Baignade à l’eau de rivière filtrée par des plantes (42)

Si les baignades naturelles sont en plein essor en France, il est rare de trouver des bassins alimentés par de l'eau de rivière. La qualité de cette eau est pourtant incomparable, à l’image de celle de la commune de Lorette, dans l'arrondissement de Saint-Étienne.

La commune de Lorette (5.000 habitants), au nord-est de Saint-Étienne, a la chance d'être traversée par deux rivières, dont l'une, le Dorlay, est classée en première catégorie pour la pêche. Ce cours d'eau longe un parc public et permet d'alimenter en eau, par infiltration, deux bassins de pêche et des jardins familiaux. L'attractivité du lieu a conduit les élus, dès le milieu des années 1990, à envisager d'y implanter une baignade naturelle. Le maire de Lorette, Gérard Tardy, se souvient, avec bonheur, du temps où enfant il se baignait dans le Dorlay : "Les piscines synthétiques sont intéressantes pour la compétition, dit-il, mais se baigner dans de l'eau de rivière est formidable pour le corps humain. De plus, un tel aménagement renforce la biodiversité."

Longues études de faisabilité

Les élus de Lorette ont tout d'abord fait réaliser une étude afin de savoir si le Dorlay aurait le débit nécessaire pour alimenter une baignade naturelle, et si sa potabilité était apte, sans avoir recours à l'eau de la ville. Ils ont ensuite visité plusieurs sites en Allemagne, dont celui de Sarrebruck qui, grâce à la filtration de l'eau par les plantes, dispose d'une eau de très bonne qualité.
Le projet lorettois prévoit la création d’un bassin de 1.600 m² de baignade allant de 0,30 m à 0,80 m de profondeur pour les enfants de 3 à 10 ans et d’un deuxième bassin de 0,80 m à 2,00 m pour ceux qui savent nager. À cela s’ajoute un jardin filtrant de 3.600 m², qui purifie l'eau grâce à 18.000 plantes aquatiques de vingt espèces différentes ; une plage enherbée de 10.000 m2, des jeux aquatiques, une aire de pique-nique, des vestiaires, des douches, un snack et un parking d'une centaine de places.
L'accès à la baignade étant payant (de 3 à 7 €), il convient de créer un ensemble compact de façon à limiter le périmètre fermé au sein d'un parc public ouvert.

Technologie inspirée d’expériences allemandes

L'eau du Dorlay n'ayant pas la qualité suffisante pour répondre aux normes fixées par l'agence régionale de santé (ARS), elle doit être canalisée vers un jardin filtrant implanté entre la rivière et le plan d'eau. Il s'agit d'une zone humide compacte qui représente 95% de la surface du bassin. Ce type d'aménagement, qui a fait ses preuves en Allemagne, permet de valoriser le cours d'eau, de renforcer la biodiversité et de rendre à la rivière une eau de meilleure qualité que celle qui a été prélevée. C'est une rupture technologique majeure car le plus souvent, en France, ces baignades naturelles sont alimentées par de l'eau potable.

Investissement de 3,5 millions d’euros

Un projet de cette importance est un investissement lourd pour une commune de la taille de Lorette. Il est évalué à 2,4 millions d'euros, auquel s'ajoutent des travaux de confortation effectués dans un deuxième temps. Le total est de 3,5 millions d'euros, dont 2.344.000 euros à la charge des Lorettois (voir encadré). 
Les élus de Lorette lancent l'aménagement de la baignade et proposent aux communes voisines de s'associer, sans participer à l'investissement. En 2019, seule la commune de Farnay, 1.400 habitants, fait le pas. Cela n'empêche pas les habitants de toute la région de plébisciter l'équipement : dès la première saison, en 2017, 12.500 visiteurs fréquentent la baignade, ils sont 25.500 en 2019. 

Jauge limitée pour respecter l’hygiène

La réglementation en vigueur impose, afin de préserver la qualité de l'eau, qu'il n'y ait pas plus de 900 visiteurs par jour, dont 650 personnes maximum en simultané. Les jours de grand soleil, ce peut être un peu juste et la baignade refuse du monde.
Grâce à l'alimentation de la baignade par l'eau naturelle et au dispositif d'épuration par les plantes, les coûts de fonctionnement se résument presque aux salaires. La baignade emploie un gardien qui s'occupe de l'entretien quotidien et un maître-nageur sauveur qui encadre la baignade de la mi-juin à la fin août. Le déficit d'exploitation n'excède pas 50.000 euros par an, ce qui est très raisonnable quand on le compare au déficit de toutes les piscines municipales.

Financement de l’opération

Les aides obtenues par la ville de Lorette pour la réalisation de sa baignade naturelle :
Saint-Étienne Métropole : 560.869 €
Région Auvergne-Rhône-Alpes : 300.000 €
Département de la Loire : 150.000 €
État : 103.962 €
Agence de l'eau : 2.500 €
Soit 1.117.636 €, reste à charge pour la commune de Lorette : 2.344.000 €

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