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Coronavirus, confinement et quartiers populaires : des vulnérabilités particulières à prendre en compte

Des associations et professionnels de la politique de la ville alertent sur les inégalités sociales et territoriales qui se renforcent dans le contexte de la crise sanitaire et du confinement. Les facteurs de vulnérabilité supplémentaire dans les quartiers populaires ont trait à l'état de santé des populations et à une exposition potentiellement plus importante au virus, à l'accès au soin, aux logements exigus et parfois surpeuplés, ou encore à la fracture numérique et à l'illettrisme. Dans ce contexte difficile, des initiatives sont lancées pour que les messages essentiels portent malgré tout, et des moyens supplémentaires sont demandés en matière de protection sanitaire.

En temps de crise sanitaire, les inégalités sociales et territoriales sont exacerbées. Plusieurs associations ont ces derniers jours alerté sur la nécessité de prendre en compte cette réalité pour adapter les dispositifs mis en œuvre dans les territoires particulièrement exposés.

Une santé plus fragile et un moindre accès au soin

Des inégalités de santé, d'abord. À travers une série de cartes centrées sur la métropole lyonnaise, l'association Altercarto a mis en évidence des vulnérabilités particulières dans les quartiers populaires, avec des taux de population sous traitement pour de l'asthme ou du diabète plus élevés que la moyenne. L'asthme serait surtout lié à "une exposition prolongée à des agents polluants à l'intérieur même de l'habitat" et rendrait de fait "cette population plus vulnérable aux infections virales affectant l'appareil respiratoire". Autre facteur de vulnérabilité non spécifique aux quartiers populaires, les quartiers peuplés de personnes âgées étant également concernés : une part importante de la population a au moins une affection longue durée.

"Bien d'autres indicateurs pourraient traduire cette vulnérabilité concentrée sur les quartiers populaires, notamment les inégalités d'accès aux soins pour raisons économiques et aussi en raison de la carence d'une médecine de proximité dimensionnée pour faire face au cumul des pathologies et des expositions en temps normal", observe Altercarto. "En Seine-Saint-Denis, 37 villes sur 40 sont déclarées déserts médicaux par l’agence régionale de santé", rappelle ainsi la coordination "Pas sans nous" dans une tribune du 22 mars.

"Nous en appelons à la mobilisation de moyens exceptionnels pour ne pas attendre l'urgence morbide dans les milieux fragilisés", écrit Altercarto, qui suggère de généraliser le testing dans des situations ciblées et de mettre en place des permanences médicales dans ces quartiers. Il importe de "donner des moyens de protection sanitaire plus importants dans les quartiers populaires en s'appuyant sur le tissu professionnel et associatif", renchérit la coordination "Pas sans nous".

Surpeuplement et inégalités de confinement

Par ailleurs, les associations mettent en avant l'exposition accrue – et souvent sans protection adéquate – des "soldats de l'ombre" sur-représentés dans les quartiers populaires et aujourd'hui réquisitionnés pour faire face à la crise – aides-soignants et aides à domicile, mais aussi éboueurs, chauffeurs livreurs, caissières, agents de maintenance, etc. La poursuite de ces activités implique en outre des déplacements supplémentaires et des situations familiales plus complexes en termes de garde d'enfants et d'aide aux devoirs.

En matière d'inégalités, les conditions de confinement sont certainement parmi les plus évidentes dans le contexte actuel. "Comment envisager un confinement long dans un petit appartement surpeuplé ?", interroge Khalid Ida-Ali, président de l’Inter-réseaux des professionnels du développement social urbain (Irdsu) dans une tribune du 25 mars 2020. En l'absence d'école et de possibilité de prise en charge collective des enfants et des jeunes, le respect du confinement dans des logements exigus est une gageure. D'où les tensions qui ont déjà pu se faire jour dans certaines cités, entre des groupes de jeunes et des forces de l'ordre cherchant à faire respecter les consignes tout en évitant les dérapages et risques d'émeute. À Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), l'association le Pôle solidaire présente dans le quartier de la Caravelle a lancé une campagne de prévention spécifique en direction des jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Elle met son modèle d'affiche à disposition d'autres associations de quartier.

Pour l'association Banlieue santé, "la non-appropriation du message de santé publique ou son inintelligibilité (barrière de la langue, méfiance, fake news, etc.)" peut, en se conjuguant à d'autres facteurs, "considérablement majorer le risque épidémique". D'où la diffusion de vidéos de prévention traduites en dix langues et dialectes par des professionnels, à travers l'application #enmodeconfiné.

L'Irdsu relaye également des affiches traduites dans plusieurs langues sur les gestes barrière à adopter contre le Covid-19. Et, plus globalement, met à la disposition des professionnels du développement social urbain un ensemble de ressources documentaires et un espace d'échange sur les mesures mises en œuvre nationalement et localement.

Éviter un décrochage scolaire massif

Banlieue santé attire également l'attention sur le fait que les habitants des quartiers populaires "peuvent se montrer très solidaires envers les plus fragiles (apport de courses, repas communs, visites, etc.)" et peuvent ainsi, "par méconnaissance, devenir des vecteurs importants de propagation". Via son application, l'association propose des livraisons de repas aux personnes âgées précaires, probablement avec l'idée d'encadrer davantage ces formes de solidarité en insistant auprès des bénévoles sur les gestes de protection. 

Quant au risque de décrochage scolaire lié au manque d'encadrement des enfants et jeunes, il est certainement plus présent au sein des familles défavorisées et des quartiers populaires. Fracture numérique, illettrisme, absence ou manque de disponibilité des parents, configuration des logements… autant d'obstacles à la continuité éducative. Là encore, des initiatives se structurent pour tenter de limiter le décrochage ; la Fage et l'association Article 1 ont ainsi lancé la plateforme "Réussite virale" de mise en relation entre des étudiants et des lycéens de milieux défavorisés. Sur l'initiative de la Mednum, réseau des médiateurs numériques, un numéro vert à destination des "exclus numériques" sera également activé la semaine prochaine (voir notre article du 24 mars 2020).

 

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