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Abbeville, ville sans feu rouge : un modèle plébiscité mais pas forcément duplicable

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par
AFP
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Transport mobilité durable

Hauts-de-France

La ville d'Abbeville (Somme) vient de supprimer le dernier feu tricolore de son territoire, au profit d'un giratoire, une politique applaudie par piétons et automobilistes, mais pas forcément duplicable ailleurs quand s'étoffe le réseau de transports en commun.

À l'entrée d'Abbeville, ville de 25.000 habitants où transitent chaque jour 65.000 véhicules, une vingtaine d'agents de voirie terminent les travaux de déblaiement, après avoir fait tomber ce 14 octobre le dernier feu qui subsistait. L'imposant giratoire qui va le remplacer n'entrera en service qu'en novembre, mais déjà, les riverains se réjouissent. "Parfois, ça roulait extrêmement vite, c'était effrayant", a expliqué à l'AFP Didier Pruvost, gérant d'un bar, installé dans cette commune de la Somme depuis 13 ans. "Quand le feu est vert, les voitures filent. Alors qu'un rond-point ça fait ralentir. C'est plus sécurisant." Depuis son établissement donnant sur la route départementale, il a été témoin de "quatre ou cinq" accidents à ce "carrefour très dangereux".

Circulation fluidifiée

Avant cet aménagement, d'un montant de 1,3 million d'euros, les dix autres carrefours à feux de la ville avaient été remplacés à partir de 2010 par neuf giratoires légers et un nouveau stop. Mais "parfois, c'était quelques centaines d'euros de transformation, de peinture et de signalisation au sol, alors que le remplacement d'équipements tricolores coûte généralement autour de 100.000 euros minimum pour un carrefour simple à quatre branches", pointe le maire de la ville, Nicolas Dumont (LREM).
La municipalité se félicite ainsi de la fluidité retrouvée de la circulation. Comme devant la gare, où un terre-plein central a été aménagé et les trottoirs légèrement modifiés. "Avec les feux, aux heures de pointe, il y avait des files sur plusieurs dizaines de mètres", se souvient Sam, serveur d'un hôtel. "Là, ça tourne, ça avance, c'est beaucoup mieux". Il souligne néanmoins que certaines voitures ne se privent pas de couper le terre-plein, haut de quelques centimètres à peine. Les automobilistes ont eux aussi adopté ces équipements. "Avant, il fallait s'arrêter tout le temps. Maintenant, si ça roule bien, on traverse Abbeville tranquillement, sans s'arrêter une seule fois", souligne Nicolas, la quarantaine. "Il y avait des feux qui ne servaient à rien, on s'en rend compte aujourd'hui."

14% des accidents concentrés sur les carrefours à feux

Même les piétons sont satisfaits. "Pour la pollution, c'est mieux", note Belgacem Talmoudi, entrepreneur de 41 ans. "Au feu rouge, les voitures s'immobilisaient deux minutes, mais le moteur, lui, continuait de tourner. Désormais, elles filent."
Selon les chiffres publiés en 2016 par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), la France compte environ 30.000 carrefours à feux et le nombre continue d'augmenter. Ceux-ci concentrent 14% des accidents, soit environ 10.000 accidents par an, 1.500 blessés hospitalisés et 150 tués. En cause notamment, les prises de vitesse pour éviter le rouge ou la trop grande confiance des piétons dans la couleur du feu.
Pour améliorer la fluidité ou renforcer la sécurité, certaines villes comme Paris, Nantes, Bordeaux ou Rouen ont mené des expérimentations similaires.
Mais abandonner l'intégralité des feux tricolores dans de telles agglomérations n'est pas au programme. À Nantes, par exemple, après des suppressions régulières de feux jusqu'en 2012, leur nombre est reparti à la hausse avec le développement des réseaux de bus et de tramway. "Il y a une tendance de fond qui consiste à avoir des centres-villes avec moins de trafic et là, les feux perdent de leur pertinence", souligne Christophe Damas, chargé de projet au Cerema. "En revanche, sur les axes structurants où circulent les transports en commun, bien souvent, on met en place des feux qui leur donnent la priorité, pour garantir leurs performances." Le maire d'Abbeville lui-même le reconnait, sa politique "correspond bien" aux spécificités d'une ville implantée en milieu rural. "Mais on ne peut pas dire qu'il faut calquer partout cette solution-là."

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