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Approvisionnement électrique : la vigilance reste de mise cet hiver, en raison de la crise sanitaire

Grâce à une anticipation dès le printemps, et aux effets cumulés des décalages de plannings de maintenance des réacteurs nucléaires et des leviers pour maitriser la consommation, le risque de pénurie de courant cet hiver semble maîtrisé. En cas de vague de froid intense, principalement en février 2021, des difficultés pourraient néanmoins survenir, prévient RTE.

Selon les prévisions présentées ce 19 novembre par RTE, le gestionnaire du réseau national des lignes à haute tension, l’hiver 2020-2021 "reste placé sous vigilance particulière", principalement à cause de la crise sanitaire, laquelle a entraîné, outre des impacts importants sur la consommation d’électricité - actuellement encore inférieure d’environ 5% à la projection d’avant-crise -, une profonde désorganisation du programme de maintenance des réacteurs nucléaires. Est venu s’y s’ajouter le mauvais timing en quelque sorte de la fermeture de la centrale de Fessenheim en juin dernier. La situation de l’approvisionnement électrique semble néanmoins "plus favorable qu’anticipé au printemps", a tempéré le président de RTE, Xavier Piechaczyk, lors d’une conférence de presse, faisant valoir les nombreuses mesures correctrices prises depuis le début de la crise. En résumé : "un mois de décembre plus serein que prévu, un mois de janvier normalement tendu à cette période statistiquement la plus froide de l’année, et enfin un mois de février difficile". Et toujours ce paramètre de la consommation "mouvant" pendant la pandémie et qui constitue "une incertitude supplémentaire", a-t-il souligné. 

Réaménagements successifs du calendrier de maintenance

Diverses actions de maîtrise de la consommation d’électricité fournissent en particulier de nouveaux leviers susceptibles d’être mobilisés en situation de tension. Notamment, l’augmentation de la capacité d’effacement (en sécurisant 370 MW pour novembre et décembre 2020 en plus des 770 MW prévus par l'appel d'offres 2020 et en obtenant 1.500 MW pour 2021 soit un quasi doublement par rapport à 2020 pour la capacité soutenue) et la généralisation à tout le territoire du dispositif EcoWatt, sorte de "météo du système électrique", permettant de solliciter les gestes citoyens. Du côté de la production, toute la séquence des arrêts obligatoires de réacteurs nucléaires a dû être réorganisée pour "maximiser" la disponibilité du parc nucléaire durant l’hiver. Concrètement, la France a économisé du combustible nucléaire cet été et fait appel à d’autres apports comme le charbon ou les imports afin de garder les réacteurs en réserve pour cet hiver. Le stock hydraulique dispose également de réserves supérieures aux dix dernières années et a fait l’objet d'une "gestion prudente" ces derniers mois. 

Trois périodes à distinguer

A conditions météorologiques normales, aucune difficulté ne sera à attendre sur l’approvisionnement en électricité en décembre. Dans l’intervalle 2020/2021, la remise en service d’une dizaine de réacteurs nucléaires par EDF (dont le réacteur n°2 de Flamanville) sera donc cruciale "pour maintenir le risque dans des proportions qui seront alors au même niveau que durant les années précédentes" (potentiellement 55 GW fin décembre contre 45 GW aux alentours de mi-novembre), souligne RTE. En revanche, en cas de vague de froid - si les températures devaient tomber de 2 à 7°C sous les normales -, voire de vague de froid combinée à une absence de vent, "des difficultés pourraient survenir" en janvier et, surtout en février, mois "pour lequel le risque est accru par rapport aux années précédentes". Et ce d’autant qu’en dépit des aménagements de calendrier, RTE confirme le scénario d’une disponibilité du parc nucléaire "historiquement faible" durant l’hiver. A la fin du mois de février, "13 réacteurs seront à l’arrêt notamment à la suite du report des programmes de maintenance depuis le début de la crise sanitaire", insiste RTE. Dans cette situation de froid, le recours aux moyens post marché serait probable (interruptibilité de sites industriels volontaires puis baisse de la tension sur les réseaux de distribution), et en tout dernier recours, l’organisation de coupures (délestage) ciblées et tournantes de foyers. L’import figure aussi parmi les options : "il n’existe pas d’alerte spécifique, cet hiver, sur la disponibilité des parcs de production des pays voisins de la France", remarque RTE. 

Situation maîtrisée dans le quart Nord-ouest

Autre sujet d’inquiétude récurrent, le risque d’approvisionnement local du grand quart nord-ouest, en particulier de la Bretagne, apparaît  "maîtrisé et inférieur à celui de l’hiver précédent". Par rapport à l’an passé, RTE met en perspective la remise en service d’au moins un réacteur de Flamanville (dès décembre) ainsi que le raccordement prévu début décembre de la nouvelle liaison IFA2 entre la France et le Royaume-Uni. 
Le traditionnel bilan prévisionnel qui examine l’équilibre offre/demande sur des séquences plus longues de 5 à 10 ans est  repoussé au premier trimestre 2021, "une fois que nous aurons davantage de visibilité sur les impacts de la crise de la Covid et de ses conséquences sur la consommation notamment industrielle pour les mois et les années qui viennent", a expliqué RTE. 
 

 

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