De la protection de l’eau au développement économique : le pôle d’agriculture bio des Hauts Prés

Afin de préserver un captage d’eau potable, la communauté d’agglomération Seine-Eure a commencé par créer un pôle d’agriculture biologique. Elle héberge aujourd’hui les acteurs de la filière dans une friche industrielle reconvertie.

En 2009, la communauté d’agglomération Seine-Eure achetait 110 hectares agricoles sur la zone de captage des Hauts Prés afin de protéger la ressource en eau potable par la transition vers la production biologique (voir lien ci-dessous). Depuis, un «pôle d’agriculture biologique» regroupant divers acteurs de la filière s’est constitué autour de ce champs captant qui alimente plus de 40.000 habitants.

  • Grandes cultures et maraîchage

80 hectares de l’ensemble des Hauts Prés sont exploités par quatre agriculteurs en grandes cultures qui travaillent désormais en agriculture biologique et ont signé un bail environnemental avec l’agglomération Seine-Eure. Les 30 hectares ;restants ont été alloués à la production maraîchère. « Pour trouver les producteurs, nous avons émis plusieurs appels à candidature, là aussi pour des baux environnementaux. L’équipe des producteurs s’est aujourd’hui stabilisée, quatre maraîchers occupent le site », explique le responsable du pôle protection de la ressource et ruissellement à la direction du cycle de l’eau de l’agglomération Seine-Eure, Pierre-Julien Bavent. Afin d’améliorer les conditions de production des maraîchers, en garantissant notamment l’apport en eau pour l’irrigation, la collectivité a créé un forage dont le coût total, à sa seule charge, s’est élevé à 200.000 € TTC (forage, main-d’œuvre et canalisations).

  • Un pôle régional

L’activité maraîchère nécessitant un espace de stockage mutualisé pour le matériel, la communauté d’agglomération Seine-Eure projette dès 2012 de faire l’acquisition d’un bâtiment industriel désaffecté d’une surface de 1 hectare jouxtant les parcelles. Face au potentiel qu’offre cet espace, la collectivité imagine un projet contribuant à stimuler la production et l’offre en produits biologiques dans son territoire, mais aussi au-delà. «Afin de sécuriser le bâtiment et de le rendre fonctionnel, des travaux importants s’imposaient : cloisonnement des espaces, distribution de l’eau, de l’électricité, du gaz, divers aménagements techniques, matériels de bureau, etc.», se souvient le responsable du pôle protection de la ressource et ruissellement. Budget total : plus de 2,5 millions d’euros pour les travaux, en plus du prix d’achat du bâtiment (1,5 million d’euros). Grâce aux soutiens de la région Normandie, du département de l’Eure et de l’agence de l’eau Seine-Normandie, l’agglomération obtient une aide couvrant 69 % de l’enveloppe totale et réalise les travaux entre 2014 et 2016.

  • 45 emplois équivalent temps plein

Depuis, une ruche d’acteurs œuvrant dans le domaine de l’agriculture biologique s’est progressivement constituée sur le pôle des Hauts Prés, illustrant le glissement de cette initiative d’une logique de protection de l’eau à celle du développement économique. Aux côtés de l’association regroupant trois des quatre maraîchers des Hauts Prés et de leur boutique de vente directe (l’un d’eux élabore un projet de légumerie-conserverie), le bâtiment héberge l’Association Bio en Normandie (12 salariés), qui accompagne les producteurs sur le volet technique, le traiteur Liaisons Bio qui transforme des produits bio, frais et locaux (6 salariés, sur 300 m²), la Brasserie des deux amants (5 salariés, 400 m² pour la production + 1.000 m² pour le stockage), Veragrow, une TPE qui fabrique du compost à partir de fumier équin, de marc de café et des sous-produits de la brasserie (3 salariés), un apiculteur (L’île aux abeilles), l’association Saveurs et savoirs qui dispense des cours de cuisine dans un atelier pédagogique, ainsi que le service rivières et milieux naturels de la communauté d’agglomération Seine-Eure (14 salariés). Des salles de réunions sont disponibles pour tous.

«Au total, en termes d’emploi, 45 personnes en équivalent temps plein travaillent aujourd’hui sur le site, contre 60 anciennement dans l’usine, se réjouit Pierre-Julien Bavent. Une fois par an, un comité de pilotage du site se tient sur place. Les acteurs du pôle nous font part de leurs demandes, les projets d’aménagement sont discutés, des visites d’écoles et de professionnels sont organisées, de même qu’une journée portes ouvertes. Les porteurs de projets en maraîchage biologique apprécient en général de pouvoir rencontrer plusieurs types d’acteurs en venant ici, voire d’imaginer des débouchés.»

  • Favoriser l’offre locale

«Les loyers restent modérés et n’ont pas été révisés depuis 2013 afin de favoriser l’émergence de nouvelles activités : 100 € / m² / an pour les bureaux meublés, 30 € pour les lieux de transformation et 5 € pour les espaces de stockage», précise le responsable du pôle protection de la ressource et ruissellement.

Deux espaces de 1.000 m2 chacun restent disponibles. « Afin de valoriser à terme l’ensemble du bâtiment, nous orientons nos recherches vers des acteurs de l’aval afin de soutenir l’approvisionnement des cantines scolaires en produits biologiques locaux », conclut Pierre-Julien Bavent, qui consacre à présent un quart de son temps à l’animation du pôle d’agriculture biologique, contre 100% jusqu’en 2015 (travaux, appels d’offres, relations avec les locataires, etc.). Financé à 80% par l’agence de l’eau de 2012 à 2017, son poste est désormais pris en charge intégralement par l’agglomération Seine-Eure.

Communauté d'agglomération Seine-Eure

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Nombre de communes :

60
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27400 Louviers
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Pierre-Julien Bavent

Responsable du Pôle Protection de la Ressource et Ruissellement