Clamart (92) se mobilise pour les femmes victimes de violences

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Hauts-de-Seine

Depuis janvier 2004, le Ccas de Clamart mène une action spécifique pour améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences. Cette initiative, menée avec le soutien de partenaires locaux, vient d'être récompensée par le Prix de l'innovation sociale décerné par l'Union nationale des Ccas.

Comme de nombreuses communes, Clamart (Hauts-de-Seine, 49.000 habitants) est confrontée au phénomène de la violence conjugale. "Depuis plusieurs années, notre maire-adjoint chargée du droit des femmes reçoit régulièrement des victimes de violences lors de ses permanences en mairie. De leur côté, nos travailleurs sociaux rencontrent assez fréquemment des personnes confrontées à des situations de ce type", explique Anne-Charlotte Dos Santos, directrice adjointe du Ccas. Plusieurs rencontres avec les partenaires associatifs et institutionnels de la ville ont d'ailleurs confirmé ce constat. D'où l'idée de réfléchir à la mise en place d'un dispositif particulier, destiné à répondre aux situations d'urgence et à mieux prendre en compte les besoins des victimes. Première étape de la démarche : obtenir une vision complète du rôle et des interventions de chaque partenaire. Pour cela, la ville a mis en place un comité regroupant les différents acteurs confrontés à la prise en charge des femmes victimes de violences : commissariat de police, circonscription d'action sociale du conseil général, associations, structures d'hébergement temporaire, délégation départementale du droit des femmes... Plusieurs réunions organisées en 2003 ont permis à chaque partenaire de mieux identifier les actions mises en oeuvre et de relever un certain nombre de carences dans ce domaine : manque de solutions face aux situations d'urgence, absence d'accueil spécifique, information insuffisante des femmes...

Améliorer la coordination...

"Une fois le diagnostic posé et partagé par tous, le Ccas a choisi de mener une action spécifique envers les femmes victimes de violences, reposant avant tout sur une importante coordination entre les différents acteurs", poursuit Anne-Charlotte Dos Santos. Ainsi, en janvier 2004, il ouvre une permanence dédiée à l'accueil des femmes. Celle-ci est assurée - à raison d'une après-midi par semaine - par une éducatrice spécialisée de la circonscription d'action sociale du Bas-Clamart, mise à la disposition du Ccas par le conseil général des Hauts-de-Seine. Pour améliorer la prise en charge des femmes, plusieurs autres actions sont proposées. Le Ccas a notamment conclu un accord avec des compagnies de taxi pour permettre aux victimes de se rendre gratuitement à la consultation médico-judiciaire de l'hôpital de Garches, afin de faire constater les sévices subis. La ville a également signé une convention avec des hôtels. Celle-ci permet au commissariat de police d'orienter directement vers l'un d'eux une femme victime de violences la nuit, les week-ends ou en dehors des heures d'ouverture des services sociaux. Grâce à cet accord, les femmes, seules ou accompagnées de leurs enfants, qui sont dans l'impossibilité de retourner à leur domicile, peuvent néanmoins bénéficier d'une solution d'urgence. Dans le domaine de l'accueil, le Ccas a passé une convention avec un centre d'hébergement de Châtillon. La ville finance une partie des frais d'hébergement des personnes qu'elle lui adresse.

... pour couvrir tous les besoins

Par ailleurs, trois logements passerelles gérés par le Ccas peuvent être mobilisés au profit des victimes. "Nos partenaires peuvent aussi nous saisir directement pour obtenir des aides financières d'urgence destinées à couvrir des besoins alimentaires, à régler des nuits d'hôtel et des frais de transport, ou encore à prendre en charge des soins", ajoute Anne-Charlotte Dos Santos.
Si le dispositif est désormais bien connu des différents partenaires, sa notoriété est encore insuffisante au sein de la population. Aussi, pour combler ce déficit d'information, la ville a édité une plaquette regroupant tous les numéros de téléphone et les adresses utiles. Présentée le 8 mars dernier à l'occasion de la Journée de la femme, elle est diffusée dans plusieurs lieux d'accueil (centre de santé, hôpital, consultation de PMI, commissariat...). Elle devrait prochainement être distribuée aux médecins généralistes.
Depuis son ouverture, la permanence a accueilli - à une ou plusieurs reprises - 26 femmes victimes de violences, représentant un total de 63 passages. Plus de la moitié d'entre elles ont été orientées par l'un des partenaires du Ccas, preuve de l'efficacité de la coordination entre les différents acteurs impliqués. Pour la ville, ce premier bilan confirme l'existence d'un besoin réel d'une prise en charge adaptée. D'autres partenariats sont envisagés afin de proposer une action plus globale auprès des femmes victimes de violences, au-delà de la simple réponse à l'urgence.


Pascal Clouet / PCA pour Localtis

"Faire face à l'urgence de la situation"


 

Depuis le début de l'année 2004, Chantal Fermier assure - tous les vendredis après-midi - la permanence d'accueil des femmes victimes de violences. Une mission supplémentaire pour cette éducatrice spécialisée, mise à la disposition du Ccas par le conseil général des Hauts-de-Seine.

Comment se déroule l'accueil des victimes ?

La permanence fonctionne tous les vendredis après-midi. Mais ce n'est pas la seule occasion de rencontre. Je suis également présente dans les locaux du Ccas les quatre autres jours de la semaine pour les recevoir si nécessaire. Chaque rencontre est particulière. Certaines femmes viennent directement après une première agression, tandis que d'autres hésitent à franchir le pas, alors que le contexte de violence est présent dans le couple depuis un certain temps. Par ailleurs, certaines victimes se rendent directement à la permanence, alors que d'autres sont orientées par le commissariat ou un autre partenaire du dispositif. Cette diversité implique une réponse individualisée. Mais, dans tous les cas, il faut apporter une écoute attentive et rechercher rapidement une solution adaptée à l'urgence de la situation. Mon principal souci est de rechercher une protection immédiate. Cela passe souvent par un éloignement physique du domicile.

Comment réagissent les femmes confrontées à une telle situation ?

Les femmes victimes de coups ou contraintes à des relations sexuelles sont choquées et désemparées. La violence générée par le conjoint ou le concubin à l'intérieur du couple est souvent incomprise. Par ailleurs ces femmes sont confrontées à une autre incompréhension. Déjà atteintes dans leur intégrité physique, elles ont du mal à accepter l'idée que c'est à elles de quitter le domicile alors qu'elles n'ont rien fait. Elles ont le sentiment d'être victimes une deuxième fois. La solution passe généralement par un hébergement pour trois jours dans un hôtel ou un centre d'accueil conventionné par le Ccas. A l'issue de cette période, je prends à nouveau rendez-vous avec la victime pour envisager les solutions à moyen terme. Je peux éventuellement les orienter vers le commissariat, si elles souhaitent porter plainte, vers une psychologue, si un soutien et un accompagnement sont nécessaires, ou vers un service de médiation familiale, même si cela est plutôt rare.

Quels sont vos relations avec les partenaires du Ccas ?

La violence à l'intérieur du couple est un phénomène complexe. La prise en compte des victimes revêt de multiples aspects et nécessite donc l'intervention et, surtout, la coordination de plusieurs partenaires, afin d'apporter une réponse globale à une situation donnée. L'action conjuguée des services sociaux, de la police, des associations et des structures d'hébergement est indispensable. Compte tenu de la fragilité des victimes, nous devons leur apporter une aide et un soutien appropriés. Il est important d'avoir une action concertée dans ce domaine. Par ailleurs, les femmes victimes de violences sont en grande souffrance. Il est important pour elles de savoir qu'elles ne sont pas seules à vivre une telle situation. Il faut les aider à se reconstruire et à reprendre confiance. C'est pourquoi, dans ces deux domaines, le Ccas envisage la mise en place d'un groupe de parole et d'un atelier animé par une socio-esthéticienne et une psychologue.


 
 

Une Journée contre la violence à l'égard des femmes


 

Proclamée par les Nations unies "Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes", la journée du 25 novembre donne lieu à plusieurs actions de sensibilisation. La ville de Clermont-Ferrand et le conseil général de la Seine-Saint-Denis ont répondu à l'appel.

Le 19 octobre 1999, lors de la 54e session de l'Assemblée générale des Nations unies, les représentants de la République dominicaine et 74 Etats membres présentent un projet de résolution visant à faire du 25 novembre la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Cette date a été choisie pour commémorer l'anniversaire de l'assassinat de trois soeurs dominicaines, ordonné par le chef de l'Etat de l'époque, Rafael Trujillo.
Parmi les nombreuses initiatives qui se déroulent cette année, plusieurs associent les collectivités locales. Ainsi, la ville de Clermont-Ferrand a retenu cette date pour présenter sa charte intitulée "Réseau de femmes". Signée par la délégation régionale aux droits des femmes et par plusieurs associations, elle s'inscrit parmi les actions de prévention mise en place par la ville dans ce domaine. La charte comporte plusieurs objectifs, comme la promotion de l'égalité entre hommes et femmes, le refus de toute forme de violence et la mobilisation du public contre les violences envers les femmes.
Pour sa part, l'observatoire départemental des violences envers les femmes, créé par le conseil général de la Seine-Saint-Denis, a organisé une rencontre-débat. A cette occasion, un duplex établi avec des femmes originaires de différents pays (Espagne, Sénégal, Inde, Rwanda, Colombie) permettra aux participants de découvrir la situation des femmes à travers le monde. Au cours de cette soirée, l'observatoire - qui regroupe les services du département et de l'Etat, la délégation aux droits des femmes et des associations spécialisées - a également présenté les actes de ses deuxièmes Rencontres consacrées à la prévention des violences sexistes et dressé le bilan de la campagne d'affichage sur la prévention de la violence dans le couple.


 

CCAS de Clamart

55, avenue Jean Jaurès
92140 Clamart

Anne-Charlotte Dos Santos

Directrice adjointe
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