Social/Aménagement - Comment adapter l'espace urbain au vieillissement de la population

"Micro-adaptations" de la voirie, des transports, des commerces et des services pour les rendre plus accessibles, recensement des zones favorables au vieillissement dans les villes, soutien aux activités de loisirs, incitation à s'engager dans la démarche "villes amies des aînés" : dans une note d'analyse publiée ce 28 février, le Centre d'analyse stratégique propose aux collectivités des pistes concrètes, inspirées de nombreuses expériences étrangères, pour répondre aux besoins des aînés.

A l'horizon 2035, les plus de 60 ans devraient représenter 31% de la population française et les plus de 75 ans près de 14%, contre respectivement 21% et 8,5% en 2007. Qu'elles soient en bonne santé ou dépendantes, les personnes âgées préfèrent rester à leur domicile le plus longtemps possible, ce qui nécessite des politiques de prévention et de soutien, souligne le Centre d'analyse stratégique (CAS) dans l'introduction de sa note d'analyse publiée ce 28 février sur le vieillissement et l'espace urbain, une problématique encore peu prise en compte en France. "Pour favoriser le vieillissement en bonne santé, il faut pourtant porter l'effort sur l'environnement et l'aménagement urbains qui permettent de mener une vie sociale le plus longtemps possible, a souligné Vincent Chriqui, directeur général du CAS en présentant la note d'analyse. Mais jusqu'ici, c'est surtout la question de l'accessibilité des personnes à mobilité réduite qui a retenu l'attention. Or, une approche globale comme celle que propose l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avec son programme 'villes amies des aînés' semble permettre d'aller plus loin dans le maintien à domicile."

La voirie d'abord

Plutôt que de préconiser de nouvelles normes coûteuses, le CAS propose d'abord de mettre en place des "micro-adaptations" (voirie, transports, mobilier urbain, accessibilité et caractère accueillant des commerces et services), ce qui suppose de mener d'abord un travail de recensement exhaustif. Les bonnes pratiques fourmillent en ce sens à l'étranger. A Portland, première ville des Etats-Unis à s'être engagée dans la démarche de l'OMS, un travail complet d'adaptation de la voirie a été conduit : adoucissement des bords de trottoirs, renforcement de l'éclairage, installation de bancs et de ralentisseurs de trafics. Quant aux commerces facilement accessibles, ils bénéficient d'un label "Elders friendly" décerné par une ONG locale. Copenhague est aussi citée en exemple pour l'aménagement de ses trottoirs. Un tiers de la surface de la capitale danoise rend possible le déplacement côte à côte des personnes handicapées, des vélos, des transports en commun et des voitures grâce à des trottoirs larges, des feux temporisés et des passages piétons surélevés qui peuvent convenir aux personnes en fauteuil roulant comme aux personnes âgées. A New York et à Manchester, les efforts ont porté sur le réaménagement des carrefours les plus accidentogènes. Selon les lieux, le nombre d'accidents de piéton a diminué de 20 à 60% dans la mégapole américaine.

Zones favorables au vieillissement

Le deuxième type de bonnes pratiques à tirer des exemples étrangers est l'organisation de l'accès aux services (commerces, transports, loisirs, aides à la personne) pour les personnes âgées. "Cela passe d'abord par une démarche de planification urbaine cohérente", insiste le CAS. C'est ce qui est mis en oeuvre aux Etats-Unis avec l'approche "Transit Oriented Developpment (TOD)" qui consiste à inciter au développement de logements, bureaux et commerces autour des stations de transport en commun par des outils réglementaires, des incitations financières et une assistance technique.
Toujours dans l'optique de faciliter l'accès aux services des personnes âgées, le CAS estime que la lutte contre l'étalement urbain, qui permet aussi de répondre au défi de la transition énergétique, doit être érigée en priorité. En veillant à limiter le risque de "ghettoïsation", il propose aussi de promouvoir dans chaque ville un recensement des zones favorables au vieillissement où l'on pourra concentrer les opérations d'adaptation de logements et inciter à la densification de l'habitat. Il cite ainsi l'exemple de Rennes, qui fait partie de la dizaine de villes françaises engagées dans la démarche de l'OMS. La capitale bretonne a effectué une cartographie des "zones favorables au vieillissement" pour, à terme, les densifier et y construire des logements adaptés. "Ces zones favorables sont des secteurs correspondant au croisement, dans un rayon de 200 mètres, de commerces et de services de proximité, de transports en commun, d'équipements publics (hôpitaux, cliniques et établissements pour personnes âgées notamment) et d'espaces verts", détaille le CAS. De même, au Danemark, Copenhague a choisi de construire des quartiers neufs "exemplaires" en matière d'adaptation au vieillissement. "Ils doivent être dotés d'un centre fonctionnel et d'un rayon moyen de 5 à 10 minutes de marche", précise le CAS. Cependant, relativise-t-il, la densité ne peut être une réponse universelle aux besoins d'une population vieillissante. Vu l'extension de la "périurbanisation", il faut aussi développer les transports à la demande pour les usagers âgés des zones peu denses. "Aujourd'hui, les transports pour personnes à mobilité réduite sont surtout développés en milieu urbain, constate le CAS. Il serait également intéressant de mieux mutualiser les capacités de transport existantes. Les transports scolaires, par exemple, qui ne fonctionnent que quelques heures par jour, pourraient être utilisés par les personnes âgées pendant la journée."

Créer une association des villes françaises "amies des aînés"

Le CAS juge aussi essentiel de "soutenir la mise en activité des personnes âgées". "Une ville adaptée au vieillissement est une ville qui facilité l'accès des personnes âgées, en particulier de celles qui sont isolées, aux activités sportives, de loisirs ou associatives", souligne-t-il. Il mentionne pour cela l'exemple de la ville de New York qui a lancé le programme Innovative Senior Centers pour développer, au sein des centres de loisirs pour personnes âgées, des activités axées sur le maintien de la santé et du bien-être (entraînement aux nouvelles technologies, activités physiques et culturelles, etc.). New York a aussi créé une "banque du temps" en ligne qui permet à des personnes âgées qui fournissent des services d'acquérir des crédits pour avoir accès à d'autres activités.
En plus des démarches individuelles des collectivités, le CAS propose d'inciter les villes françaises à s'engager dans la démarche OMS. Le réseau "villes et communautés amies des aînés" rassemble aujourd'hui plus d'une centaine de villes réparties dans 18 pays à travers le monde. Une dizaine de villes françaises en font partie (Dijon, Besançon, Lyon, Rennes, Nice, Lille, Angers, Quimper, etc.). Pour promouvoir la démarche d'adhésion en France et offrir un soutien méthodologique aux nouvelles villes candidates, le CAS propose la création d'une association des "villes françaises amies des aînés".
Enfin, il juge fondamental d'encourager la participation des seniors à l'effort d'adaptation, comme en Finlande où les habitants sont informés des projets d'aménagement de leur ville et peuvent donner leur opinion sur internet. Et, plus largement, il préconise de sensibiliser toute la population à cette cause collective.

 

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