Pas-de-Calais

Atout carreau pour l'agglo de Lens-Liévin

La Base 11/19, de Loos-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais, a l'ambition de devenir un pôle de développement durable pour l'agglomération de Lens-Liévin. Mais la route est longue qui mène du charbon à un nouvel horizon économique.
image Mairie conseils

Il existe, sur l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais, un lieu hors du commun d'une fascinante puissance. C'est l'ancien carreau des fosses 11 et 19, qui couvre 110 hectares du territoire de Loos-en-Gohelle, tout près de Lens et Liévin. On y a extrait du charbon pendant près d'un siècle, comme en témoignent un chevalement métallique et un autre de béton, des bâtiments d'exploitation et deux magnifiques terrils jumeaux, les plus hauts d'Europe (187 m). En 1986, l'exploitation a cessé et la friche est passée tout près du démantèlement. Il ne s'est trouvé, à l'époque, que quelques élus municipaux et acteurs associatifs pour s'opposer à la logique de la table rase, en cours aux Houillères du Nord-Pas-de-Calais. Le combat fut rude : les tenants de la mémoire, emmenés par le maire de Loos, ont même dû barrer la route aux engins de démolition. Mais finalement, le site est resté pratiquement intact, au milieu de centaines de logements miniers, rare témoin d'ampleur de l'épopée charbonnière.
Le sauvetage accompli, il fallait trouver à la Base 11/19 une nouvelle vocation. Pas question de la transformer en musée. Les habitants de la région, soumis à un brutal repli industriel, ne l'auraient pas compris. "Cet espace devait redevenir un lieu de vie, porteur d'espoir", résume Jean-François Caron, actuel maire (Verts) de Loos-en-Gohelle. C'est alors qu'a émergé l'idée d'écopole, sorte de réponse au développement prédateur qui, durant des décennies, avait pesé sur le pays.

Le mariage de la culture et du développement

La Sem Artois-Développement de Liévin est chargée de lui donner consistance, à partir du milieu des années 90. Elle l'a fait par étapes, avec ses moyens et une foi souvent convaincante. Ainsi a-t-elle accompagné l'installation dans les lieux de la Chaîne des terrils, association de valorisation du patrimoine minier et d'éducation à l'environnement. Ou encore, l'implantation d'une jardinerie, dont le PDG avait été séduit par la valeur symbolique du site. Mais l'arrivée la plus marquante à la Base a été celle de Culture commune, en 1998. Quoique cette scène nationale travaille depuis les années 90 avec et dans une trentaine de collectivités locales du bassin, il importait qu'elle dispose d'un siège et d'une "fabrique théâtrale" pour soutenir des créations. "Nous voulions venir au 11/19, explique Chantal Lamarre, sa directrice. C'est un symbole de notre engagement dans ce territoire. Et c'est un endroit qui stimule les artistes."
En 2002, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin (Call), nouvellement apparue dans le paysage institutionnel local, a rangé le 11/19 parmi ses "grands projets structurants". Sous son pilotage direct et avec les financements du contrat d'agglomération, l'aventure a pris une autre ampleur. Le cabinet G3A, chargé d'une étude de définition par l'établissement intercommunal, a confirmé le potentiel du lieu, base idéale d'expérimentation du développement durable. Mais le plan d'investissements proposé par G3A est prohibitif...

Une longue marche

La communauté d'agglo n'a pas la possibilité de mobiliser autant de fonds, mais elle croit au projet. Elle a dégagé 1,8 million d'euros cette année pour réhabiliter des bâtiments supplémentaires et poursuivre l'aménagement de l'ensemble. Elle va solliciter l'Etat, la région, le département, l'Union européenne et des investisseurs pour rassembler le complément nécessaire (7,3 millions d'euros).
En 2004, également, un programme de requalification paysagère sera mené avec le concours de l'établissement public foncier régional. "Nous avançons doucement, du fait de la complexité des montages, déclare le technicien en charge de l'opération. Mais cela permet de préserver l'âme et l'équilibre du site." Bien sûr, la Base 11/19 doit prêcher par l'exemple : les chantiers collent le plus possible aux normes de la haute qualité environnementale (matériaux écologiques, énergies renouvelables...)
Cette "longue marche", néanmoins, a des aspects épuisants. Les pionniers se plaignent de ne toujours pas disposer de locaux adaptés. "Comme si notre présence était un fait acquis", déplore Chantal Lamarre, de Culture commune. "C'est important pour nous d'être ici et nous avons une petite pierre à apporter à l'édifice commun. Mais pas dans n'importe quelles conditions", indique Myriam Masson, animatrice de la Chaîne des terrils.
A la communnauté, on reconnaît certaines difficultés mais on demande du temps. Le pôle de référence du développement durable de Loos-en-Gohelle vient d'accueillir un bureau d'études spécialisé en environnement et les prémices d'un centre de développement d'éco-entreprises. Il se construit en marchant. C'est un projet vivant et d'une certaine manière, disent ses promoteurs, il ne sera jamais fini...

Bertrand Verfaillie / Innovapresse Lille pour Localtis

"Un lieu qui a une identité est toujours une chance pour un territoire"

Jean-François Caron a succédé à son père à la mairie de Loos-en-Gohelle en 2001. Il est aussi vice-président de la région Nord-Pas-de-Calais et vice-président de la communauté d'agglomération de Lens-Liévin.

Sait-on aujourd'hui où va la Base 11/19 ?

Oui, les études concordent : ce sera un pôle de référence pour le développement durable, dans ses dimensions économique, humaine et environnementale. Tous les décideurs locaux sont d'accord et veulent la réussite de ce projet. Pendant quelques années, nous avons hésité entre la mémoire et le développement. La clé de la démarche actuelle, c'est de lier ces deux aspects, sans injure au passé mais sans nostalgie pesante. Dès que le carreau aura été sécurisé et que les dernières restrictions d'accès public auront été levées, nous allons pouvoir communiquer dans ce sens.

Comment traduire le concept de développement durable dans un territoire comme l'ex-bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ?

Le développement durable, c'est d'abord la création d'emplois ! Pas n'importe lesquels, bien sûr ; nous n'aurons jamais ici de call-center. Le pôle doit aider à la reconversion, à la mutation du territoire. Le centre de développement d'éco-entreprises, par exemple, est un moyen de fixer des jeunes qualifiés. Plus de cent salariés travaillent déjà dans les différentes structures installées. De plus, la qualité des activités et des aménagements va contribuer à l'amélioration de l'image du bassin. Aujourd'hui, les habitants sont fiers du 11/19, c'est un étendard. Avec la région et le rectorat, nous cherchons à lui donner une stature nationale, à travers la création d'une université du développement durable par exemple.

Quelles leçons tirez-vous de quinze ans d'efforts pour sauver et valoriser le site ?

Un lieu qui a une identité est toujours une chance pour un territoire. Nous avons dépensé beaucoup d'énergie en essayant d'accrocher des porteurs de d'activités. On attendait un décollage, qui ne venait pas. Désormais, le projet est reconnu en tant que tel et nous pouvons établir un cahier des charges précis. Quinze ans d'efforts, oui. Mais il fallait bien ce temps pour que l'emprise charbonnière se desserre, sur le terrain et dans les consciences.

Détails sur la Base 11/19

La Base 11/19 est située à proximité immédiate des autoroutes A1, A 25 et A 26, au coeur d'un territoire très densément peuplé.

L'arrêté de sortie de concession minière concernant le site a été publié en janvier dernier. Les terrils restent propriété de Charbonnages de France, qui les met à disposition de la commune de Loos-en-Gohelle.
Les anciens bâtiments d'exploitation (salles des pendus, salle des machines, etc.) représentent un potentiel de 12.000 m2. Environ 3.000 m2 sont déjà affectés, 3.500 m2 vont l'être prochainement. Le sort du chevalement en béton de 66 mètres, qui chapeaute le puits le plus récent, n'est pas réglé, du fait de problèmes de sécurité. Le potentiel de constructions neuves est d'environ 22.000 m2 Shon (surface hors oeuvres nette).
La Base 11/19 accueille à ce jour : l'association La Chaîne des terrils, l'association Culture commune, une jardinerie, un bureau d'études spécialisé en environnement et un centre de développement d'éco-entreprises.

Aller plus loin sur le web :
 
Le site de la communauté d'agglomération de Lens-Liévin
http://www.agglo-lenslievin.fr
 
Le site de l'association la Chaîne des terrils
http://chaine.des.terrils.free.fr
 
Le site de l'association Culture commune
http://www.culture-commune.asso.fr

Haut de page