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Covid-19 : les boues des stations d'épuration ne peuvent être épandues qu'après "hygiénisation"

Dans un avis publié le 2 avril, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) recommande de ne pas épandre les boues des stations d'épuration produites pendant l'épidémie de Covid-19 "sans hygiénisation préalable", autrement dit sans traitements inactivant le virus. A l'origine de la saisine de l'Agence, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique ont adressé aux préfets une circulaire en ce sens.

Dans un avis daté du 27 mars et publié le 2 avril, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) recommande de ne pas épandre les boues des stations d'épuration produites pendant l'épidémie de Covid-19 "sans hygiénisation préalable", autrement dit sans traitements inactivant le virus. A l'origine de la saisine de l'Agence, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique ont adressé aux préfets une circulaire en ce sens.
Plus de 70% des boues des stations de traitement des eaux usées sont utilisées par les agriculteurs pour apporter aux sols de la matière organique et des éléments fertilisants tels que l'azote ou le phosphore. Mais en période d'épidémie de Covid-19, ces boues peuvent-elles contenir et disséminer le virus lors des épandages agricoles qui sont sur le point de débuter ? Pour évaluer ce risque, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique ont saisi en urgence l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) qui a rendu un avis le 27 mars.

Analyse fondée sur les connaissances concernant d'autres virus 

La transmission se faisant par les voies respiratoires, les préoccupations concernent surtout l'exposition aux gouttelettes et aux poussières susceptibles d’être émises lors de l’épandage des boues, commence par rappeler l'Anses. Dans les stations de traitement des eaux usées, celles destinées à l’épandage font l’objet de plusieurs traitements : elles sont épaissies et déshydratées, puis très souvent stabilisées pour bloquer la fermentation et limiter les odeurs, et enfin dans certaines stations, traitées par chauffage, chaulage à la chaux vive, digestion ou compostage pour réduire la présence de micro-organismes. Leur utilisation dans le domaine agricole est encadrée par un arrêté du 8 janvier 1998, qui fixe précisément les exigences à respecter pour qu’une boue soit ainsi considérée comme "hygiénisée".
Les données sur l’inactivation du Covid-19 dans les boues et les effluents étant encore très parcellaires, l’Anses indique avoir fondé son analyse sur les connaissances concernant d’autres virus, comme des entérovirus, des phages et des coronavirus animaux, pour estimer sa résistance dans les boues et vis-à-vis des traitements qu’elles subissent. Elle s'est penchée sur les principaux facteurs fondant l’efficacité des procédés d’"hygiénisation" : le temps (pour tous les procédés), les procédés thermiques ou conduisant à une montée en température (digestion ou compostage de la matière organique par des bactéries, chaulage à la chaux vive) et la modification du pH pour le chaulage.

Risque "faible à négligeable" pour les boues soumises à un traitement "hygiénisant"

Pour les boues produites au cours de la période épidémique et bénéficiant d’un traitement "hygiénisant", l’Agence estime que le risque de contamination par le Covid-19 peut être considéré comme "faible à négligeable étant donné l’efficacité de l’ensemble des traitements appliqués : compostage, séchage thermique, digestion anaérobie thermophile et chaulage". Elle recommande toutefois un renforcement des contrôles pour vérifier la bonne mise en œuvre des procédés de traitement, et le respect des mesures de protection qui doivent être adoptées usuellement par les employés des stations de traitement des eaux usées et les professionnels réalisant l’épandage (équipements de protection collective et individuelle appropriés, lavage des mains, douche en fin d’activité…).
Par contre, pour les boues produites pendant l’épidémie de Covid-19 qui n'ont pas subi de traitement considéré comme "hygiénisant", l'Agence estime que les données actuellement disponibles ne permettent pas de définir avec précision le niveau de contamination par le virus. Par ailleurs, ajoute-t-elle, les connaissances sur la persistance et l’évolution dans le temps du pouvoir infectieux des coronavirus sont aujourd’hui insuffisantes pour définir une période de stockage au-delà de laquelle le virus pourrait être inactivé.
Par conséquent, l’Agence recommande de ne pas épandre ces boues d’épuration sans hygiénisation préalable. En revanche, les boues non hygiénisées produites avant le début de l’épidémie peuvent selon elle être épandues.  Par ailleurs, face à l’insuffisance de données permettant de documenter avec précision la contamination virale dans les boues et tout au long de la filière d’assainissement, l’Anses estime aussi nécessaire de réaliser des travaux scientifiques spécifiques. Elle recommande notamment d’approfondir les travaux sur le suivi des bactériophages infectant les bactéries intestinales, qui sont proposés comme indicateurs de pollution fécale ou virale.

Circulaire adressée aux préfets

Sur la base de cet avis les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique ont adressé une circulaire aux préfets pour la gestion des boues des stations de traitement des eaux usées dans le cadre de la continuité des services d'assainissement pendant la crise du Covid-19. Mise en ligne sur le site de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) et d'Amorce, elle reprend les recommandations de l'Agence sur les conditions à remplir pour poursuivre l'épandage des boues, en fonction de leur date de production et de leur hygiénisation. Elle demande aussi un doublement des analyses microbiologiques prévues à l'article 16 de l'arrêté du 8 janvier 1998. En annexe 1, elle donne, département par département, une date d’entrée en zone d’exposition à risques, autrement dit la date à partir de laquelle les boues insuffisamment hygiénisées ne sont plus épandables en l’état - entre le 13 et le 24 mars, sauf pour la Guyane et Mayotte. En annexe 2, elle décrit quelques pistes de solutions alternatives à l'épandage des boues non hygiénisées et extraites depuis le début de l'épidémie.
La FNCRR conseille pour sa part aux collectivités d'isoler dans la mesure du possible leurs boues en fonction de leurs dates de production et d'envisager, pour celles qui ne sont pas hygiénisées, des solutions soit en interne (mélange possible au sein d'une même collectivité) soit par des filières autres (incinération), soit en adoptant des solutions mobiles (si les stations le permettent en terme d’alimentation électrique, eau et impacts des retours en tête des centrats). "L’objectif étant que pour un retour au sol, les boues produites après la date de l’épidémie (fixée par Santé Publique France par département sur la circulaire) soient hygiénisées et que leur traitement fasse l’objet d’un suivi (t°, pH, retournement) permettant d’attester de ce caractère hygiénisé", souligne-t-elle.

"Point de vigilance" sur les déchets verts

A noter enfin, la circulaire insiste sur un "point de vigilance" sur les filières nécessitant l'utilisation de déchets verts. Avec la fermeture des déchetteries et l'arrêt des activités des services "espaces verts" des collectivités, certains sites de compostage pourraient fermer en l'absence de déchets verts disponibles. Or, ces déchets sont aussi indispensables pour le compostage des boues des stations de traitement des eaux usées. "Il convient de ne pas fragiliser cette filière alors même qu'elle permet de répondre aux critères d'hygiénisation requis pour l'épandage de ces boues", insiste le texte. Les collectivités sont un "maillon essentiel", "il est important qu'elles maintiennent la collecte des déchets verts autant que possible (soit via des collectes en porte à porte, soit via leurs déchetteries) ou que leurs services 'espaces verts' maintiennent une activité minimale pour assurer la production de déchets verts", poursuit-il.
Autre "point de vigilance" : l'accompagnement technique et financier des collectivités en difficulté. La circulaire appelle les représentants de l'Etat à accompagner les collectivités concernées afin qu'elles trouvent des "solutions adaptées, soit temporaires, soit plus durables (investissement dans une filière d'hygiénisation)" et à mobiliser en ce sens l'ingénierie technique et financière de l'Etat, de ses établissements et des collectivités territoriales.
 

 

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