A Dunkerque, la décharge devient golf

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La communauté urbaine de Dunkerque étend son golf de 50 hectares. Une opération dont l'intérêt économique et touristique se double d'un plus environnemental : le nouveau parcours va permettre de réhabiliter définitivement le site d'une ancienne décharge.

Le golf de Dunkerque s'agrandit. De 18, il doit passer à 27 trous en 2005. "Un projet aussi intéressant sur le plan stratégique que technique", s'enthousiasme-t-on au service du cadre de vie de la communauté urbaine. Le projet s'avère effectivement plutôt original : le nouveau parcours intègre une ancienne décharge communale, située sur le canton de Coudekerque-Village (59.380). Fermée suite à la réglementation limitant le stockage aux seuls déchets ultimes entrée en vigueur en juillet 2002, celle-ci avait alors été recouverte d'un manteau d'argile et d'une membrane étanche avec systèmes de récupération des lixiviats et du biogaz. Une entreprise spécialisée surveillait l'état des aménagements et l'ancienne décharge s'était alors effacée du paysage. Restait un site inexploité - une aubaine lorsque la communauté urbaine envisagea, il y a quelques années, d'étendre son golf mitoyen. Cette extension du golf sur quelque 50 hectares fournissait une formidable occasion de requalifier le terrain en zone de loisirs et de pratique sportive.

Fin des travaux, début de la surveillance

Depuis avril 2003, les engins de chantiers s'affairent sur et autour du site. Objectif : créer les dénivellations et les modelés du parcours tracé par un architecte. Pour ce faire, "nous avons rajouté environ 200.000 m3 de matériaux inertes issus de démolitions ou de terrassements", explique Guy Wallyn, ingénieur en chef du chantier. Un accord passé avec une entreprise a permis de bénéficier gratuitement de ces apports et d'économiser ainsi quelque 610.000 euros. Au-dessus de ces couches successives de cailloux de différentes granulométries, un réseau de drainage et des systèmes d'arrosages ont été installés. Aménagements nécessaires au bon entretien du golf, ils ont, enfin, été recouverts d'un manteau de terre végétale de près de 23.000 m3. "Nous avons presque terminé de modeler le terrain, précise Annick Tual, responsable des grands équipements d'agglomération et pilote du projet. Le gros du travail est fait et nous allons pouvoir réaliser un premier ensemencement en mars prochain". Tout doit être fini en septembre. Il ne restera alors plus pour se souvenir de l'ancienne décharge qu'une butte de 17 mètres de haut. De quoi rendre le parcours plus physique. Toutefois, avant que les premiers golfeurs puissent le tester, la stabilité du terrain fera l'objet d'une surveillance pendant un minimum de six mois afin d'éviter d'éventuelles déformations. Dans les premiers mois de 2005, les amateurs pourront alors enfin profiter du site devenu "green".

Simon Anheim / Victoires Editions pour Localtis

Recensement, diagnostic et réhabilitation

Pierre Vignaud, ingénieur en charge de la réhabilitation des décharges brutes et sauvages à la délégation régionale Languedoc-Roussillon de l'Ademe. Une région où ont été réalisées quelques opérations comparables à celle de Dunkerque.

Avant de réhabiliter une ancienne décharge, encore faut-il savoir précisément où elle se trouve. De quel moyens les élus disposent-ils ?

La grande majorité des départements ont lancé des inventaires sur leur territoire. La plupart sont terminés. En Languedoc-Roussilon, c'est le cas pour quatre inventaires et le cinquième dans l'Aude est en cours. Ils sont cofinancés par l'Ademe et réalisés, à la demande des conseils généraux en partenariat avec les communes, par des bureaux d'études privés, le BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières] ou les régies. A la fin des ces recensements, une fiche diagnostic est remise à chaque commune concernée.

Quelles informations contiennent-elles ?

Outre une cartographie des sites, cet inventaire permet de classer ceux-ci en deux catégories, grâce à une grille d'analyse multicritères. L'outil distingue les sites qui ne posent pas trop de problèmes et pour lesquels la phase de travaux pourra commencer immédiatement, et ceux qui sont un peu plus compliqués et qui nécessitent alors un diagnostic détaillé.

Le niveau de risque d'un site étant précisé par ce diagnostic et un programme de réhabilitations étant défini, les travaux peuvent-ils commencer ?

Oui, mais attention. La première question à se poser est celle de savoir si on a une solution de remplacement à cette ancienne décharge. Il est nécessaire de bien veiller à apporter des filières de substitution, faute de quoi les gens retournent sur le même site pour y déposer des déchets dont ils ne savent que faire. Ceci, même si l'ancienne décharge a été aménagée et réintégrée au paysage. La réhabilitation consiste aussi en une modification des comportements des usagers.

Et les travaux, quels en sont les grands principes ?

Généralement, ils sont simples. Il s'agit de faire un terrassement afin d'arriver à un modelé intéressant. La plate forme de la décharge devra avoir une pente de 3% et le front être incliné de 30° maximum. Ensuite, on recouvre le tout d'une couche de terre végétale propre d'un bon mètre d'épaisseur. C'est ce qui coûte le plus cher, d'où l'intérêt pour l'élu de s'y prendre le plus tôt possible afin de pouvoir récupérer de la terre à l'occasion d'un terrassement. Enfin, on revégétalise le site.

Quel est le coût des ces aménagements pour les communes ?

C'est très variable selon le site, sa taille, le coût des matériaux apportés, la marges des entreprises, etc. Disons en gros que cela revient à 10 à 15 euros/m2. Les travaux vont assez vite : un site d'un hectare peut être remodelé en une semaine. Les collectivités locales peuvent bénéficier d'aides auprès des conseils généraux, des fonds Feder, des DGE et théoriquement de l'Ademe en fonction de l'enveloppe financière disponible.

La réhabilitation des décharges en faits et chiffres

Selon l'Ademe, entre 400 et 500 décharges sont fermées chaque année. Plus de 80% des départements ont signé des contrats avec l'agence pour des opérations de réhabilitation. Les principales causes d'une non contractualisation sont l'absence de décharges dans les départements concernés (Ile-de-France), l'affirmation que les sites sont déjà réaménagés, et le manque d'intérêt des élus qui ne considèrent pas la réhabilitation des décharges comme un enjeu prioritaire.
La première étape de la démarche de réhabilitation, qui consiste en un inventaire et un diagnostic simplifié des sites, est terminée ou en cours pour 75% des départements ayant une contractualisation. Environ 40% des sites sont classés à "impact faible" et ne demandent que des travaux de réaménagement sommaire, 40% sont à "impact moyen" et doivent faire l'objet d'études complémentaires avant reclassement. Enfin, 20% sont à "impact fort" et nécessitent des travaux spécifiques de réhabilitation (endiguement du site, mise en place de parois drainantes pour détourner les nappes souterraines, consolidation du front de décharge, traitement du biogaz et des lixiviats...) définis à l'issue d'une étude approfondie du site.
Au moins 8.000 décharges sont concernées par des travaux de réhabilitation dans les 10 ans à venir. La démarche est aujourd'hui lancée dans une grande majorité des départements. De nombreuses collectivités travaillent de ce fait soit à mettre en place des installations de traitement se substituant aux anciennes décharges, soit à mener des diagnostics approfondis pour les sites identifiés à impacts "fort" ou "moyen", soit à effectuer des travaux de réhabilitation.

Faire disparaître sa décharge

On ne change pas les comportements du jour au lendemain. Ainsi, même fermée, une décharge communale peut continuer à faire l'objet de dépôts sauvages. Un phénomène d'autant plus conséquent lorsqu'il n'existe pas d'installations de substitution aux alentours (déchetterie, recyclerie, etc). Pour éviter cela, la solution la plus efficace consiste à réaffecter au lieu un nouvel usage : golf, belvédère, aire de jeu, oliveraie, etc. Dans ce cas, les travaux de réhabilitation devront être particulièrement soignés afin que le public ne soit pas exposé à des déchets qui affleureraient à la surface. Les petites communes nont néanmoins pas toujours les moyens de réaliser de tels aménagements. La réintégration paysagère du site s'avère alors la meilleure solution. Dans tous les cas, il est très utile de consigner le lieu de l'ancienne décharge dans les documents d'urbanisme. Cela évitera d'y voir se construire, dans quelques dizaines d'années, un lotissement, avec tous les risques et problèmes que cela engendrerait.

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