Brest expérimente l’infiltration des eaux pluviales (29)

Brest a choisi de développer l'infiltration à la parcelle. Suite à un diagnostic complet des potentiels de déconnexion, elle engage désormais plusieurs expérimentations, sur les domaines public et privé.

Chaque année à Brest, un mètre carré au sol reçoit plus d'un mètre cube d'eau de pluie. Le réseau d'eau unitaire, qui collecte conjointement eaux usées et eaux pluviales, couvre 1.370 hectares et lors des forts épisodes pluvieux, les tuyaux saturent ; près de 20% de l'eau n'arriverait pas à la station d’épuration, débordant ainsi dans le milieu naturel. Dès 2016, Brest Métropole a donc envisagé de construire plusieurs bassins de stockage pour supprimer ces débordements et se mettre en conformité avec l'arrêté du 21 juillet 2015 qui exige de diminuer les polluants rejetés dans le milieu naturel. Face au coût élevé de ces bassins, la métropole a alors étudié des solutions alternatives pour infiltrer les eaux pluviales au plus près de leur contact avec le sol, avant qu'elles ne rejoignent le réseau.

Diagnostic de terrain complet

"Nous avons d'abord cherché à mieux connaître le potentiel de déconnexion de ces eaux, là où elles peuvent être directement infiltrées", indique Nicolas Floch, responsable de la division eaux pluviales de Brest Métropole. Durant 4 ans et pour un coût HT de 350.000 €, un bureau d'études a été mandaté pour renseigner une base de données en parcourant, tablette en main et photo aérienne à l'appui, toutes les rues concernées. Résultat, la métropole dispose aujourd'hui d'une base de données exhaustive qui classe chaque parcelle raccordée au réseau unitaire en 5 catégories de potentiel de déconnexion, de très fort (il suffit de couper la gouttière afin de renvoyer l'eau dans l'espace vert) à impossible (l'intégralité de la parcelle est bâtie). "Ce diagnostic nous a aussi éclairés sur le fait que nous avions directement la main sur un gros tiers des ruissellements : 8% au titre de notre patrimoine bâti et 27% pour la partie voirie. Si l'on ajoute le patrimoine des bailleurs sociaux et autres institutions publiques, on atteint un petit 50%." Ce qui veut aussi dire que plus de la moitié du potentiel de déconnexion relève du privé.

Inciter les particuliers à récupérer l’eau de pluie

Pour sensibiliser les propriétaires, Brest Métropole a d'abord réalisé une vidéo didactique et un livret de solutions "Tout savoir sur l'eau pluviale" qu’elle utilise lors d’événements publics comme la Fête de la science ou les Journées mondiales de l’eau. Puis, en octobre 2019, elle a voté un dispositif pour fournir des récupérateurs d'eaux de pluie aux particuliers, selon un principe de marché groupé où la collectivité prend 70% du coût à charge. Ce dispositif doit démarrer concrètement en 2020. Le particulier signera une charte l'engageant notamment à infiltrer le trop-plein de la cuve sur sa parcelle. "À partir de ce point d'entrée, nous voulons ensuite monter un appel à volontaires et accompagner une trentaine de réalisations privées expérimentales de gestion des eaux pluviales à la parcelle. La collectivité prendra en charge l'intégralité des coûts afin de constituer une base de données de prix des différentes solutions. Ensuite, nous souhaitons convertir l'expérience en système de primes généralisées, avec obligation de résultats et contrôle a posteriori." 

Aménagements démonstrateurs

Mais la collectivité a aussi un "devoir d'exemplarité." Elle a donc choisi de réaliser 12 démonstrateurs sur son propre patrimoine. "Nous avons arrêté les sites avec les directions pilotes qui gèrent en direct leur patrimoine : éducation, sports, espaces verts, culture, voirie... Et pour convaincre nos collègues du bien-fondé de la déconnexion, il est essentiel que la maintenance n'augmente pas à l'issue des travaux." L'idée est aussi d'expérimenter des techniques variées qui permettront de constituer une base de données de prix. À l'automne 2019, quelque 80 techniciens de ces directions ont été formés avec le concours du Cerema. Deux démonstrateurs avec noues d'infiltration sont déjà aménagés depuis l'automne 2019 sur l'école et le gymnase du Forestou. Les enfants de l'école vont aussi participer aux plantations dans les noues avec leurs parents, une manière de sensibiliser ces derniers pour leur habitat privé. Ces démonstrateurs seront également valorisés dans le cadre du programme européen GrowGreen dont Brest est partenaire.

Modélisation en cours

Mais il y a encore du chemin à parcourir pour faire changer les mentalités : "Même si elle est plus économique et plus vertueuse car elle évite de traiter des eaux non sales, la gestion intégrée prend plus de temps à penser que le tout tuyau que l'on maîtrise déjà", souligne le responsable. Elle fait aussi baisser le coût des travaux, sur la base desquels sont encore rémunérés architectes et entreprises de travaux publics. Pour accélérer la mutation, la division eaux pluviales pourra cependant compter sur les conclusions du programme de recherche et développement Méthodologie de dimensionnement des systèmes d’assainissement (Médisa) lancé en 2016. Porté par la société publique locale Eau du Ponant qui gère l'eau potable et l'assainissement, il devrait permettre de caler le modèle hydraulique local, d'optimiser le dimensionnement du système d'assainissement en fixant des objectifs chiffrés de déconnexion. Les expérimentations auront alors toute légitimité pour se généraliser. À suivre donc...

Brest Métropole

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29238 Brest
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Nicolas Floch

Responsable de la division eaux pluviales et ingénierie de l'environnement
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