Confinés, les centres sociaux de Poitiers misent sur le rire et l’animation (86)

Covid-19, les collectivités agissent / Dans les quartiers politique de la ville, les animateurs des centres sociaux de Poitiers maintiennent les échanges pendant le confinement : pour les jeunes, réseaux sociaux, appels téléphoniques, maraudes et un grand défi.

Le quartier des Trois Cités à Poitiers compte 11.000 habitants, dont 4.500 en quartier politique de la ville. Dès que les consignes de confinement ont été lancées, le centre socioculturel associatif des Trois Cités qui emploie 60 salariés a cherché de nouvelles façons d’accompagner le public. Alors que les habitants des quartiers populaires sont parfois accusés de ne pas respecter le confinement, les Trois Cités misent sur la pédagogie et le rire, via les réseaux sociaux.

Informer et échanger

La première semaine de confinement a été l’occasion d’interpréter les gestes barrières et d’autres consignes en mode "jeunes" via les réseaux sociaux : des messages comme "Wallah tu restes à la maison", "tu évites d’aller chez tes potes" ou encore "tu fais le dab au lieu du check" (lire encadré). Avec 200 à 250 abonnés aux comptes des animateurs, il est possible de toucher un grand nombre de jeunes. Ceux-ci échangent des messages et partagent ce qu’ils appellent des "memories", composés de photos et de vidéos réalisées lorsqu’ils étaient ensemble, pour se souvenir, en attendant de se retrouver.

Laffiche du confinement, un défi qui se partage

Dès la deuxième semaine, un challenge a été lancé : réaliser une affiche avec 65 photos montrant que l’on reste à la maison et que l’on se protège. Les jeunes de 11 à 25 ans ont joué le jeu et envoyé des portraits masqués, des séquences de lavage de mains, des images de gel hydroalcoolique, etc. Le résultat compose une affiche que la municipalité a décidé d’imprimer et de diffuser dans toutes les mairies annexes. Désormais, les animateurs lancent le défi à d’autres centres sociaux en France sur les réseaux.

Maintenir le lien individuel

Au-delà de ces actions collectives et virtuelles, les animateurs appellent directement les jeunes soit par téléphone, soit par visio sur les réseaux : 35 jeunes ont été contactés pendant la troisième semaine de confinement. Il s’agit d’entretenir la relation et de faire remonter les difficultés particulières, comme un défaut d’imprimante ou un problème de connexion Internet.

Maraude mutualisée

À l’échelle de la ville, sept centres sociaux organisent des maraudes, et les salariés volontaires de quatre maisons de quartier sont mutualisés pour aller physiquement à la rencontre des habitants. Il s’agit d’expliquer les raisons de rester à la maison, de faire remonter les difficultés et de distribuer des attestations de sortie dérogatoire. Les personnels, équipés par la commune de masques et de gants, arpentent les quartiers, par équipe de deux, trois soirs par semaine de 16 h 30 à 18 h 30. "C’est l’occasion de voir que le confinement est beaucoup mieux respecté dans les quartiers populaires que dans d’autres quartiers car les familles ont terriblement peur de la maladie, sauf deux ou trois dealers qui y trouvent leur compte", indique Vincent Divoux, le directeur de l’association des centres socioculturels des Trois Cités.

Travail de dentelle

Le travail des salariés des centres sociaux est d’identifier les problématiques et les besoins. Ainsi, par exemple, les animateurs ont appris que trois personnes n’avaient pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours, ils vont profiter d’une maraude pour aller voir au domicile des intéressés. De même, les contacts avec l’école primaire et le collège du quartier permettent de savoir quels élèves n’ont eu aucun lien avec leur établissement. Il est également possible de savoir quelles familles ne peuvent pas imprimer les leçons et les exercices pour leur apporter les documents. Les animateurs se chargent ainsi d’une quinzaine de livraisons de papiers chaque semaine.

L’ensemble des actions est coordonné par la mairie de Poitiers. Le maire anime les réunions - quotidiennes ou tous les deux jours - en visioconférence. Selon Vincent Divoux, "c’est intéressant en termes de dynamique ; dans les quartiers urbains, dès le départ, nous savions qu’on ne pouvait pas tout arrêter, sinon, ce serait encore les plus précaires qui paieraient les pots cassés".

Faire le dab, plutôt que le check

Faire le dab (geste avec deux bras vers le côté, donc sans contact, ), plutôt que le check (qui est un geste de ralliement entre deux personnes : par exemple, se taper la main, puis le poing et éloigner la main en bougeant les doigts, comme s'ils faisaient des vagues, ou encore, se taper la main, puis le pied, les fesses, etc.).

Garder le lien avec tous

Outre la présence virtuelle ou physique auprès des jeunes, les équipes du centre social maintiennent le lien avec les familles du quartier via deux listes WhatsApp, l’une explicative sur la maladie du Covid-19, l’autre sur les activités pour les enfants, qui propose du sport, de la cuisine ou encore une cinquantaine de vidéos, dont cinq des enseignants de l’école. Des appels sont également passés aux familles, en particulier à celles du contrat local d'accompagnement scolaire (Clas) et de l’accueil du soir, soit 150 enfants concernés.

Auprès des seniors, un recensement a été réalisé afin de savoir qui souhaiterait être appelé régulièrement pendant la période de confinement. Les équipes du centre ont alors mobilisé les bénévoles et volontaires, ce qui représente pour la troisième semaine (du 30 mars au 4 avril), 55 appelants et 99 seniors contactés. À cette action s’ajoute l’aide aux courses pour une vingtaine de personnes.

Le centre social continue également l’aide administrative au téléphone ou physiquement sur rendez-vous.

Association des Centres Socioculturel des 3 Cités

Nombre d'habitants :

88300
1 place Léon Jouhaux
86000 Poitiers
direction@3cites-csc86.org

Vincent DIVOUX

Directeur
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