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Observatoire des territoires - Disparités territoriales : le dessous des cartes, pour dépasser les visions simplistes

A travers chiffres et cartes, "décrire la diversité des territoires", "remettre de la complexité là où prévaut souvent le simplisme", "croiser les données pour nuancer voire inverser les discours", "contrer les clichés non vérifiables"… telle serait, au fond, l'une des vocations de l'observatoire des territoires. Cela semble en tout cas être l'un des enseignements du dernier rapport annuel de cet observatoire créé en 2004 sous l'égide du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET).
Présenté le 18 mai, ce document de 150 pages permet en effet de montrer, à travers six analyses thématiques, que "les contrastes entre territoires" dépassent largement l'éternelle dichotomie entre métropoles et monde rural, entre centres et périphéries. Certes, chaque grand type d'espace – métropoles, villes moyennes, espaces périurbains, espaces ruraux – affiche des caractéristiques spécifiques. Mais des "dynamiques spatiales" contrastées se dessinent aussi au sein de chaque grande catégorie de territoire, souligne Pierre Mirabaud, président du conseil d’orientation de l’observatoire des territoires et ancien Datar. En relevant en outre que de grands "ensembles régionaux" apparaissent au fil des cartes : façades littorales ouest et sud et vallée du Rhône (forte croissance économique et démographique, espaces attractifs… mais n'échappant pas à certaines fragilités par exemple liées au vieillissement, aux inégalité, à l'accès au logement…) ; quart nord-est et centre (désindustrialisation, faible attractivité, déclin démographique pour sept départements…) ; région capitale (dont l'attractivité défaillante n'est pas celle que l'on aurait pu supposer…) ; outre-mer.

Une agglomération va bien... dans une région qui va bien

Cette "géographie contrastée" se lit par exemple clairement sur la carte de France représentant la croissance de l'emploi sur les territoires entre 1999 et 2014 (page 10 du rapport). On y voit sans grande surprise des métropoles régionales connaissant une amélioration de l'emploi, des territoires ruraux du nord-est qui vont mal tandis que les territoires ruraux du sud s'en sortent mieux… Mais aussi une Ile-de-France dans laquelle "c'est le périurbain qui connaît la meilleure dynamique", relève Benoît de Lapasse, responsable du bureau de l'observatoire. "Les agglomérations concentrent la croissance… mais peut-on pour autant parler de périphéries délaissées ?" : le CGET répond par la négative.
Partout en France en effet, "les espaces périurbains des grandes aires urbaines connaissent les niveaux de croissance les plus élevés du pays", y compris en termes démographiques, et "affichent le revenu médian le plus haut" (soit 1.780 euros), constate l'observatoire. C'est d'ailleurs aussi dans ces espaces périurbains que les inégalités de revenus sont les plus faibles.
Autre constat : si c'est bien au sein des grandes agglomérations (aires urbaines de plus de 200.000 habitants, hors Paris) que l'on trouve les plus forts taux de croissance de l'emploi sur cette même période 1999-2014 (page 12), toutes ne sont clairement pas logées à la même enseigne, la situation n'étant pas du tout la même entre les agglomérations de l'ouest et du sud (Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier…) et celles du nord ou de l'est. Autrement dit, la croissance que connaît une agglomération dépendrait fortement de la croissance de l'ensemble du territoire régional (à quelques exceptions près… dont celles de Marseille et de Nice, où l'emploi croît peu alors que la région Paca affiche une forte dynamique).

Inégalités de revenus... et d'accès au logement

S'agissant de la carte relative aux revenus de la population ou, plus précisément, aux inégalités de revenus (page 15), les choses apparaissent clairement : ces inégalités sont les plus massives en Ile-de-France (mais moins en grande couronne) et en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les territoires transfrontaliers, que ce soit à proximité de la Belgique, du Luxembourg ou de l'Espagne, se montrent eux aussi, bien que dans une moindre mesure, fort "inégalitaires" en termes de revenus. A l'opposé, le Grand Ouest témoigne d'écarts de revenus particulièrement faibles, notamment du côté des agglomérations de Rennes et de Nantes. Une exception que l'on retrouve d'ailleurs sur d'autres variables... et qui reste à expliquer, reconnaissent les experts.
Lorsque l'observatoire se penche sur la question de l'accès au logement, les cartes diffèrent selon que l'on s'intéresse au logement social ou à l'accession à la propriété. Les difficultés d'accès au parc social (mesurées par le nombre de demandes en cours) se concentrent évidemment dans la région capitale et sur les littoraux les plus attractifs (Paca, façade Atlantique), tandis que les tensions sont nulles ou faibles dans la région Grand Est (hors zones frontalières). S'agissant du parc privé, l'observatoire, en se basant sur le nombre d'années de revenu nécessaires pour l'achat d'un logement, voit là encore sans surprise les problèmes qui se posent dans le Grand Paris et sur le littoral méditerranéen (zones rurales comprises). Ainsi que dans la plupart des métropoles… mais à des degrés très divers. Le rural lui, hors Paca, bénéficie bien d'un accès plus aisé à la propriété immobilière...

Lorsque les jeunes ménages ont vieilli...

En termes de démographie, deux cartes attireront l'attention. Tout d'abord, celle qui témoigne du vieillissement de la population. L'observatoire a à ce titre souhaité croiser deux variables : la part des plus de 65 ans, mais aussi l'évolution du nombre de ces personnes âgées au cours des deux dernières décennies. Où l'on voit que certains territoires sont à la fois "vieux" et "vieillissants" (littoral atlantique et méditerranéen), tandis que le nord du pays est "jeune" et le reste (du fait d'une espérance de vie plus faible et de migrations vers d'autres régions...). Et que d'autres territoires sont bien marqués par une population âgée, celle-ci restant toutefois en faible croissance (territoires ruraux du centre du pays et de l'extrême sud-ouest), tandis que d'autres encore étaient longtemps restés "jeunes" mais ne le sont plus aujourd'hui (une partie des Alpes, les aires nantaise et rennaise, la zone frontalière alsacienne...).
Dans cette dernière catégorie, l'observatoire décèle un phénomène que l'on retrouve un peu partout, là encore propre à nombre de périphéries des métropoles : des périphéries s'étant développées avec l'installation pavillonnaire de jeunes ménages dans les années 1970... où ces mêmes ménages ont vieilli ! Ce qui ne manque pas, non seulement de changer la physionomie de ces quartiers, mais aussi de poser de nouveaux enjeux aux pouvoirs publics locaux en termes de besoins de services – alors même que ces territoires ne sont pas forcément "armés pour cela", note Hugo Bevort, directeur des stratégies territoriales du CGET.
Autre carte, autres couleurs, qui viennent pratiquement couper l'Hexagone en deux : celle des soldes migratoires. Avec, pour schématiser, un nord-est marqué par un solde négatif et un large sud-ouest bénéficiant d'une attractivité migratoire. Mais avec, aussi, une spécificité francilienne : c'est la région capitale qui affiche le solde migratoire le plus bas du pays (sauf pour les jeunes).

"Les nouvelles périphéries au centre ?"

Ce qui apparaît au fil de ces cartes, "ce n'est pas la métropole qui va bien et le reste qui va mal, pas plus que ce n'est le centre riche et la périphérie pauvre, non ce n'est pas cela qui se passe", résume Hugo Bevort. Certes, les espaces peu denses "isolés" continuent de pâtir de nombreux handicaps (faibles revenus, croissance démographique faible...), mais avec une grande diversité de situations selon les régions.
In fine, s'interroge l'observatoire, les "nouvelles périphéries" ne se situeraient-elles pas aujourd'hui... "au centre" ? Car oui, alors que nombre d'espaces périurbains vont finalement plutôt bien sur le plan économique et social, ce sont désormais les petits et moyens centres urbains qui semblent en souffrance, que l'on considère le niveau de revenus de leurs habitants... ou le taux de vacance suffisamment préoccupant pour avoir suscité les actuelles politiques de "revitalisation" que l'on sait.

 

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