Dans le Gers ou en Corse, l’Erasmus rural dynamise les villages (32 et 2A)

Créée en 2018, l’association InSite France a développé une forme d’Erasmus rural.  Sur des périodes de 6 mois à 1 an, des jeunes en service civique mènent des missions dans des villages, au service de projets sociaux, environnementaux et culturels.

« Notre projet est né d’un double constat. D’un côté nos territoires ruraux fourmillent d’initiatives, de projets forts, portés par élus locaux, associations ou citoyens lambdas, mais souvent anonymes et devant faire face au manque de moyens humains et financiers. Et de l’autre, nombre de jeunes ont envie de s'engager. Qu’imaginer pour mettre en lien ces énergies ? C’est à partir de cette observation et de ce questionnement, qu’InSite est née », explique le cofondateur et président de l’association, Thibault Renaudin, également maire du village de Termes d’Armagnac (Gers) et vice-président de la communauté de communes Armagnac Adour. L’homme en est persuadé : le soutien aux initiatives locales et l’encouragement des dynamiques collectives sont des réponses constructives aux défis des territoires ruraux. « Faisons battre le cœur de nos villages ! », clame le manifeste de l’association.

Concrètement, la formule imaginée par InSite permet aux villages - et souvent aux plus petits d’entre eux - d’accueillir des jeunes de 18 à 25 ans en service civique pour soutenir les initiatives locales déjà existantes, avec la mise en place de projets dans des domaines variés : environnement, patrimoine, cohésion sociale, lutte contre la fracture numérique, agriculture, renforcement des circuits courts…

Objectif : « apporter tout ce que symbolise un engagement comme Erasmus, en termes d’inventivité, de lien social, d’universalisme… à l’échelon des communes rurales », commente Thibault Renaudin. Et en faisant le pari que, « sur le moyen ou le long terme, cela puisse créer une dynamique. L’objectif à long terme est tout à la fois de valoriser les richesses du territoire, de créer de l’emploi et de tisser du lien social dans des communes souvent très isolées. »

Le dispositif est gratuit pour les communes, qui participent toutefois à la recherche d’un logement, gratuit ou très peu cher, et désignent une personne référente auprès des jeunes : un tuteur qui les accompagne au quotidien et assure un suivi de leurs missions.

Dynamique locale

Lorsque InSite s’est lancée, courant 2019, l’association n’était présente que dans trois villages d’Occitanie, rappelle Thibault Renaudin. À Perchède (Gers), où un jeune a accompagné un projet d’éco-festival, à Saint-Cirq-Lapopie (Lot), où trois autres se sont investis dans le champ de la culture, et à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne), où un jeune s’est engagé à travailler à la mise en place d’un jardin en permaculture, et en soutien au festival de musique et au café associatif du village. Pour monter ces premiers projets, l’association, qui avait repéré, avec la préfecture, la région et les départements concernés, environ 80 initiatives locales, a pris contact avec les villages où étaient situés les porteurs de projet.

Quand les villages étaient partants, des ateliers d’intelligence collective ont été organisés, réunissant mairie, associations et autres porteurs de projet, pour faire émerger tous les besoins du territoire. Objectif : construire, ensemble, une mission qui corresponde au volontariat en service civique. Avant d’aller chercher des jeunes – via les réseaux sociaux ou des forums de recrutement – ayant envie de s’installer six mois dans un village pour soutenir une initiative locale. Des jeunes volontaires qu’inSite, en partenariat avec Unis-Cité et la Ligue de l’enseignement notamment, se charge donc de recruter et de former.

Dans les premiers temps, nouer des contacts avec les villages, repérer les initiatives porteuses de sens, a pu être difficile, ou tout au moins, prendre du temps. Mais l’association a pris ses marques. Et le bouche-à-oreille joue à plein : « quand un projet prend forme dans un village voisin, cela donne souvent envie de se lancer », commente Olivier Denat, animateur du réseau InSite.

Résultat, en deux ans et demi : l’échelle a changé. InSite compte désormais onze salariés dont huit chargés de mission-créateurs d’engagement. L‘association accompagne une cinquantaine de villages, principalement en Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, et très bientôt en Normandie et en Auvergne-Rhône-Alpes. Signe d’un engouement fort des acteurs locaux.

« Il n'y a pas de modèle d’intervention préétabli, car chaque territoire est unique, mais une méthodologie maintenant bien rodée », souligne Olivier Denat. « Il est d’ailleurs très rare qu’un projet achoppe. Il arrive parfois qu’il faille le travailler quelques mois, de concert. Ou qu’il ne trouve pas de candidats parmi les jeunes. Mais c’est rare », ajoute Thibault Renaudin.

Engagement des communes

Sur chaque projet, InSite forme les jeunes et les partenaires locaux, et les accompagne lors de la mission. Environ deux fois par mois, le chargé de mission du territoire concerné appelle chaque jeune pour faire un point sur son état d’esprit, ses éventuelles difficultés, l’aide dont il aurait besoin, etc. Et il passe aussi régulièrement le voir.

« Les tuteurs des jeunes volontaires, présents au quotidien dans le village, jouent aussi un rôle majeur : ils sont disponibles pour répondre à leurs questions et les orienter sur les missions, souligne Thibault Renaudin. Des tuteurs qui sont d’ailleurs souvent les maires eux-mêmes, ou des binômes maires-responsables associatifs, signe de l’implication forte, et essentielle, des communes concernées. Les jeunes ne sont pas lâchés seuls dans un village. D’ailleurs on ne vient pas faire son service civique chez InSite mais en Corse-du-Sud, à Argiusta-Moriccio ou dans le Gers, à Sainte-Christie d’Armagnac, et ce, sur une thématique bien précise », ajoute-t-il (lire l’encadré).

Penser au long cours

Pour les petites communes et les associations locales, l’accueil des jeunes volontaires est synonyme de soutien, « de sang neuf, de compétences, de vivacité », poursuit le responsable associatif. De quoi, idéalement, pouvoir penser au long cours et développer leurs projets. Essentiel, ajoute-t-il, car pour qu’une initiative prenne forme, et fasse sens, il faut du temps et c’est souvent ce qui manque aux acteurs des communes rurales.

Pour aider à pérenniser les initiatives locales et renforcer les coopérations autour de projets, InSite outille et forme les communes à la gestion de projet, l’évaluation d’impact social, la création de synergies... L’association recense les initiatives sur son site. Et depuis le début de la crise sanitaire, elle a lancé, avec l’association Coalition solidaire, des « cafés de campagne », à savoir des webconférences pour créer du lien entre acteurs de la ruralité.

L’association, qui fonctionne à 50 % via des financements publics - État, régions et départements sur lesquels elle opère - et à 50 % via le soutien de partenaires privés, se développe pas à pas. En Normandie donc, ou dans le Cantal, et au nord de l’Aveyron. Demain peut-être aussi en Nouvelle-Aquitaine, où InSite vient de rencontrer l’équipe municipale d’un premier village. Mais aussi à l’international - et notamment en Catalogne (Espagne), où InSite devrait prochainement envoyer un ou deux jeunes volontaires.

"Une richesse incroyable"

Thierry Saint-Martin, maire de Sainte-Christie d’Armagnac (Gers), 393 habitants:

« Notre village accueille, depuis le 1er avril, deux jeunes volontaires en service civique pour six mois, sur une mission d’animation d’un tiers-lieu et de valorisation du patrimoine et de la citoyenneté. Objectif majeur : créer du lien social. Et ce, dans la foulée d’une première mission sur la même thématique, l’année dernière.

Très à l’écoute, Marie, volontaire accueillie en 2020, a ainsi organisé, suite à la suggestion d’une habitante, une exposition sur la vie du village à travers les témoignages des aînés de la commune. Elle a préparé un questionnaire dont les responsables d’association et la mairie se sont emparés, sept ou huit binômes allant chez les habitants pour recueillir témoignages, documents et photographies… qui ont servi de matériau à une exposition, fin août 2020. Dans la foulée, deux habitants du village et la jeune volontaire ont créé une pièce de théâtre à partir des témoignages recueillis – elle sera jouée dès que la situation sanitaire le permettra.

Un bilan très positif… qui nous a donné envie de renouveler l’expérience ! L’accueil de ces jeunes, surtout pour des petites communes comme Sainte-Christie où les moyens humains et financiers manquent, c’est une richesse incroyable. C’est, éventuellement, une dépense plus que modique – moins de 100 euros par mois de participation aux frais de logement l’année dernière (rien cette année) – un peu de temps aussi… mais au service d’un projet collectif.

Ces jeunes sont en quelque sorte là pour expérimenter, tenter des choses… Et c’est cette dynamique qui nous permettra peut-être un jour de créer un emploi à partir de ce que nous aurons mis en place ensemble. »

"De quoi fédérer les énergies!"

Paul-Jo Caitucoli, maire d’Argiusta-Moriccio (Corse du Sud), 77 habitants :

« Argiusta-Moriccio a accueilli deux jeunes volontaires en service civique, d’octobre 2020 à mars dernier. Une expérience riche qui devrait se renouveler en octobre 2021, comme dans deux autres villages de notre communauté de communes du Taravu. De quoi fédérer les énergies !

Argiusta-Moriccio est un tout petit village, composé de deux hameaux se faisant face de part et d'autre d'un vallon, à 1 heure d’Ajaccio. Depuis 2014, nous nous sommes engagés dans une dynamique environnementale sociale et patrimoniale forte. En 2017, nous avons d’ailleurs été l’une des deux premières communes de Corse à être labellisée pour notre démarche éco-quartier.

Les missions de ces deux jeunes, Laura et Laurie, ont été élaborées par le conseil municipal et les associations avec InSite et se sont inscrites dans cette lignée : transition écologique, avec gestion des biodéchets en porte-à-porte, lien social, culture et patrimoine…

Certes, Covid oblige, tout n’a pas été simple. D’autant que toutes deux l’ont contracté. Il a fallu rassurer les anciens du village ! Mais, accompagnées par leur référent local, Bastien Caraccioli, conseiller municipal délégué à la jeunesse, elles ont apprivoisé tout le monde.

Étude sur le tri sélectif des déchets en porte à porte, mise en place d’une application autour des fontaines du village dans le cadre d’un projet mémoire de l’eau…. Même recentrée, leur mission a été un vrai plus. C’est important pour de tout petits villages comme Argiusta, qui peuvent fourmiller de projets certes, mais qui sont souvent sans ingénierie en la matière. »

Association InSite France

Tour de Termes
32 400 Termes-d'Armagnac
contact@insite-france.org

Thibault Renaudin

Cofondateur

Olivier Denat

Animateur du réseau, communication

Commune de Sainte-Christie d’Armagnac

Nombre d'habitants :

393
Au village
32370 Sainte-Christie d’Armagnac
ste.christie.ac@wanadoo.fr

Thierry Saint-Martin

Maire

Commune d'Argiusta-Moriccio

Nombre d'habitants :

77
20140 Arghjusta Muricciu / Argiusta-Moriccio
mairie.argiusta@orange.fr

Paul-Jo Caitucoli

Maire