Dans la vallée de Saint-Amarin, l'eau du robinet retrouve le goût des montagnes

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Environnement

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Haut-Rhin

François Tacquard, maire adjoint de Storckensohn (68) était fâché depuis longtemps avec le goût trop chloré de l'eau de son petit village. Elu président de la communauté de communes de Saint-Amarin en 2001, il a lancé simultanément trois études sur les ressources, le réseau de distribution et les goûts de l'eau pour analyser le système d'approvisionnement, le corriger et permettre aux habitants de retrouver, au robinet, le goût pur de l'eau des montagnes.

Sur le territoire de la communauté de communes de Saint-Amarin (Haut-Rhin, quinze communes, 13.200 habitants et 16.000 hectares), située au coeur des vallées vosgiennes, le système d'approvisionnement en eau est constitué de cent vingt sources (81 captages) et d'un réseau de distribution étendu (171 km de long, 39 réservoirs). Ce vieux réseau, géré au niveau communal jusqu'aux années 60, par un Sivom en 1963 puis par le district en 1976 est aujourd'hui géré par la communauté de communes. Dans les années 90, tandis que l'entretien traditionnel du réseau était délaissé, les petites sources ont été javellisées petit à petit. Cette tendance s'est accentuée avec la mise en place du plan Vigipirate qui recommandait une javellisation préventive des sources. La complexité du réseau, son ancienneté et cet ajout de chlore, pas toujours à bon escient, entraînent, au robinet, des goûts amers, des goûts de métal ou de chlore, peu conformes au goût attendu d'une eau de montagne. Elu président de la communauté en 2001, François Tacquard, qui soulevait depuis plusieurs années la question de la gestion du réseau et du goût de l'eau, a diligenté simultanément trois études entre 2003 et 2007 pour mieux cerner la problématique.

 

Une meilleure connaissance de la ressource en eau

La première étude avait pour objectif de mieux connaitre la ressource en eau et les besoins sur vingt ans. "La difficulté est que la ressource est constituée de nombreuses petites sources à faible débit, avec de grands et coûteux périmètres de protection, et de grandes sources à gros débit dont la qualité n'est pas toujours satisfaisante, explique François Tacquard. Par exemple, l'une de ces grandes sources a naturellement un taux d'arsenic très élevé." Une fois l'étude achevée (menée par un bureau spécialisé pour un budget de 50.000 euros), les travaux vont commencer afin de mieux gérer les sources et de les interconnecter différemment : certaines vont être désaffectées, la source à haut débit au taux d'arsenic élevé sera traitée pour faire diminuer ce taux et, d'une manière générale, les grandes sources seront dotées de meilleurs périmètres de protection. Le coût des travaux, entre un et deux millions d'euros, devrait être subventionné à 50 ou 60% par le conseil général et l'agence de l'eau.

 

Le goût de l'eau est aussi lié au réseau de distribution

La deuxième étude a porté sur le réseau de distribution : "Le goût de l'eau n'est pas seulement lié aux sources mais au réseau lui-même, ancien et souvent mal conçu. Un exemple : l'installation au bout d'un lotissement d'une bouche à incendie génère une eau stagnante où s'accumulent des particules en suspension mais aussi des développement bactériens." Afin d'avoir une meilleure vision de l'ensemble, la communauté a fait appel à des étudiants de l'Engees (Ecole nationale de génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg) pour modéliser le réseau sur informatique. Cette modélisation, qui en livre l'architecture générale, permet de déterminer les endroits où une intervention est nécessaire : là où l'eau stagne, ce qui peut entraîner une pollution bactériologique, là où les tuyaux sont anciens ou fuient. L'étude est achevée et des travaux sont programmés pour intervenir sur les tuyaux ou encore revoir les doses de javellisation : les diminuer pour les petites sources et éventuellement les augmenter au niveau des eaux stagnantes.

 

Constitution d'un panel de vingt-cinq goûteurs d'eau

Enfin, la troisième étude a été consacrée aux goûts de l'eau, en partenariat avec un ingénieur de la  Sogest (Lyonnaise des eaux), délégataire de service public de la communauté pour la gestion de l'eau. Cette étude s'est traduite par la constitution d'un panel de vingt-cinq d'habitants qui, pendant quatre ans, ont régulièrement gouté l'eau de chaque village. Pour parvenir à un ressenti cohérent des goûts, ces personnes ont participé à des séances de formation avec des goûteurs professionnels du Centre international de recherche sur l'eau et l'environnement (Cirsee), à raison de trois séances par an, pour déterminer et analyser les différents goûts. "Ces goûts se classifient en quelques grandes catégories, rappelle François Tacquard : chlore, terre, médicaments, métal... La cartographie des goûts de l'eau réalisée grâce aux relevés effectués par les goûteurs, combinée aux résultats des études sur les ressources et le réseau, permet de déceler l'origine des mauvais goûts et de trouver les solutions pour y remédier : il suffit parfois de modifier la périodicité des purges ou la stratégie de mélange des eaux pour rétablir un goût satisfaisant. Par exemple, le mélange d'une eau fortement dosée en fer avec une eau neutre pour en atténuer le goût."

 

Pour que l'eau du robinet retrouve la faveur des habitants

"La difficulté de cette démarche tient à la durée des études qui se sont échelonnées sur près de quatre années. Cela a pu créer une certaine impatience de la part des habitants. L'originalité de la méthode est d'avoir mené de front une étude sur les ressources, sur le réseau et sur le goût, afin d'optimiser les trois éléments simultanément, souligne François Tacquard. Compte tenu de la complexité du réseau, pour pouvoir intervenir au final sur le goût, il faut agir en même temps sur les autres points. Paradoxalement, il plus simple d'obtenir dans des grandes villes un goût stable, avec un seul forage bien protégé et une eau traitée au sein d'une grosse usine qu'une bonne eau de montagne évoluant dans un réseau complexe. C'est pourquoi notre expérience pourrait être utile à d'autres territoires ruraux." Cependant, en raison de la vétusté d'une partie du réseau, le goût ne pourra pas être amélioré à tous les points de distribution. Pour pallier ces lacunes, la communauté rouvre des fontaines publiques et indiquera aux habitants celles où l'eau a bon goût,  afin qu'ils s'y approvisionnent. En effet, la consommation d'eau en bouteille a explosé ces dernières années et l'objectif est que l'eau du robinet retrouve la faveur des habitants. Pour inciter encore davantage les habitants à consommer l'eau courante, la communauté envisage même des solutions pour leur donner la possibilité d'y mettre des bulles. Différentes formes existantes de machines à bulles sont à l'étude, qui pourraient être proposés à la population. Enfin, la démarche pourrait se traduire au final par la création dans la vallée d'une maison des goûts de l'eau.

 

Maryline Trassard, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

Contact(s)

Communauté de communes de Saint-Amarin

70, rue Charles De Gaulle
68550 Saint-Amarin
03 89 82 60 01

François Tacquard

Président

Monique Muller

Chargée de mission
moniquemuller@cc-stamarin.fr
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