Dans le Gers, chaque intercommunalité dispose de son portrait social (32)

La critique est récurrente dans les petites communes : faire l'analyse des besoins sociaux est fastidieux, chronophage et coûteux. Autant de difficultés que l'initiative portée par Gers Solidaires cherche à pallier. Elle amorce une autre façon de penser les politiques sociales, en commençant par les « portraits de territoires ».

Ces portraits de territoires sont disponibles en ligne depuis le 8 mars 2021, sur le site du groupement d’intérêt public (GIP) Gers Solidaire (1). Sur six pages, 50 indicateurs de pertinence donnent un aperçu synthétique de la situation économique, sociale et démographique d'un établissement public de coopération intercommunale (EPCI). La présentation reste vivante, grâce à des schémas, graphiques, cartes, camemberts, le tout en open source, dans un souci permanent d’accessibilité. Très exactement, ce sont 15 portraits correspondant aux 15 intercommunalités du département qui ont été réalisés et publiés, à l'exception d'un portrait « grisé ». Il s'agit de celui de l'EPCI qui n'a pas signé de convention territoriale globale à cette date (2) avec la Caisse d’allocation familiale (CAF) du Gers et le conseil départemental du Gers (CD32). C'est dans ce cadre contractuel que cet outil est proposé aux collectivités, sans surcoût donc pour elles.

Gain d'argent, regain d'envie

« L'objectif est d'éviter aux communes des dépenses importantes, car les cabinets conseils ne sont pas gratuits », sans compter que leur travail déçoit souvent, « avec l'impression d'un copié collé » explique sans détour René Ortega, directeur de Gers Solidaire. Dans ce département rural, sur 462 communes, 380 comptent moins de 1.000 habitants. Chaque territoire peut se situer et se comparer avec les indicateurs de référence au niveau du département, de la région et de la France. Ce qui peut aider à « casser des représentations ». Ces portraits seront actualisés en temps quasi réel.

Un millier de d'indicateurs dans la base de données

Pour réaliser ce travail, Gers Solidaire est opérateur et partenaire d’une Convention territoriale globale gersoise des solidarités (CTGGS) rassemblant la CAF, le CD32, la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), l’Union départementale des centres communaux d’action sociale (UDCCAS), la Mutuelle sociale agricole (MSA) pour la collecte des données sociales. Au total, plus de 1.000 indicateurs sont suivis. Une cinquantaine sert à élaborer les portraits de territoire. Une sélection volontairement restreinte, pour rendre l'exercice accessible.

L'amorce d'une nouvelle démarche

Une fois cet obstacle de la collecte de données effacé, les collectivités franchissent plus facilement le pas vers la poursuite de leur analyse des besoins sociaux. Car l'exercice ne se résume pas à une compilation de données. Le diagnostic est le point de départ d'une démarche d'analyse de l'offre sociale : repérage de l'offre, analyse de ses forces et faiblesses, puis recommandation de pistes d'action sur 4 ou 5 axes prioritaires. Ainsi, forcément, « les recommandations seront propres au territoire, insiste René Ortega. On part du territoire, on pense avec l'expertise du territoire, on valorise l'existant. On part des savoir-faire et compétences pour répondre à de nouveaux besoins ou adapter les réponses », résume–t-il. Les élus restent au cœur de la démarche, de bout en bout.

Quatre mois de réflexions

Gers Solidaire reste, quant à lui, à la manœuvre dans l'accompagnement de ces collectivités. Le GIP a prévu d'accompagner quatre territoires tous les quatre mois. Cela permet d’envisager pour fin 2022 que chaque territoire dispose de son analyse des besoins sociaux. Les quatre premiers à se lancer, en février 2021, étaient « déjà prêts à travailler en mode coopération et recherche-action. » Dans ce département rural, à peine un cinquième des territoires avait réalisé un ABS lors du précédent mandat…

(1) Gers Solidaire est un groupement d'intérêt public (GIP), qui réunit des associations (Croix rouge française, Secours populaire, Banque alimentaire, Secours Catholique), le conseil départemental du Gers, l'Union départementale des CCAS et CIAS (UDCCAS), et le CIAS du Grand Auch Cœur de Gascogne.
(2) La Convention territoriale globale est un dispositif contractuel porté par la CAF et le conseil départemental du Gers.

Point juridique

L'analyse des besoins sociaux (ABS) est un exercice imposé des communes et de leur Centre communal d’action sociale (CCAS), inscrit dans le code de l'action sociale, à réaliser au moins une fois, en début de mandat.

Économies d'argent public

Le directeur du Groupement d’intérêt public (GIP) a calculé le coût de l’opération pour les fonds publics. La somme s’élève globalement à 80.000 euros d'ingénierie à charge du GIP. Si chaque commune avait dû investir dans son ABS, la somme cumulée atteindrait au minimum 600.000 euros, sans prendre en compte les heures allouées aux démarches de projet.

Groupement d'intérêt public (GIP) Gers solidaire

René Ortéga

Directeur