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Avec la "mobilisation générale", Édouard Philippe amorce un "changement de méthode"

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Michel Tendil avec AFP, pour Localtis
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Développement économique

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France

Quelque 57 délégations d'associations d'élus, d'organisations syndicales et patronales, et autres associations de terrain étaient conviées à Matignon, lundi 6 mai, pour une "mobilisation nationale et territoriale autour de la formation, l'emploi et les grandes transitions écologique et numérique". Un "changement de méthode" plus proche des territoires destiné à renouer avec les "corps intermédiaires" et les élus. Six chantiers ont été ouverts à cette occasion avec des premières remontées de terrain attendues pour le mois de juin.

Retour au plein emploi en 2025, nouvel acte de décentralisation annoncé pour le premier trimestre 2020… après les promesses d’Emmanuel Macron le 25 avril, le Premier ministre a la lourde tâche de donner un "nouveau départ" au quinquennat. C’est tout le sens de la "mobilisation nationale et territoriale autour de la formation, l'emploi, et des grandes transitions écologique et numérique" organisée à Matignon, ce lundi 6 mai. Premier acte d’un "changement de méthode", à défaut de changement de cap. Le Premier ministre, entouré d’une dizaine de ministres, a ainsi reçu tour à tour les associations d’élus, puis les représentants des organisations syndicales et patronales et les acteurs associatifs. Au total, pas moins de 57 délégations.  L’enjeu : renouer avec les "corps intermédiaires" et les associations d’élus avec lesquelles l’exécutif souffle le chaud et le froid depuis le début du quinquennat ; la fameuse Conférence nationale des territoires n’ayant pas tenu ses promesses. Bien sûr l’exercice se veut avant tout une réponse à la crise des gilets jaunes qui est entrée dans sa 26e semaine. Crise sociale autant que territoriale. "Il faut que tout le monde se mette ensemble pour trouver la solution concrète et pratique à un problème concret et pratique", a martelé Édouard Philippe, à l’issue de la réunion.

Six chantiers ouverts

Pour ce faire, Matignon avait mis cinq chantiers sur la table : le développement de l’apprentissage, les emplois non pourvus, les freins à l’emploi, l'accompagnement des territoires dans la transition écologique et numérique, ou encore sur les gestes écologiques du quotidien (gestion des déchets, cycles courts, alimentation dans les cantines...). Le Premier ministre en a rajouté un sixième, à l’initiative de la CFDT : la rénovation thermique et énergétique des bâtiments.
 "Territoire par territoire, il faut qu’on fasse de la haute couture, en tout cas du sur mesure, pour être certain que les solutions concrètes sont bien apportées et que les changements se voient", a insisté Édouard Philippe. Lancée à Paris, cette mobilisation doit "descendre sur les territoires, dans les régions et les bassins d'emploi", pour une première salve de remontées fin juin, précise Matignon.  "On distinguera ce qui doit être traité au niveau national et ce qui doit être traité au niveau local" pour "qu'en septembre il y ait un agenda de solutions", précise la même source, citée par l’AFP. En tout cas, le gouvernement l’assure, il ne s’agit pas de reproduire les fameuses "conférences sociales" du précédent quinquennat, sortes de grand-messes qui débouchaient sur un agenda social.

À l’issue de la rencontre, l’association Ville de France qui représentent les villes de 10.000 à 100.000 habitants a rappelé ses priorités. "En complément du label territoires d’industrie qui s’adresse à 136 territoires industriels de France et qui attendent des financements concrets, il faut renforcer le maillage d’offre de formation d’apprentissage et d’enseignement supérieur (BTS...) en l’axant sur les besoins locaux et en laissant plus de latitude aux élus qui connaissent les besoins de leurs territoires", souligne l’association, dans un communiqué, alors que l’emploi est pour elle "le premier facteur d’attractivité". Les maires de villes "moyennes" insistent aussi sur l’importance de l’accessibilité et le besoin d’une "réhabilitation plus forte des réseaux existants et pour les mobilités du quotidien, celles du trajet domicile – travail". Enfin "un effort accru devra enfin être porté sur les questions de logement et de qualité de l’habitat, plus économes en énergies".

Les maires, "amortisseurs républicains"

Un peu plus tôt, en amont de la réunion, le président de l’Association des maires de France (AMF) François Baroin avait annoncé sur RTL vouloir porter une "ambition de décentralisation" auprès du Premier ministre, dans la droite ligne de ce que les Territoires unis (AMF, Assemblée des départements de France et Régions de France) avaient brandi le 13 mars, à l’issue du Grand Débat. Selon François Baroin, les deux premières années du quinquennat (presque jour pour jour), se sont soldées par une "recentralisation", or l’État doit se recentrer sur ses missions fondamentales et "tirer les conséquences de son impuissance à raison de sa dette". Il a appelé à aller au bout des compétences des régions en matière de développement économique, en leur confiant Pôle emploi, et à donner plus de latitude aux départements en matière de santé. François Baroin est aussi revenu sur l’annonce de la généralisation des maisons de servies aux publics à tous les cantons. Ces maisons - qui seraient désormais baptisées France services - "existent déjà depuis très longtemps", il n’y a là "aucune révolution", a-t-il commenté, louant cependant "une ambition complémentaire de dispositifs qui fonctionnent". Sur la future loi de décentralisation, il faudra "fixer des garants et des garanties très stricts", a-t-il exigé. Plus généralement, François Baroin a estimé que les maires ont joué le "rôle d’amortisseurs républicains" pendant la crise. "Nous avons fait corps autour du président de la République pour éviter le chaos", a-t-il dit. 
 Si l’ambiance est à l’union sacrée (seuls la CGT et Solidaires ont boycotté la réunion), les lignes de fractures ne tardent à resurgir dès qu’on entre dans le concret. Ainsi de la "prime mobilité" que les syndicats voudraient rendre obligatoire, contre l’avis des organisations patronales. Le gouvernement, lui, se dit prêt à défiscaliser cette prime, avec la possibilité de la différencier selon les régions. "Certaines bonnes idées théoriques peuvent s’avérer contre-productives", a mis en garde Confédération des PME. Cette prime "ne doit pas être obligatoire et uniforme mais facultative et tenant compte des réalités économiques et territoriales", souligne-t-elle, dans un communiqué. En accord avec les priorités affichées par le Premier ministre, la CPME insiste "sur le volet territorial à mettre en œuvre en mobilisant de manière pragmatique les moyens et budgets déjà disponibles".
S’agissant de la transition écologique, les associations d’élus attendent aujourd’hui des mesures concrètes, au-delà de l’annonce de la création des deux nouvelles instances (conseil des 150 citoyens tirés au sort et conseil de défense écologique), comme elles l’ont fait savoir dans un communiqué signé par onze d’entre elles (voir notre article du 6 mai).

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