Tarn

Albi installe des maraîchers sur des friches urbaines (81)

Développement économique

Tourisme, culture, loisirs

Visant l'autosuffisance alimentaire à l'horizon 2020, la ville d'Albi achète des friches urbaines non constructibles pour réinstaller des maraichers au plus près des consommateurs.

D'un côté, du foncier urbain cultivable non exploité : friches, espaces verts générant de l'entretien et de l'arrosage. De l'autre, des besoins alimentaires mal couverts pour les plus précaires ainsi que le révèle la forte demande dans les épiceries sociales, et un stock de nourriture estimé à 5 jours seulement pour la ville : tel est le constat des élus d’Albi (Tarn, 51.000 habitants). "Nous devons repenser l'urbanisation pour sanctuariser des zones de maraîchage en ville et sécuriser l'approvisionnement alimentaire en quantité et en qualité, explique l'adjoint délégué au développement durable et à l'agriculture urbaine, Jean-Michel Bouat. L'ambition est de réorganiser la production locale dans un rayon de 60 km autour d'Albi pour parvenir à l'autosuffisance en 2020."

Portage politique fort, préemption des terres non constructibles, charte

La démarche repose sur trois briques, dont le développement d'une agriculture maraîchère biologique sur des friches urbaines non constructibles (voir en fin d'article pour les deux autres domaines d'action). Le comité de pilotage rassemble outre la direction générale de services, des élus et techniciens compétents aussi bien sur l'agriculture urbaine, l'urbanisme, les parcs et jardins, que des affaires scolaires.
"L'outil de l'urbanisation est entre nos mains", rappelle l'élu. À Albi, 73 hectares d'anciennes terres maraîchères ont été classés en zone d'aménagement différé, ce qui a déjà permis à la ville de préempter 8 hectares entre 2013 et 2015, pour 120.000 euros. Ensuite, des parcelles d'environ 1 hectare sont mises à disposition en bail précaire gratuit pendant deux ans, avant de passer en bail agricole classique (80 euros par hectare et par an).

Charte signée par les maraichers

En outre, la ville a établi un cahier des charges, dont les principes de base sont la production en agriculture biologique et la distribution en circuit court (60% de la production doit être vendue localement). Le comité de pilotage souhaite favoriser aussi la transformation de produits sur place (conserves, jus, huile…).
Cinq maraîchers sont installés depuis 2013. Les profils de ces agriculteurs urbains sont variés : un ancien pépiniériste, un agriculteur originaire de Turquie souhaitant poursuivre son activité à Albi, une employée de bureau et une ouvrière en reconversion…

2013 à 2016 : la première vague d'installation est gérée directement par la ville

Durant cette première phase, l'instruction des dossiers d'installation en maraîchage était menée par le comité de pilotage, sur des critères d’expériences et de compétences. "Avec un foncier restreint, la permaculture (système de production agricole à haut rendement sur de petites surfaces, inspiré de l'écologie naturelle) est quasiment un impératif, souligne l'élu. Comme il n'existe pas de filières d'enseignement pour ce type de culture, ni d'ailleurs de cadre administratif pour l'agriculture urbaine, ces personnes étaient nécessairement des autodidactes, animés par une forte motivation".

2016 : des partenaires pour changer d'échelle et développer des formations

La dimension prise par la démarche a convaincu la chambre d'agriculture de s’impliquer dans l'instruction des dossiers à partir de septembre 2016. À la même période, la ville dédie un poste du service parcs et jardins au suivi du projet.
La ville travaille également avec le conseil régional Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées pour développer une formation ad hoc. L'établissement d'enseignement agricole d'Albi commence ainsi à orienter des expérimentations et des formations sur la conduite de productions en agro-biologie. Il accueille aussi un chantier d’insertion "maraîchage en traction animale" : les premiers "sortants" pourraient se voir confier des prochaines parcelles mises en location par la ville.

"Il n'y a pas vraiment de freins à la démarche, si ce n'est des sourires dubitatifs au départ, explique l'élu. Par la suite, dès qu'on met les gens en lien et qu'on leur propose d'agir, l’adhésion est exponentielle."

Agriculture de plaisance et incitation à diversifier la production
La ville d'Albi travaille sur deux autres pistes dans le cadre de son programme d'autosuffisance alimentaire :
- encourager "l'agriculture de plaisance", c'est-à-dire les jardins potagers cultivés par les particuliers ou encore l'appropriation de l'espace public par des collectifs citoyens du type "Incroyables jardiniers" ;
- inciter les agriculteurs de la ceinture verte, plaine céréalière en quasi monoculture de maïs, à diversifier leur production et distribuer en circuits courts. Le lycée agricole d'Albi a ainsi mis à disposition un hectare sur sa ferme d'application pour tester la production de lentilles et pois chiches. Une rencontre a été organisée avec les deux enseignes nationales de la grande distribution qui sont en capacité d'acheter localement.

Sophie Daguin, l’Œil à la Page, pour la rubrique Expériences des sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info

Contact(s)

Commune d'Albi

16 rue de l'Hôtel de Ville
81023 Albi cedex 09
05 63 49 13 04
Nombre d'habitants : 51000

Jean-Michel Bouat

Délégué au développement durable, agriculture urbaine et eau
jean-michel.bouat@mairie-albi.fr
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