dans la nuit du 6 au 7 novembre 2019, est accordée sous condition que les maisons de l'emploi continuent leur transformation et veillent notamment à leur complémentarité avec Pôle emploi.

Comme l'an dernier, les maisons de l'emploi ont décroché in extremis 5 millions d'euros de budget de la part de l'État. Deux amendements (n°II-877 et n°II-1161) adoptés les 25 et 29 octobre 2019 en commission des finances, dans le cadre de l'examen du projet de loi de finances pour 2020, et entérinés par les députés en séance publique dans la nuit du 6 au 7 novembre, actent la somme. Le texte initial ne prévoyait pas un centime pour ces structures. Mais si la somme a été récupérée comme l'an dernier à l'arraché, le symbole est important pour Alliance Villes Emploi (AVE). C'est le signe d'une "sorte de renoncement" de ceux qui souhaitaient "couper les vivres" des maisons de l'emploi, comme l'a souligné Pascal Bolo, président délégué d'AVE, lors d'un colloque de l'association dédié à l'innovation, organisé le 7 novembre.
À l'heure actuelle, 84 maisons de l'emploi existent sur le territoire. Créées en 2005, ces structures ont vu leurs moyens issus de l'État diminuer. De 100 millions d'euros initialement, les crédits de soutien ont baissé jusqu'à 21 millions d'euros en 2017 et 5 millions d'euros en 2018. "Il y a cinq ans, l'État mettait 400.000 euros en moyenne dans une maison de l'emploi, il n'en met plus que 50.000, détaille Lucie Becdelièvre, déléguée générale d'AVE. Or si les collectivités locales sont les principaux financeurs des structures, la confirmation d'une part financière apportée par l'État leur apporte une reconnaissance institutionnelle. Il ne s'agit pas de sauver le dispositif par cette somme, mais de le poursuivre." D'autant plus que les maisons de l'emploi sont mises à contribution par le gouvernement dans le cadre du déploiement du plan d'investissement dans les compétences (PIC) : plusieurs d'entre elles sont ainsi lauréates des appels à projets lancés au niveau national.

La complémentarité avec Pôle emploi

Pour exemple, la maison de l'emploi de Strasbourg est lauréate de l'appel à projets "100% inclusion", avec le projet Focale, qui doit permettre à 400 bénéficiaires d'acquérir des capacités et des savoirs constitutifs d'un socle de compétences et d'accompagner 100% des bénéficiaires jusqu'à une sortie positive via un parcours sur mesure de quinze mois. Le GIP Maison de l'emploi du territoire de Plaine Commune est également lauréat de l'appel à projets avec "2024 : toutes championnes, tous champions". D'autres, comme celle du Grand Nancy avec son projet "Un territoire solidaire pour l'intégration professionnelle des réfugiés", sont présentes au rang des lauréats de l'appel à projets "Insertion des réfugiés par l'emploi" et de celui relatif aux prépas apprentissage. 
Les 5 millions d'euros sur la table sont aussi le résultat de discussions importantes qui ont eu lieu entre AVE et le ministère du Travail durant l'examen du projet de loi de finances. "Mon cabinet a travaillé avec les responsables AVE qui eux-mêmes disent qu'il y a une évolution nécessaire, des progrès à faire, a ainsi précisé Muriel Pénicaud, ministre du Travail, durant la séance publique. C'est dans cette dynamique que cela doit se faire." Et d'après AVE ces évolutions sont en cours. "Il y a une hybridation du dispositif, détaille Lucie Becdelièvre, il s'agit maintenant d'outils territoriaux portés par les collectivités, qui les font fonctionner comme elles le souhaitent ; les maisons de l'emploi d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec celles de 2005."
Cela dit, le souhait du gouvernement est de ne pas faire doublon avec Pôle emploi. Et pour éviter ce risque, les maisons de l'emploi travaillent à un approfondissement de leurs liens avec l'acteur public pour favoriser la complémentarité. Un projet de protocole entre Pôle emploi et AVE a été rédigé, qui fixe un cadre général de coopération nationale et des conventions déclinées localement en fonction des opportunités et des volontés des deux partenaires. Il devrait être signé dans les prochaines semaines.

En contrepartie, une transformation

"Aujourd'hui, les maisons de l'emploi qui subsistent sont prêtes à se réorganiser, à se restructurer, voire même à changer de nom, en signant comme l'a fait AVE un partenariat avec Pôle emploi pour venir en complémentarité, a détaillé Marie-Christine Verdier-Jouclas, rapporteure sur la mission Travail et emploi lors des discussions en séance publique dans la nuit du 6 au 7 novembre. Pour cela nous sommes d'accord pour présenter cet amendement qui conserve un budget de 5 millions d'euros avec cette contrepartie de transformation pour que ce budget soit pérennisé et qu'on ne remette pas le sujet sur le tapis l'année prochaine."
L'idée d'AVE est également d'anticiper les discussions et de reposer les questions autour des maisons de l'emploi bien avant fin 2019 et le projet de loi de finances suivant. "Nous souhaitons sortir de cette bataille", insiste Lucie Becdelièvre.

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