Biodiversité : plus du tiers du territoire couvert par des zones "irremplaçables"

Selon une étude publiée par le Commissariat général au développement durable (CGDD), plus du tiers du territoire métropolitain abrite des zones clés pour la biodiversité. Principalement situées sur le littoral, en montagne et dans la région méditerranéenne, elles sont, sur 10% du territoire, "potentiellement sous tension" du fait des pressions de l'urbanisation et de l'agriculture et, sur 5% du territoire, la couverture des enjeux de biodiversité par les aires protégées est jugée "insuffisante".

Plus d'un tiers du territoire métropolitain abrite des zones "irremplaçables" pour la biodiversité, selon une étude que vient de publier le Commissariat général au développement durable (CGDD). Ces "points chauds" de la biodiversité ont pour caractéristique de concentrer un certain nombre d'enjeux (grande richesse, présence d’espèces rares, localisées, endémiques, menacées, protégées…). Il a été possible de les identifier en se fondant sur le concept d’irremplaçabilité, dont le Museum national d’histoire naturelle a récemment formalisé une mise en œuvre pratique.
La fraction terrestre du territoire métropolitain a ainsi été "découpée" suivant une grille régulière de 5.875 mailles carrées de 10 km de côté. Chaque maille, selon les espèces qui s’y trouvent, contribue d’une manière plus ou moins forte, à la diversité biologique globale de la métropole. Ce niveau de contribution (ou niveau d’irremplaçabilité de la maille) peut être calculé selon la complémentarité entre les différentes mailles du territoire en matière de biodiversité et varie de 0 à 100, explique l'étude. De cette façon, une maille dont le score est nul abrite peu d’espèces ou des espèces largement répandues sur le territoire et à l’inverse, une maille dont le score est de 100 héberge une forte richesse spécifique ou des espèces très localisées ou endémiques. Ce sont ces mailles qui sont considérées comme étant "irremplaçables" pour la biodiversité à l’échelle du territoire étudié.

Littoral, montagne, région méditerranéenne : surreprésentation de zones irremplaçables

On trouve davantage de mailles irremplaçables sur le littoral, en montagne et dans la région méditerranéenne, souligne l'étude. "Les conditions physiques et climatiques particulières qui règnent sur le littoral induisent la présence d’habitats naturels singuliers, comme les estrans, les dunes ou des marais, qui eux-mêmes abritent une faune et une flore originales", note-t-elle. Ainsi, 20% des zones clés sont littorales, alors que seulement 13% des mailles métropolitaines sont côtières. En outre, 55% du territoire occupé par les mailles littorales présente "un niveau d’irremplaçabilité non nul".
"Les zones les plus contributives à la biodiversité sont également surrepresentées en montagne, particulièrement pour les zones clés ayant un score maximum d’irremplaçabilité", constate aussi l'étude. Alors que les surfaces situées à plus de 600 m d’altitude ne constituent que 16% de la métropole, elles représentent 28% des zones clés, voire 38% pour les mailles les plus irremplaçables. "Cette situation s’explique, entre autres, par l’hétérogénéité des milieux naturels liée au relief, source de diversité en espèces, et la rareté des espaces d’altitude restreignant la distribution de la faune et de la flore qui y sont inféodées", indique l'étude.
Plus généralement, les zones clés de biodiversité se rencontrent principalement dans l’ensemble du domaine méditerranéen (dont la Corse), les massifs montagneux (Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges) et leurs piémonts. "Cette distribution apparaît cohérente avec les déterminants géographiques de la biodiversité, commentent les auteurs de l'étude. La zone méditerranéenne est un point chaud de biodiversité mondiale, avec un fort taux d’endémisme. Le sud des Alpes a constitué un refuge important lors des dernières glaciations, favorisant ainsi une forte diversité actuelle d’espèces dans cette zone. Les massifs montagneux, en tant que barrières naturelles au déplacement de certaines espèces, notamment les moins mobiles, jouent un rôle dans les mécanismes de spéciation ; ainsi, les Alpes et les Pyrénées sont connues pour héberger de nombreuses espèces endémiques. Le Jura, les Vosges et l’Alsace se démarquent par la présence dans ces contrées d’espèces d’Europe centrale atteignant là leur limite ouest de répartition."

Enjeux de biodiversité forts à très forts sur plus de 10% du territoire

Mais ces mailles irremplaçables sont aussi considérées "potentiellement sous tension" du fait notamment de l’extension de l’urbanisation et du phénomène d’artificialisation des sols qui l’accompagne. La part occupée par les sols imperméabilisés (asphaltés, bétonnés…) dans les zones clés de biodiversité (3,6% de la surface totale des mailles concernées) y est ainsi supérieure à la moyenne métropolitaine (2,8%). Ils y sont donc globalement, surrepresentés, bien que cette part varie fortement d’une maille à l’autre (entre 0 et 86%), souligne l'étude. "A l’inverse, les terres arables sont sous-representées dans les territoires irremplaçables pour la biodiversité, les secteurs de grandes cultures ne constituant pas, dans leur ensemble, des zones particulièrement contributives à la biodiversité métropolitaine", relève-t-elle.
En tenant compte à la fois des pressions potentielles liées à l’urbanisation (via la part de sols imperméabilisés), de celles pouvant découler de l’usage agricole des sols (via la part des surfaces en terres arables, vignobles et vergers) et du score d’irremplaçabilité des mailles, plus de 10% du territoire est concerné par des enjeux de biodiversité forts ou très forts et la faune et la flore de ces secteurs riches en espèces sont potentiellement sous tension du fait de l’occupation des sols, constate l'étude.

Couverture "insuffisante" des enjeux de la biodiversité par les aires protégées

Face aux atteintes à la biodiversité, la création d'aires protégées apporte une première réponse essentielle, notamment pour limiter les pressions liées à l’occupation des sols, note-t-elle. Aujourd'hui, les protections réglementaires et foncières couvrent 1,53% du territoire métropolitain et les zones spéciales de conservation (Natura 2000), 8,7%. Mais, selon l'étude, "la superposition des zones à enjeux potentiellement sous tension et des espaces protégés met en évidence une couverture a priori insuffisante ou quasi nulle de ces enjeux par les aires protégées sur 5% du territoire métropolitain".
11,4 millions d’habitants, soit 18% de la population métropolitaine, vivent dans ces "zones de vigilance", où globalement la densité de population est largement supérieure à la moyenne, rappelle-t-elle. Elles représentent un cinquième du territoire métropolitain et se situent principalement dans l’arrière-pays méditerranéen (Roussillon, Languedoc et, dans une moindre mesure, Provence), le sillon rhodanien, une partie non négligeable du Bassin parisien (dont la vallée de la Seine), le bassin minier et plus généralement la Flandre, la vallée de la Sèvre nantaise et le sud du Maine-et-Loire, le nord de l’Alsace, la Limagne en Auvergne, la plaine dijonnaise, le pourtour du massif armoricain, la plaine de Caen et une partie du Bessin, l’ouest de la Moselle et le nord de la Meurthe- et-Moselle, le Bordelais et la basse vallée de la Garonne.

 

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