Valérie Liquet

Politique de la ville - Claude Dilain est décédé

Logement

Politique de la ville

Organisation territoriale, élus et institutions

Un grand homme de la politique de la ville est mort mardi 3 mars. Claude Dilain restera dans les mémoires le maire emblématique de Clichy-sous-Bois, cette commune de Seine-Saint-Denis où avaient débuté les émeutes de l'automne 2005. Un maire lucide et bienveillant à l'égard des habitants des quartiers dits "prioritaires". Ces deux qualités, forgées par son expérience d'élu local, ne l'avaient jamais quitté : ni dans son fauteuil de sénateur, ni dans celui - plus récent - de président de l'Anah. Les hommages évoquent "un acteur passionné de la politique de la ville" (François Hollande), un "homme de dialogue, élu de terrain, médecin, proche des gens" (Manuel Valls), un "élu remarquable, défenseur infatigable des quartiers" (Marilyse Lebranchu).

Claude Dilain est décédé ce mardi 3 mars, à l'âge de 66 ans. Président de l'Anah depuis mars 2014, sénateur (PS) de Seine-Saint-Denis, il a été rapporteur à la Haute Assemblée de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014, dite "loi Lamy", et de la loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) du 24 mars 2014.
Le grand public le connaît surtout en tant que maire de Clichy-sous-Bois, mandat qu'il a exercé de 1995 à 2011. Un maire lucide et bienveillant à l'égard des habitants de cette commune de Seine-Saint-Denis où avaient débuté les émeutes de l'automne 2005. Il avait par la suite été président de l'association Ville et Banlieue, entre 2008 et 2011, année où, devenant sénateur, il avait renoncé à son mandat de maire.

Sénateur des banlieues

Déjà vice-président du Conseil national des villes (entre 1998 et 2013), il avait intégré, sous sa casquette de sénateur, plusieurs structures liées à la politique de la ville : l'Onzus (Observatoire national des zones urbaines sensibles), la commission du PNRQAD (programme national de requalification des quartiers anciens dégradés), le Conseil national de l'habitat (CNH), le conseil d'administration de l'Anah et la Commission nationale consultative des gens du voyage en 2012, année au cours de laquelle il est également co-rapporteur de la commission sénatoriale pour le contrôle de l'application des lois sur le droit au logement opposable (Dalo). Sous ce dernier titre, il avait rédigé en 2012, avec le sénateur (Union centriste) Gérard Roche un rapport sans complaisance sur la mise en œuvre de la loi du 5 mars 2007 instituant le Dalo.
Clichy-sous-Bois, c'est aussi la ville du Chêne pointu : copropriété dégradée de 1.500 logements où vivent 6.000 personnes et dont le traitement fait l'objet d'un ambitieux partenariat avec l'Etat. "Un bidonville vertical", la surnommait Claude Dilain. Il avait été missionné par Cécile Duflot, peu de temps avant sa nomination à l'Anah, sur le traitement des copropriétés très dégradées, en complément du rapport "Prévenir et guérir les difficultés des copropriétés" de Dominique Braye.

Mise en boîte de la géographie prioritaire

Claude Dilain avait également été coprésident du groupe de travail sur la "nouvelle géographie prioritaire" dans le cadre de la concertation nationale sur la réforme de la politique de la ville menée par François Lamy. C'est lui qui avait formalisé l'idée d'une géographie prioritaire "emboîtée" (l'intercommunalité étant la grosse boîte, la commune la moyenne boîte et le quartier la petite boîte), contribuant ainsi à faire disparaître du vocabulaire de la politique de la ville toute référence au "zonage". "Vous avez vu : on ne parle plus de 'zones' !", avait malicieusement fait remarquer Claude Dilain lors de la présentation des travaux de son groupe de travail.
En juillet 2013, Claude Dilain avaient remis, avec son comparse Jean-Pierre Duport, un rapport à la ministre Valérie Fourneyron, alors ministre en charge de la vie associative, le rapport "Pour une nouvelle charte des engagements réciproques entre Etat, les collectivités territoriales et les associations".
Tout récemment, le 29 janvier dernier, il avait été convié à l'Elysée avec sept autres "élus de banlieue" par le président de la République qui souhaitait prendre le pouls auprès d'eux de la situation des "quartiers" et envisager des solutions pour lutter contre la ghettoïsation. Réagissant avec une "grande tristesse" à la disparition de Claude Dilain, François Hollande voyait en lui "un acteur passionné de la politique de la ville" qui avait mené "un combat exemplaire pour les droits des habitants des quartiers".

"Homme de dialogue, élu de terrain, médecin, proche des gens"

Plusieurs membres du gouvernement ont rendu hommage à Claude Dilain par voie de communiqué. L'exercice, qui est d'une grande banalité pour un ministère, semble cette fois vraiment sincère.
Manuel Valls évoque ainsi un "homme de dialogue, élu de terrain, médecin, proche des gens". "Il connaissait parfaitement les difficultés de sa ville, et il avait la force et le courage des hommes de convictions", rappelle le Premier ministre qui "perd un ami". "C'était un homme d'une qualité humaine exceptionnelle", ajoute-t-il. Patrick Kanner, ministre de la Ville, confirme que "son combat est plus que jamais d'actualité".
L'hommage de Marylise Lebranchu est un éloge à un "élu remarquable, défenseur infatigable des quartiers dits 'difficiles' et de leurs habitants". La ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique salue son choix de vivre et de travailler à Clichy-sous-Bois en tant que pédiatre. "Il connaissait ainsi mieux que quiconque les injustices qui, dès l'enfance, biaisent les trajectoires de vie selon que l'on naît dans une ville ou dans une autre. Fils d'ouvriers devenu médecin, il avait lui-même su franchir un certain nombre d'obstacles sans jamais oublier ses racines."

"La honte d'être le représentant impuissant de la République française"

Marylise Lebranchu rappelle également qu'il "mettait un point d'honneur à contredire tous les clichés sur la prétendue mauvaise gestion financière des villes en difficulté. En 2006, suite à une stratégie efficace de désendettement, il avait obtenu la note A1 d'une agence de notation, et avait expliqué : 'On a voulu démontrer qu'on peut être une ville pauvre et de pauvres et être très bien gérée'".
Marylise Lebranchu fait également référence à une tribune publiée en 2010 dans les colonnes du Monde dans laquelle Claude Dilain avait dit sa "honte d'être le représentant impuissant de la République française" pour dénoncer le manque de volonté politique à rénover les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Elle assure pour sa part qu'"elle mettra tout en œuvre pour agir en faveur des territoires délaissés de la République et faire en sorte qu'aucun élu tel que lui n'ait à avoir honte".
Le comité interministériel sur l'égalité et la citoyenneté se réunira vendredi 6 mars.

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