Education : ce qu'implique la suppression des Elco, remplacés par les EILE

Dans son discours sur le "séparatisme islamiste", Emmanuel Macron a annoncé la suppression des Elco (enseignements de langue et de culture d'origine), critiqués de longue date. Ils seront remplacés à la rentrée 2020 par un dispositif mis en place dès 2016, les EILE (enseignements internationaux de langues étrangères), qui mettra notamment fin à la nomination et à la rémunération des enseignants par des Etats étrangers.  

A partir de la rentrée scolaire 2020, les Elco (enseignements de langue et de culture d'origine) seront supprimés sur le sol de la République. Cette annonce a été faite par Emmanuel Macron le 18 février 2020 à l'occasion d'un déplacement à Mulhouse sur le thème du "séparatisme islamiste" (lire notre article du 19 février). Dans un discours fustigeant la "volonté de quitter la République, de ne plus en respecter les règles", le président de la République a mis en première ligne de ses exigences la lutte "contre les influences étrangères, en particulier à l'école et dans les lieux de culte". A l'école, cette lutte prendra donc la forme d'une mesure emblématique : la fin des Elco, devenus, pour Emmanuel Macron, "un vecteur important de séparatisme".

Regroupement familial

Les Elco existent en France depuis 1977. Dans le contexte du regroupement familial autorisé un an plus tôt, il a été considéré que "la maîtrise de la langue maternelle [était] un préalable nécessaire à la réussite d'une langue seconde", selon le site Eduscol. La création des Elco a en outre répondu à une obligation normative : la directive européenne 77/486/CEE du 25 juillet 1977 dispose en effet que "les États membres prennent, […] en coopération avec les États d'origine, les mesures appropriées en vue de promouvoir, en coordination avec l'enseignement normal, un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays d'origine en faveur des enfants" d'immigrés issus d'un autre État membre.
 

Cet enseignement dépasse toutefois le cadre de l'Union européenne. Les Elco s'appuient aujourd'hui sur des coopérations bilatérales mises en place avec neuf Etats (Algérie, Croatie, Espagne, Italie, Maroc, Portugal, Serbie, Tunisie et Turquie) et concernent quelque 80.000 élèves. Dès lors qu’il existe une demande suffisante de la part des familles, des cours d’Elco peuvent être mis en place à l’école élémentaire. Ils sont facultatifs, prodigués en dehors du temps scolaire et ne se substituent pas à l’enseignement obligatoire de langue vivante. L’installation d’un cours d’Elco dans une école par l'inspection d'académie, après consultation de la commune, suppose que trois conditions soient réunies :

  1. la définition des horaires des cours et leur articulation avec les autres enseignements dans le cadre du projet d’école ;
  2. la mise à disposition par le maire d’un local scolaire propre à l’enseignement et les moyens matériels de les dispenser (cette mise à disposition ne nécessite pas de convention) ;
  3. et l’affectation – ainsi que la rémunération – d’un enseignant par les autorités du pays d’origine et son installation par les autorités françaises. Et c'est précisément sur ce dernier point que, selon Emmanuel Macron, le bât blesse.

Incompatible avec la République

"Je vais être très clair avec vous, a expliqué le président de la République à Mulhouse. Le problème que nous avons aujourd'hui avec ce dispositif, c'est que nous avons de plus en plus d'enseignants qui ne parlent pas le français, qui ne le parlent pas du tout, de plus en plus d'enseignants sur lesquels l'Education nationale n'a aucun regard. Et je vous le dis en responsabilité, comme président de la République, je ne suis pas à l'aise [à l'idée] d'avoir dans l'école de la République des femmes et des hommes qui peuvent enseigner sans que l'Education nationale puisse exercer le moindre contrôle. Et nous n'avons pas non plus le contrôle sur les programmes qu'ils enseignent, c'est un problème." Et Emmanuel Macron d'enfoncer le clou : "On ne peut pas enseigner des choses qui ne sont manifestement pas compatibles avec les lois de la République ou avec l'histoire telle que nous la voyons". Un constat d'échec, donc, alors que selon les textes de l'Education nationale, "l’enseignant d’Elco […] participe, comme membre de l’équipe pédagogique, aux conseils des maîtres et aux conseils d’école".

Des Elco aux EILE

La fin annoncée des Elco ne signifie pas pour autant celle des cours de langues d'origine pour les familles d'enfants qui en feraient la demande. Dès 2016, le dispositif des EILE (enseignements internationaux de langues étrangères) avait été imaginé pour contourner les Elco soumis à des critiques depuis longtemps – en 2003, un rapport sénatorial évoquait déjà des "risques de dérive communautariste". C'est précisément ce dispositif qu'Emmanuel Macron compte promouvoir en lieu et place des Elco : "Je pense aujourd'hui indispensable que ces personnes qui enseignent ces langues et ces cultures d'origine étrangère puissent faire l'objet d'un contrôle, que nous nous assurions qu'elles parlent et maîtrisent le français, qu'elles respectent elles-mêmes les lois de la République et que nous regardions le contenu de ce qu'elles enseignent. Pour cela il y a une possibilité simple : c'est d'aller vers un autre système, celui des EILE."

Des négociations ont d'ores et déjà été engagées avec tous les pays concernés et ont abouti, sauf avec la Turquie, dont l'enseignement de la langue dans le cadre des Elco concerne aujourd'hui 14.000 élèves. "Si aucune solution n'est trouvée avec la Turquie et qu'elle refuse ce dispositif, a commenté Emmanuel Macron, nous mettrons fin à tout enseignement obligatoire et nous construirons avec l'ensemble des associations concernées des alternatives pour bâtir une offre périscolaire renouvelée, trouver des enseignants en langue et cultures turques françaises et français, maîtrisant notre langue, et nous assurerons ces enseignements nous-mêmes." Pour les autres pays, la France financera désormais les postes d'enseignants.
Invité à commenter ces mesures mercredi 19 janvier au micro de France info, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a confirmé qu'avec le dispositif EILE, la France allait désormais "agréer les professeurs, fixer les programmes et contrôler ce qui se passe, ce qui n'était pas le cas avec les Elco. Ce principe établi par le gouvernement précédent, nous sommes en train de le faire pour de vrai, cela devient concret".

 

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