Valérie Liquet

C'est une rentrée des classes 2018 "assez extraordinaire" qui se profile pour les régions

Jeunesse, éducation et formation

L'association Régions de France a présenté le 28 août à la presse son "Manifeste pour le lycée d'aujourd'hui et de demain". Occasion d'évoquer les sujets chauds de la rentrée scolaire : le financement des futurs manuels et des ressources numériques, les nouvelles compétences des régions en matière d'information et d'orientation des élèves, la réforme de l'apprentissage...

"Nous demandons au ministre de l'Éducation nationale de faire toute la place nécessaire à la concertation avec les régions" qui ne doivent pas être considérées comme des "sous-traitants de décisions prises par l'État dans leurs domaines de compétence", a déclaré François Bonneau, en rappelant que les régions consacrent chaque année 5,5 milliards d'euros pour les lycées et leurs 2,1 millions d'élèves.
Le président délégué de Régions de France s'exprimait lors d'une conférence de presse organisée mardi 28 août, six jours avant la rentrée scolaire 2018. Rentrée qu'il qualifie d'"assez extraordinaire" au regard des réformes annoncées.

"Transférer intelligemment une partie du papier sur le numérique"

Première réforme importante pour les régions : les nouveaux programmes du lycée 2021. Attendus à la fin de l'année 2018, ils auront en effet des répercussions sur le financement des achats des manuels scolaires. Il s'agit d'une compétence facultative, mais adoptée par toutes les régions, dont certaines assurent la gratuité totale. S'il fallait rééditer sur papier les nouveaux programmes, la facture se monterait à entre 256 et 320 millions d'euros, à débourser en deux ans. "Impossible !" tranche François Bonneau, qui propose immédiatement une solution : "transférer intelligemment une partie du papier sur le numérique". D'après les estimations de Régions de France et les premières expériences, notamment en région Grand Est (Projet lycée 4.0), cette voie permettrait d'éviter toute nouvelle charge pour les régions et pour les familles. L'équation financière impliquerait certainement l'adoption du BYOD (pour "Bring your own device" : "apportez votre appareil personnel"). Et pour les élèves qui ne possèderaient pas d'outil informatique personnel, la région aiderait les familles à en acquérir, ce qui reviendra toujours moins cher que de fournir une tablette par lycéen.
Encore faudra-t-il que les éditeurs jouent le jeu. C'est pourquoi les régions demandent à faire partie des discussions avec eux, non pas sur les questions pédagogiques, mais bien sur celle de l'articulation entre supports papier et supports numériques. "Il y a un rapport de force à créer", souligne Kamek Chibli, président de la commission Éducation à Région de France et vice-président de la région Occitanie.

Organiser le transfert aux régions de la compétence orientation

La deuxième réforme que Régions de France tenait à évoquer : le transfert aux régions de la compétence sur l'information et l'orientation des élèves, prévu dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel adoptée à l'Assemblée nationale le 1er août et actuellement entre les mains du Conseil constitutionnel (voir ci-dessous notre article de ce jour). "Nous sommes prêts à relever le défi", a assuré François Bonneau, "à condition qu'on nous donne les moyens de le faire", a-t-il ajouté. Si le volet apprentissage du texte ne satisfait pas du tout l'association d'élus (voir notre article du 30 juillet 2018), faisant dire aujourd'hui à François Bonneau qu'il y a eu "un mépris du dialogue" de la part de la ministre du Travail, il n'en serait pas de même avec l'orientation. En tout cas, François Bonneau sent Jean-Michel Blanquer prêt à la concertation. Celle-ci sera d'autant plus nécessaire que la "loi ne définit pas précisément le champ des transferts", souligne-t-il. Sur la question de l'avenir de l'Onisep, il verrait bien "une organisation nationale portée par des agences régionales" (et non pas "une dynamique descendante telle que l'action publique a été construite depuis Napoléon"). L'enjeu n'est pas une qu'une question de gouvernance de l'action publique : "Je m'interroge sur le développement exponentiel d'initiatives privées dans les métropoles et dans les grandes villes" sur ce qu'il considère comme "une mission de service publique essentielle".

Un manifeste pour la construction et la réhabilitation des lycées

Le "Manifeste des régions pour le lycée d'aujourd'hui et de demain" porte sur le bâti des lycées, la première compétence accordée aux régions. C'était il y a 30 ans, lors des lois de décentralisation de 1982-83. Point de nostalgie toutefois pour Kamel Chibli qui, en tant que président de la commission Éducation, a souhaité rendre compte des réflexions et préconisations portant sur la conception et la construction des établissements neufs, mais aussi sur l'évolution du parc existant. Le sujet est loin d'être neutre quand on sait que les 2.800 lycées de France occupent 43 millions de m2, "soit 11% de l'ensemble du parc tertiaire public", et que 50 lycées neufs sont programmés dans les 5 ans (dont 10 en Occitanie). De plus, "théoriquement, un lycée s'amortit sur 40 ans alors que son devenir est soumis à des contraintes de court terme non maîtrisables", comme les réformes pédagogiques par exemple...
Parmi les préconisations : privilégier le déplacement des enseignants plutôt que celui des élèves, créer les conditions d'accès aux usages et ressources numériques "en tous points des lycées, en prenant compte en compte l'utilisation des outils personnels des élèves (BYOD)" mais aussi "prévoir des zones blanches dépourvues d'accès internet pour permettre la déconnexion temporaire", concevoir des "lycées Lego" qui intègrent au maximum "l'éventualité de mutations", éviter l'hyperspécialisation des salles, éviter la surenchère technologique et la "gadgétisation des équipements", interdire les CDI (centres de documentation et d'information) à mezzanine et les locaux de maintenance en sous-sol, transformer les CDI en CDIO (centre de documentation, d'information et d'orientation), étendre l'ouverture du CDI au-delà du temps scolaire, créer des espaces dédiés aux enseignants...

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L’observatoire territorial du numérique éducatif

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