Des investissements climat toujours insuffisants par rapport aux besoins

Dans l'édition 2020 de son Panorama des financements climat publiée ce 11 mars, qui porte sur des chiffres d'avant la crise, l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) note que malgré une croissance rapide ces dernières années, les investissements climat restent nettement inférieurs aux besoins. Pour rattraper le retard sur la trajectoire de la Stratégie nationale bas carbone, il faudrait investir chaque année 13 à 17 milliards d’euros de plus qu’en 2019 dans les secteurs du bâtiment, des transports (véhicules et infrastructures) et des énergies renouvelables.

L'édition 2020 du Panorama des financements climat publiée ce 11 mars par l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) présente un état des lieux en demi-teinte des investissements climat juste avant la crise sanitaire. Surtout réalisés dans les secteurs du bâtiment, des transports et de la production d’énergie, ces derniers ont connu une augmentation rapide, pour atteindre 48 milliards d’euros en 2019. Parmi les leviers de réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est l’efficacité énergétique qui arrive en tête avec 40% des investissements totaux. "Les investissements climat augmentent d’abord parce que davantage d’équipements sont installés, en dépit des surcoûts de quelques grands chantiers", note le bilan. Mesuré relativement au PIB, l’effort d’investissement en faveur du climat a augmenté, passant de 1,7 à 2,4% entre 2011 et 2019.

Hausse de 57% des investissements des acteurs publics en dix ans

Les acteurs publics ont contribué à cette hausse, les investissements climat de l’Etat, des collectivités, des gestionnaires d’infrastructures et des bailleurs sociaux ayant augmenté de 57% depuis 2011. "L’enjeu pour les pouvoirs publics ne consiste pas seulement à investir dans leurs propres équipements, mais aussi de créer un cadre favorable aux investissements privés", relativise portant I4CE. Or, si les montants de cofinancement public des projets des ménages et des entreprises ont augmenté, entraînant davantage d’investissements privés, leur effet de levier n’a pas progressé. "Davantage d’obligations légales ont été introduites, mais elles ne déclenchent pas toujours des investissements", pointe le rapport.

Des investissements en deçà des besoins

Malgré leur croissance récente, les investissements climat restent insuffisants par rapport aux besoins, relève I4CE. Un déficit que l'Institut attribue, entre autres, au manque de rentabilité des projets, à des freins réglementaires, ou à l’absence d’offre de financement adéquate, tout en jugeant qu'il est encore trop tôt pour savoir si le volet climat du plan de relance adopté en septembre 2020 aura permis d’accroître les investissements climat jusqu’à rattraper le retard actuel sur la trajectoire de la stratégie nationale bas carbone. Selon le bilan d'I4CE, le rattrapage à opérer nécessiterait d'investir chaque année 13 à 17 milliards d’euros de plus qu’en 2019 dans les secteurs du bâtiment, des transports (véhicules et infrastructures) et des énergies renouvelables - pour rappel, le volet climat du plan de relance, qui ne mène que jusqu'en 2022, prévoit, lui, environ 10 milliards d'euros par an. Et pour espérer atteindre à terme la neutralité carbone, "il faudrait envisager des besoins encore mal documentés, dans l’agriculture, l’industrie, ou la recherche et développement", ajoute-t-il.

Combinaison à trouver pour une nouvelle impulsion

Une combinaison de financements publics, de réglementation et d’accompagnement serait en mesure de déclencher les investissements nécessaires, estime l'Institut. "A court terme, une impulsion publique de 9 milliards d’euros par an permettrait de déclencher 21 milliards d’euros d’investissements climat supplémentaires chaque année, détaille-t-il. A moyen terme, cet effort financier public devra augmenter pour atteindre 22 milliards d’euros au-dessus des niveaux historiques. En effet, si les coûts de certains équipements devraient continuer à diminuer, le nombre de projets à financer grimpe considérablement. Et l’argent, même public, ne suffit pas : l’accompagnement, la réglementation et la mise en place de conditions propices à l’investissement privé sont indispensables."

Niveau record des investissements fossiles en 2019

Le bilan relève encore la poursuite des investissements fossiles 2019 qui atteignent un niveau record de 71 milliards d’euros, soit 70% de plus qu’en 2014. "Il s’agit surtout d’investissements dans les équipements de consommation : à elles seules, les voitures particulières représentent près des deux tiers du total", constate I4CE. "Ces investissements vont à l’encontre des efforts en faveur de la transition en retardant la réduction des émissions de GES, mais les pouvoirs publics auraient des moyens fiscaux et réglementaires pour les réduire", estime-t-il pourtant.

Rénovation énergétique des logements : de grosses marges de progression

Le rapport analyse aussi les investissements par secteurs clés. Ainsi, les travaux de rénovation énergétique des logements progressent depuis 2011, "mais très peu de ces dépenses donnent lieu à des réductions de consommations d’énergie d’ampleur suffisante, les actions de rénovation dans un même logement n’étant ni planifiées ni coordonnées", souligne I4CE. Autre travers mis en avant : "près d’un tiers des montants investis est couvert par les instruments issus des politiques publiques, sous forme de subventions et de prêts aidés, mais ces instruments ne sont pas conditionnés à l’atteinte d’un niveau de performance énergétique compatible avec les objectifs nationaux".

Infrastructures de transport : des efforts à pérenniser

"Du côté des véhicules et jusqu’en 2019, l’essor des motorisations bas-carbone n’enraye pas la progression des ventes de voitures thermiques", constate encore I4CE. "Après une phase de démarrage, les investissements dans les véhicules électriques, GNV et hybrides sont en croissance rapide. La réglementation, les infrastructures, et les développements technologiques ont contribué à la forte hausse des immatriculations, mais leurs parts de marché demeurent largement minoritaires : en 2019, quatre voitures vendues sur cinq étaient plus émettrices que le niveau associé à la trajectoire des objectifs nationaux". 
Les investissements dans les infrastructures de transport ont  pour leur part atteint un niveau historique de 12,4 milliards d’euros en 2019. "Après la construction des lignes à grande vitesse, la hausse des investissements dans les infrastructures de transport reflète la priorité donnée aux mobilités du quotidien, analyse I4CE. Proche des niveaux programmés, les investissements actuels devront être pérennisés. Mais il n’est pas certain qu’ils suffisent à accueillir le nombre de voyageurs et les volumes de marchandises envisagés par la Stratégie nationale bas carbone." 

Electricité renouvelable : un rythme d'investissements insuffisant

Dans le domaine de l'énergie, les investissements dans les installations de production d’électricité renouvelable sont stables depuis 2017 à hauteur de 4,5 milliards d’euros, avec des évolutions contrastées selon les filières. Mais le rythme des investissements demeure insuffisant au regard des objectifs affichés par la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), les projets sélectionnés étant parfois confrontés à des retards administratifs et des oppositions locales, relève le bilan. 
Enfin, les investissements dans la production de chaleur et de gaz renouvelables (biométhane, hydrogène) ont rapidement augmenté ces trois dernières années, notamment dans le segment des pompes à chaleur. "Concurrencés par les énergies fossiles, les projets bénéficient de soutiens publics, en particulier du Fonds chaleur". Mais là encore, les investissements restent en deçà des niveaux requis pour assurer les objectifs de la PPE.
Dans la prochaine édition de son Panorama, I4CE examinera l’impact de la crise et de la relance sur les investissements climat en 2020.
 

 

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