Béthune crée le premier réseau de chaleur alimenté au gaz de mine (62)

Dans le cadre d'une nouvelle délégation de service public, Béthune a transformé un réseau de chaleur obsolète en un outil d'avenir. Alliant valorisation des déchets et utilisation du gaz de mine naturellement présent dans les anciennes galeries des mines de charbon, la commune dispose d'un réseau éco-vertueux utilisant 88 % d'énergies de récupération, 100% locales. Ce réseau de chaleur est aussi l'un des plus compétitifs de France.

Le grisou avait bien mauvaise presse pendant l'exploitation minière dans le Nord-Pas-de-Calais. Depuis mars 2021, ce gaz composé à 65 % de méthane et qui se dégage naturellement des couches de charbon alimente le réseau de chaleur local. « D'un passé minier parfois lourd à porter, nous avons fait une formidable opportunité de transition énergétique » se réjouit le Premier adjoint au maire de Béthune, Pierre-Emmanuel Gibson.

Un polluant transformé en carburant

Dès les années 1960, la ville construit un premier réseau de chaleur. Alimenté au charbon puis au gaz naturel par 2 chaufferies, il est peu compétitif. En 2017, la délégation de service public (DSP) prend fin, c'est l'occasion d'une remise à plat. « Nous voulions un réseau le plus vert possible, à tarif attractif et alimenté par des énergies locales », indique le Premier adjoint. La solution retenue par les élus est innovante : elle combine l'énergie du centre de valorisation énergétique des déchets (CVE) et l'utilisation du gaz de mine en cogénération chaleur et électricité, c'est une première en France. L'utilisation du gaz naturel est réduite à 10-12 %. « Ce gaz qui circule dans les anciennes galeries de mines est un polluant naturel de l'air, souligne Maxime Dufeutrelle, responsable de la transition énergétique à la ville de Béthune. Un opérateur était déjà chargé de l'éventer et le valorisait, mais très partiellement. » Classé en énergie de récupération, le gaz de mine permet aussi de bénéficier des subventions du fonds de chaleur Ademe pour passer des énergies fossiles à des énergies alternatives. « De plus, les réserves sont estimées à 150 ans et à un coût déconnecté des cours mondiaux, donc stable », ajoute l'élu.

Une conversion à coût zéro pour la commune

La nouvelle DSP est signée en octobre 2017 et court jusqu'en 2039. Elle prévoit de réaliser un réseau qui dessert 6.900 équivalents logements. 20 km de réseaux supplémentaires sont à créer, dont 7 relient le CVE à la chaufferie nord. Une ancienne conduite de gaz de mine doit être requalifiée et une nouvelle chaufferie sud est à construire pour brûler ce gaz de mine. L'ensemble de ces travaux s'opère sur 3 années (2019-2021) avec une centaine d'ouvriers en permanence. Communal à l'origine, le réseau devient intercommunal en traversant 7 nouvelles communes. Au total, plus de 26 millions d'euros sont investis, intégralement pris en charge par le délégataire, avec le soutien de l'Ademe. Cette conversion majeure se fait donc à coût zéro pour la collectivité.

Des tarifs très avantageux

Les usagers sont aussi gagnants. Avec l'utilisation du gaz de mine et la valorisation des déchets, les tarifs ont fortement baissé. Avant même la fin des travaux, ils sont passés de 100 € TTC/MWh en 2016 à 71,7 € en 2020. Et même à 66,85 € MWh (prix moyen logement) en 2021, avec la baisse de TVA de 20 à 5,5 %, car le réseau garantit désormais 76 % d'énergies renouvelables et de récupération avec la mise en service des derniers équipements. En définitive, pour les 1.750 foyers déjà alimentés par le réseau de chaleur, le tarif a diminué de 41 %, faisant de celui-ci l'un des plus compétitifs en France. Ce tarif est garanti jusqu'en 2039 : c'est donc une économie moyenne de 450 € par an et par foyer, notamment pour les nombreux locataires du parc social déjà raccordés au réseau de chaleur.

Déjà plus de 100 nouveaux abonnés

Depuis 2017, 100 nouveaux abonnés ont opté pour le réseau de chaleur. Parmi eux, le centre hospitalier, un très gros consommateur, mais aussi plusieurs opérateurs privés comme une résidence senior, un centre commercial ou la gare SNCF. « Avant, le réseau de chaleur ne raccordait quasiment que des équipements publics, souligne le responsable transition. Désormais des opérateurs privés s'y intéressent parce que le tarif est compétitif et qu’ils économisent sur les coûts de maintenance », précise le chargé de mission. Les promoteurs de nouvelles constructions signent également, à tel point que l'opérateur a du mal à suivre les demandes de branchements. « Pour la mairie, c'est aussi 60 000 à 100 000 € de facture économisée pour les 35 équipements municipaux raccordés au réseau, ajoute l'élu. Et les entreprises y voient une formidable opportunité pour diminuer leur empreinte carbone ». Le réseau traverse plusieurs zones d'activités économiques, dont les entreprises vont pouvoir accéder au service dans les prochaines années.

Une communication de terrain bien rodée

Les particuliers aimeraient bien aussi se raccorder : c'est pour l'instant un peu tôt car cela nécessite des expérimentations complémentaires. « Mais cet engouement prouve que le projet a été bien adopté par les habitants », souligne l'élu. La mairie a très largement communiqué sur le terrain, avec des infos riverains à chaque grande étape et des panneaux d'affichage sur un chantier de grande ampleur. Le projet a aussi réussi à dépasser la « mauvaise presse » du gaz de mine : « Le grisou a une histoire qui faisait peur. Pourtant c'est un gaz pauvre : géré en installation classée et non stocké, il est bien moins dangereux que d'autres combustibles. »

Un projet qui pourrait bien être dupliqué à l'avenir

Avec cette conversion, le territoire évite de rejeter 293.000 tonnes de CO2 par an. Aujourd'hui, le CVE et le gaz de mine alimentent à parts égales le réseau et couvrent 76 % des besoins. Avec la création d'un nouveau CVE plus performant à l'horizon 2027, le taux d'énergie renouvelable et de récupération (ENR & R) passera à 88 %. « On cherche déjà des solutions pour se passer des 10-12 % de gaz naturel restant à terme », précise l'élu. En attendant, l'expérience de Béthune intéresse largement dans l'ancien bassin minier. « Nous avons fait la démonstration de l'efficacité de cette solution et de nombreux élus viennent se renseigner pour dupliquer notre expérience ».

Éléments financiers

L'investissement total pour ce projet est de 26,3 millions d'euros. Bénéficiant du soutien de l'Ademe dans le cadre du fonds chaleur à hauteur de 9,5 millions d'euros, il est intégralement pris en charge par le délégataire.

Commune de Béthune

Nombre d'habitants :

25193
Hôtel de Ville, 6 place du 4 septembre
62400 Béthune
mairie@ville-bethune.fr

Pierre-Emmanuel Gibson

Premier adjoint au maire, en charge de l’administration générale, de l’exécution budgétaire, de la transition énergétique et des grands travaux