Aux Mureaux, les eaux pluviales s’infiltrent dans les sols et créent du (beau) paysage (78)

Publié le
par
Luc Blanchard
dans

Aménagement et foncier

Environnement

Yvelines

La ville des Mureaux, dans le département des Yvelines, a entrepris il y a près de vingt ans de gérer autrement l'eau de pluie. Plutôt que de la canaliser dans les égouts, la commune lui permet de s'infiltrer dans le sol et de rejoindre la nappe phréatique. Cela change tout !

Au début des années 2000, Les Mureaux, ville de 32.575 habitants en région parisienne, n'a pas de plan de prévention des risques d'inondations (PPRI). Pourtant elle compte six kilomètres de berges de Seine et abrite des entreprises importantes, telles qu'ArianeGroup. Lors des orages, la pluie ruisselle sur les surfaces imperméabilisées et engorge réseaux et station d’épuration. Pour combler cette lacune, les élus et les services de l'État établissent un diagnostic montrant que les réseaux qui canalisent les eaux pluviales ne peuvent pas être dimensionnés pour parer aux inondations. A contrario, en permettant à la pluie de s’infiltrer là où elle tombe l'on peut recharger les nappes phréatiques et rafraîchir la ville.

Infiltrer l'eau à la parcelle

Afin de réduire les risques d'inondations, le PPRI conclut qu'il faut retenir les eaux dans les sols au moyen de noues (fossé végétalisé permettant de recueillir les eaux de pluie), des espaces verts creux, des chaussées à structure réservoir ou par tout autre dispositif.
Ce principe va guider l'élaboration du plan local d'urbanisme des Mureaux, voté en 2006. L'élu en charge de l'environnement, Michel Carrière, s'en souvient bien : "Nous avons décidé que les particuliers ne devaient pas renvoyer à l'égout plus d'un litre d'eau par seconde à l’hectare ; et nous avons voulu que ce principe s'applique aussi à l'espace public géré par la collectivité." C'est ainsi que onze kilomètres de réseaux ont été remplacés par trois kilomètres de noues.
Dans le même esprit, en 2010, les élus s'imposent un challenge européen : les "3 x 20", qui consiste à réduire de 20% les émissions de CO2, à inclure 20% d’énergies renouvelables dans la consommation locale et à réduire de 20% la consommation énergétique dans sa globalité.

Le ru d’Orgeval coule désormais à l’air libre

La rénovation d'un quartier en politique de la ville, 70 hectares extrêmement denses, va permettre aux élus de mettre leurs résolutions en pratique. L'eau et la biodiversité retrouvent alors droit de cité. La réalisation la plus emblématique de cette politique volontariste est sans doute le parc Molière : 7,5 hectares d'espaces verts au cœur du quartier dans lequel le ru d’Orgeval, canalisé dans les années 1960, a été remis à l'air libre sur 500 mètres.

Étendre les bonnes pratiques

L'opération de renouvellement urbain, conduite avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), s'est achevée en 2017 et s'est vue décerner le label "Écoquartier". La végétalisation et la gestion des eaux pluviales, qui permettent de rafraîchir la ville et de lutter contre les îlots de chaleur, a fortement contribué à l'obtention du label. Les élus pensent maintenant à aller plus loin en étendant à l'ensemble de la ville ce qui a été fait dans l'écoquartier. Il a, par exemple, été décidé de rouvrir le ru d'Orgeval sur six kilomètres, jusqu'à la Seine. Au-delà de cette mesure forte, l’élu explique qu'il faut réinterroger toutes nos pratiques : "La ville du futur ne peut pas être celle des hygiénistes du 19e siècle. Il nous faut valoriser les ressources naturelles, pourquoi par exemple ne pas utiliser l'eau de pluie dans nos toilettes ? Les Allemands le font depuis longtemps."

Participation citoyenne

Bien sûr, pour que ces innovations soient comprises et adoptées par les usagers, il importe de placer les citoyens au centre du dispositif. Dès 2017, les "balad'eau Mureaux", circuit éducatif de l'eau doté de 25 points d'observation, ont été créés pour présenter aux usagers les circuits d'eau sous toutes leurs formes. Pour aller plus loin, en juin 2019, les élus ont convié les habitants à définir ensemble ce que pourrait être la cinquième phase de l'élaboration d'un écoquartier, qui jusqu'alors n'en compte que quatre. Plus d'une centaine d'habitants ont participé aux ateliers participatifs et ont réfléchi ensemble sur des questions fondamentales : Qu'est-ce que l'écologie ? Comment voyez-vous le futur de votre ville ? Qu'est-ce qui fait qu'une ville est propre ?... Ces ateliers ont bien fonctionné et sont promis à un bel avenir car la commune des Mureaux est loin d'avoir achevé sa mue.

Gestion de l'eau pluviale rationnelle et économique

Infiltrer l'eau pluviale à la parcelle et s'en servir pour l'arrosage permet aux communes et aux particuliers de réaliser des économie en termes d'investissement et de fonctionnement. En effet, la mise en place et l'entretien des réseaux d’assainissements ont un coût élevé. Si, comme cela a été fait aux Mureaux, une commune remplace les canalisations par des noues, qui demandent moins d'entretien, elle fait mécaniquement des économies. De la même façon, arroser les jardins avec de l'eau pluviale permet de dépenser moins d'eau potable et allège les factures.
Ces économies peuvent être réinvesties dans les travaux de désimperméabilisation et permettre, à budget constant, de réaliser de nouveaux gains.

Commune des Mureaux

Nombre d'habitants :

32575
Place de la Libération - BP 2053
78135 Les Mureaux Cedex

Nicolas Wecker

Directeur de la communication
Haut de page